Il est plus que temps de bouter dehors le tyranneau Faure Gnassingbé et de détruire le système dictatorial, conditions indispensables pour instaurer la démocratie

By Togo En Lutte

juin 20, 2020

De notre position sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles.
Il est fort affligeant de constater qu'après tant d'expériences malheureuses, certains compatriotes en soient encore à considérer, comme objet de revendications démocratique, le respect et l'application par le pouvoir des multiples accords signés avec l'opposition (22 engagements, Accord cadre de Lomé, Accord politique global pour ne citer que ceux-là...). Il est dommage qu'ils ne se rendent pas compte que c'est du temps perdu, et qu'ils ne servent qu'à légitimer le pouvoir, et pour les faux démocrates, à se  mettre en valeur.

Comment peut-on croire un instant qu'un dictateur accepte d'appliquer des accords qui le priveraient du pouvoir dont il profite ? Il en est de même des réformes constitutionnelles et institutionnelles. Nous nous contenterons donc de rappeler la position des démocrates à ce sujet: La constitution la plus démocratique reste un chiffon de papier tant qu'il n'existe pas un rapport de forces favorable à son application, c'est-à-dire tant que les forces démocratiques ne l'ont pas emporté sur les forces anti-démocratiques; ce n'est pas la constitution démocratique qui crée la démocratie, c'est la démocratie conquise qui peut se donner une constitution démocratique.

  • Il faut donc commencer par conquérir la démocratie par la lutte pour pouvoir se donner une constitution démocratique. Par conséquent focaliser l'attention sur les réformes constitutionnelles, organiser des marches à ce sujet, c'est de détourner l'attention de la vraie exigence de l'heure: l’organisation, la mobilisation et la lutte pour en finir avec la dictature. Pour les mêmes raisons, nous ne nous sentons pas concernés par la revendication au sujet du retour à la constitution de septembre 1992. La voie la plus sûre pour empêcher le tripatouillage de la constitution c'était de faire partir le dictateur. Le peuple burkinabé vient de le démontrer. Laisser faire pour organiser des marches de revendications une fois que c'est fait, ce n'est pas œuvrer dans l'intérêt de la démocratie.

  • De toute façon, les démocrates avaient appelé à boycotter le référendum relatif à la constitution de 1992. Il n'est donc pas question de soutenir cette constitution aujourd'hui, pas plus que nous ne l'avons soutenue hier.
    Sur la question de l'alternance.
    Nous savons que cette revendication sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles, concerne surtout la question du nombre des mandats présidentiels, la question du retour à l'élection présidentielle à deux tours, et en définitive la question de l'alternance. Pour les démocrates, la revendication de l'alternance aujourd'hui, n'est pas une revendication démocratique.
     

En effet, l’alternance c'est simplement la succession répétée et régulière au pouvoir. Comme le montrent les pays souvent cités comme des modèles, l'alternance n'implique pas de changements profonds. Les différents partis ou groupes de partis se succèdent donc régulièrement les uns aux autres, se contentant d'apporter quelques nuances qui ne changent rien quant au fond.

Or justement les démocrates n'ont pas l’intention d'«alterner» avec le pouvoir dictatorial. Leur objectif, c'est l'instauration de la démocratie, ce qui passe nécessairement par la destruction de la dictature. Il ne peut donc pas être question d'alternance, mais d'une véritable alternative. La question de l'alternance peut bien se poser une fois que la dictature est à terre, mais pas
avant. Ceux qui mettent en avant la revendication de l'alternance, alors que la dictature est encore debout, sont ceux qui pensent simplement que c'est à leur tour de gouverner eux aussi. L'alternance aujourd'hui, ce n'est qu'une façon de dire «chacun son tour». Cela n'a rien à voir avec le changement démocratique.

Bruxelles, le 21 août 2017
Le Togo En Lutte
 
Il est plus que temps de bouter dehors le tyranneau Faure Gnassingbé et de détruire le système dictatorial, conditions indispensables pour instaurer la démocratie

Le mouvement populaire qui se déroule actuellement a suscité et suscite des interrogations parmi les compatriotes tant sur le sol national que dans la diaspora. Certaines de ces interrogations nous interpellent: on veut connaître notre position à ce propos, savoir ce que nous en pensons, si nous l’approuvons ou non, s’il faut y participer ou non, et dans l’affirmative avec quel mot d’ordre.


Nous avons essayé de faire une synthèse de ces interrogations et d’y répondre en présentant l’ensemble sous la forme de questions-réponses. Ce qui nous permet de rappeler par la même occasion nos positions (la position des démocrates) sur les questions essentielles touchant à la lutte pour la démocratie. Voici donc l’essentiel.

Question: que pensez-vous du mouvement actuel ?

Quatre morts déclarés, des centaines de blessés et d’arrestations... Ce qui frappe d’abord, c’est la barbarie dont fait toujours preuve la dictature oligarchique à l’égard des masses, que ce soit à Lomé, à Atakpamé, à Sokodé, à Mango, à Bafilo, à Tchamba, à Paratao où à Kara... On bastonne, on poursuit les manifestants jusque dans leur maison, on frappe, on tue ! Comme nous l’avons toujours affirmé, nous voyons bien que rien n’a changé chez nous, que Gnassingbé fils n’est guère différent de Gnassingbé père, que c’est le même régime d’oppression de pillage et de misère qui perdure.

Mais nous pouvons constater aussi, une fois de plus, le courage et la ténacité dont le peuple peut faire preuve. Ce mouvement s’est pratiquement étendu sur tout le territoire ; il implique l’ensemble du peuple; il apporte un démenti cinglant aux arguments régionalistes et tribalistes que le pouvoir utilise dans ces circonstances dans le but de nous diviser et de nous affaiblir. Surtout, on ose davantage affronter la répression. Visiblement, la peur est en train de changer de camp.
 
Car le plus intéressant dans tout cela, c’est qu’on entend de plus en plus dans les rangs des manifestants le mot d’ordre de «Démission !». Ainsi il apparaît que nos compatriotes sont de plus en plus nombreux à ne plus vouloir se contenter des revendications mises en avant par l’opposition dite démocratique, à savoir les fameuses réformes constitutionnelles et institutionnelles, le retour à la constitution de 1992, avec la limitation du nombre des mandats présidentiels à deux (2) et le retour à l’élection présidentielle à deux tours.

On se rend même compte que même ceux qui réclament encore les réformes souhaitent en fait eux aussi le départ des Gnassingbé; seulement ils continuent encore de compter sur ces réformes pour parvenir à ce même résultat. Ce sont des gens qui ont encore besoin d’être éclairés mais dont les yeux sont en trains de s’ouvrir. Et si on les ajoute à ceux qui de manière consciente réclament effectivement le départ de l’apprenti dictateur, soit parce qu’ils ont fini par tirer leçon de leur expérience, soit parce qu’ils ont été convaincus par nos arguments, cela doit faire un nombre certainement pas du tout négligeable.

En d’autres termes, ce sont les partisans des revendications pour les réformes, les promoteurs de ces marches, qui sont en train d’être eux-mêmes dépassés. A tel point que même un Jean-Pierre FABRE qui, oubliant sa simple dignité d’homme, n’a aucune honte à se prévaloir du titre de «chef de file de l’opposition» que lui a octroyé ce régime, a fini par admettre que le simple retour à la constitution de 1992 ne suffit plus...

Pour ce qui nous concerne, notre soutien à la lutte du peuple pour la démocratie est total, et nous soutenons en particulier le mot d’ordre de « Faure démission !», que mettent en avant des manifestants de plus en plus nombreux. Nous relèverons seulement que ce mot d’ordre fait suite à celui de «Eyadéma démission !» que le peuple avait déjà lancé il y a près de vingt- sept ans, en octobre 1990! Un mot d’ordre que l’opposition dite démocratique avait alors réussi à étouffer. Il est plus que temps de bouter dehors le tyranneau Faure Gnassingbé !
Naturellement il doit être entendu que nous ne devons pas nous contenter de cela : le départ de Faure n’est qu’un préalable au démantèlement du système d’oppression de pillage et de prédation actuel, sans lequel il n’y a pas de démocratie réelle. Sur tous ces points, nous observons de la part de FABRE et de ses compères un silence assourdissant. Nous ne connaissons que trop bien la phrase rituelle : «Allons-y ! L’essentiel est d’agir, on verra après !».

 
Nous savons comment cette phrase continue de nuire depuis le 21 novembre 1966, lors de la manifestation contre le gouvernement GRUNITZKY. C’est pourquoi nous nous démarquons des mots d’ordre de réformes constitutionnelles et institutionnelles et de retour à la constitution de 1992. Ces mots d’ordre ne visent qu’à éloigner le peuple de l’essentiel : l’organisation et la lutte pour la destruction du système dictatorial, condition indispensable pour instaurer la démocratie.

Question: la juste solution est donc de continuer la lutte jusqu’au retour à la constitution de 1992, jusqu’aux réformes constitutionnelles et institutionnelles ?

  • Cette constitution de 1992, ces réformes n’ont donc rien à voir avec la démocratie. 


  • Voyons d’abord les conditions d’élaboration de la constitution de 1992. 
Nous rappelons qu’elle a vu le jour dans un contexte marqué par la reprise en main opérée par le pouvoir Eyadéma: un instant ébranlé par le soulèvement populaire d’octobre-novembre 1990, Eyadéma avait su profiter du répit que lui avait laissé la politique de dialogue et de négociation inaugurée en mars 1991, (dont le summum fut la fameuse «conférence nationale souveraine»), pour reconsolider son pouvoir et opérer un retour en force; il n’avait pas hésité à perpétrer un putsch contre le gouvernement Koffigoh en décembre 1991; la fameuse grève générale illimitée ne l’avait guère touché. Cette constitution, élaborée dans ce contexte politique, n’a été l’objet d’aucun débat sérieux au sein du peuple. 
S’il nous arrive parfois d’expliquer pourquoi la constitution de 1992 n’avait aucune chance d’être appliquée, et pourquoi il faudrait commencer par se débarrasser de l’obstacle principal à son application, c’est-à-dire la dictature, c’est seulement pour renvoyer les leaders de l’opposition dite démocratique à leur ambiguïté et à leurs contradictions; pour bien montrer comment ils évitent d’aborder la vraie question, celle du rôle décisif de la lutte populaire. 



 
Comment peut-on donc croire un instant qu’un autocrate comme Eyadéma pourrait se sentir lié par une constitution qui pourrait limiter son pouvoir ? Fallait-il même se préoccuper de constitution ? C’est ainsi qu’il faut poser la question.

Évidemment, on ne cesse de répéter que la constitution a été malgré tout approuvée par près de 98% des suffrages, y compris par les tenants du RPT; mais des leaders de l’opposition démocratique ne sont-ils pas capables de comprendre que ce n’était qu’une ruse, et que l’autocrate violerait la constitution à la moindre occasion ? Mais s’ils ne sont même pas capables de prévoir une éventualité aussi évidente, aussi prévisible, à quoi servent-ils donc ?

Les mêmes disent aussi qu’il y avait l’accord cadre de Lomé (juillet 1999) et la garantie donnée par la parole de Chirac. Un Chirac dont on connaît les liens avec le clan Gnassingbé! Évidemment, c’est que pour nos faux démocrates Chirac, un président français est toujours «le patron» et sa parole est toujours parole d’évangile ! Telle est la triste réalité.
Mais, nous le répétons, cela ne veut pas dire pour autant que les démocrates sont partisans d’un retour à la constitution de 1992 ; en aucun cas ils n’ont l’intention de se joindre à l’opposition dite démocratique pour cela. Nous ne disons pas du tout qu’il faut se débarrasser du pouvoir et de son système pour pouvoir appliquer la constitution de 1992. Nous disons qu’il faut se débarrasser du pouvoir et aussi de son système, et que c’est à cette condition que nous pourrons librement nous doter d’une nouvelle constitution, une constitution réellement démocratique.

À propos de la constitution de 1992, nous disons qu’il s’agit d’une escroquerie, sans le moindre rapport avec la démocratie. Une constitution démocratique est l’œuvre d’une instance élue: l’élection, c’est une des bases de la démocratie. On commence donc par élire les constituants, et cette élection est l’occasion d’un vaste débat, un débat où la pédagogie, l’explication, l’écoute tiennent une grande place. Sur ces bases, les élus reçoivent un mandat du peuple et peuvent ainsi œuvrer sous l’œil vigilant de ce dernier. Le référendum constitutionnel sert ensuite à confirmer la volonté populaire.
 
Mais Il n’y a rien eu de tel chez nous en 1992. Qui a donc élu les constituants ? Personne. Ils sont issus d’une «conférence nationale», qui elle- même n’est issue d’aucune élection, et qui s’est proclamée «souveraine». Une assemblée qui s’est inventé une souveraineté de pacotille dont les limites réelles ne dépassaient pas la salle Fazao de l’hotel du 2 février où elle tenait ses assises.

On nous explique qu’on s’est inspiré de l’exemple des constituants français de 1789, mais on oublie que ces derniers étaient des élus ! Tout cela n’était qu’une vaste escroquerie dont nous souffrons encore aujourd’hui. Certains esprits confus continuent encore de se livrer à des amalgames ridicules et de faire passer pour des partisans de l’autocrate ceux qui mettent en doute le bien-fondé et la nature de cette conférence. Nous leur disons qu’il faut regarder la réalité en fasse pour tirer les leçons nécessaires si nous voulons en sortir.

Question: Les conditions n’étaient sans doute pas réunies pour procéder à l’élection d’une constituante ? Cela veut dire que la tâche prioritaire était justement de réunir ces conditions, c’est-à-dire de conquérir la démocratie au préalable ? Cette constitution de 1992 n’a- t-elle pas été approuvée à près de 98% ?

C’est bien là que réside une autre escroquerie. Car ce pourcentage ne prouve en rien son caractère démocratique, mais seulement le degré d’illusion à laquelle le peuple a été soumis. C’est ce que confirme d’ailleurs la proposition d’OBUTS, préconisant la traduction de la constitution en langues nationales: la majorité de ces presque 98% des suffrages ignorent la langue française et n’avaient aucune idée du contenu de cette constitution qu’ils ont soi-disant approuvée ! Ils ont voté selon les consignes qu’ils ont reçues de «Gil» (Gilchrst-Olympio), du «Maître» (AGBOYIBO), du «Professeur» (Gnininvi) et des autres faux démocrates. On s’est tout simplement moqué d’eux ! Quant aux tenants du RPT, eux savaient que l’autocrate Eyadema, leur chef, était capable de faire ce que bon lui semblait de cette constitution, et que c’était un vote pour la forme. Ce pourcentage élevé n’a donc pour nous aucune signification quant à la légitimité ou au caractère démocratique de cette constitution, ni dans son élaboration. C’est ce qui se confirme d’ailleurs quand on prend la peine de jeter un coup d’œil sur son contenu.
 
Cette constitution n’est qu’une copie servile de la constitution de la Vème République française, sans aucun rapport sérieux avec nos réalités historiques, politiques et sociales. Un Français peut avoir ses raisons pour défendre la constitution de la Vème République: en évoquant l’instabilité permanente de la IVème république avec son régime parlementaire, et le besoin de stabilité à travers une nouvelle constitution de type quasi présidentiel, et qui soit en plus à la mesure d’une personnalité historique comme de Gaulle. Il n’est pas certain que ce soient là les seules raisons, mais il peut y avoir au moins une explication politique.

Mais qu’est-ce qui justifie un tel régime chez nous ? Surtout après des décennies de dictature autocratique, de pouvoir personnel porté à son extrême ? Peut-on se permettre de mettre en place un régime qui s’incarne en un seul individu ? C’est une question qui mérite au moins d’être posée. Voilà qui montre au moins l’utilité d’un débat préalable ! Mais l’opposition dite démocratique ne s’en donne même pas la peine tant elle demeure d’une servilité lamentable. Tant elle croit avoir trouvé la solution avant même de commencer à chercher !

Mais il y a aussi ce fameux article 150 qui prévoit constitutionnellement l’intervention de troupes étrangères en cas de coup d’État; un article qui monnaie, qui aliène d’avance la souveraineté nationale et populaire ! Une constitution qui entérine donc notre situation de néo-colonie, et qui constitue en fait un danger pour notre démocratie. L’article 150 illustre en effet à lui seul le caractère néocolonial de cette constitution.

C’est un article d’inspiration fondamentalement anti-démocratique. En effet, nous le savons depuis 1963 un appareil militaire antipopulaire s’est mis en place dans notre pays et constitue une épée de Damoclès, au-dessus du peuple. On l’a vu à l’œuvre avec le putsch de décembre 1991 contre le gouvernement Koffigoh, celui de 2005 pour imposer au pouvoir Faure Gnassingbé, dans les divers massacres qui ont émaillé la vie politique nationale durant ces dernières années, et dans l’arrogance dont ses représentants ont fait preuve face à la CVJR.

Il va sans dire qu’on ne peut pas résoudre la question de la démocratie chez nous sans résoudre de façon nette et définitive cette question de l’appareil militaire. C’est pour cette raison que les démocrates parlent de la nécessité de démanteler le système. Mais les faux démocrates quant à eux, puisque leur seule ambition est de goûter au pouvoir et non d’œuvrer pour la démocratie, refusent de s’attaquer à cette question de l’armée, en tant que question centrale de la démocratie; et dans ce sens ce sont effectivement des antidémocrates. Ou alors ils préfèrent contourner le problème en remettant leur sort entre des mains étrangères; démarche qui permet de les qualifier à juste titre d’antipatriotes. Ne serait-ce qu’en référence à notre hymne national. Que dit donc notre hymne national ?

«Que viennent les tyrans....Vainquons ou mourons mais dans la dignité.»
L’Hymne national ne prévoit qu’une seule réaction face à la menace des tyrans (et les putschistes sont des tyrans en puissance) : c’est de lutter sans défaillance; il ne prévoit qu’une issue: la victoire, ou alors la mort au cas où les tyrans se révéleraient plus fort, car cela peut arriver; mais la mort dans la dignité.

Que dit au contraire l’article 150 ? Cherchons vite du secours ! Abritons-nous derrière les accords de coopération et de défense ! Faisons fi de notre dignité. On ne peut pas se montrer plus antipatriotique. Ils pensent avoir trouvé la solution en bradant la souveraineté nationale à une puissance étrangère. Un régime hypothéqué à ce point ne peut pas être démocratique. L’article 150 suffit donc à lui seul à confirmer le caractère néocolonial de cette constitution. Incontestablement les auteurs de cet articles, et ceux qui l’approuvent, sont des valets de l’impérialisme. Le plus grave, c’est que ceux sur lesquels comptent ses faux démocrates sont ceux-là mêmes qui forment encadrent nos militaires putschistes !
D’ailleurs les exemples récents de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso montrent bien où tout cela peut conduire.

--En Côte d’Ivoire, lorsque le gouvernement de Laurent Gbagbo est l’objet d’une tentative de coup d’État suivie d’une rébellion armée, il fait appel à laFrance en évoquant les accords de coopération militaire et de défense ; la France refuse d’intervenir sous prétexte qu’il s’agit d’une affaire interne (les rebelles putschistes viennent du Burkina Faso où ils ont été entraînés et équipés par l’autocrate Compaoré !). Entre temps le gouvernement Gbagbo parvient à faire face, à repousser les rebelles putschistes et menace de les anéantir, alors la France intervient au nom de la «conciliation», en s’abritant derrière la «communauté internationale», et notamment les Nations unies. On connaît la suite: ce sont les putschistes qui sont au pouvoir !

--Le cas du Burkina Faso en 2014, est de la même veine: la France a simplement exfiltré l’autocrate Compaoré, lui évitant ainsi d’avoir rendre compte au peuple sur ce que ce dernier était en droit de lui demander, et lui a permis ainsi de préserver son impunité. On connaît la suite de ses accords qui constituent une menace permanente, en se mettant sous la dépendance étrangère. Voir le cas de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso.

--Pour les démocrates, la priorité c’est l’organisation, la mobilisation et la lutte pour la démocratie. Pour cela, il faudrait déjà, après l’instauration de la démocratie, commencer par élire une assemblée constituante, ouvrir un large débat public. On voit bien que les vrais démocrates envisagent les choses différemment des leaders de l’opposition dite démocratique.

Question: N’est-ce pas contribuer à diviser, donc à affaiblir l’opposition ?
Tout ce qui vient d’être dit permet de bien comprendre pourquoi, nous, les démocrates, nous n’avons rien à voir avec ceux qui se disent de l’opposition démocratique. Dans les pays démocratiques tels qu’on les rencontre en Europe, en Amérique, à l’issue d’élections régulières, il y a une majorité gouvernementale et une opposition. L’opposition, c’est ceux qui font face à cette majorité gouvernementale. Majorité et opposition font partie du même régime, elles en acceptent les règles et l’opposition est certaine d’accéder un jour à son tour à la majorité gouvernementale.

Face à une dictature, on ne peut donc parler que de démocrates, parce que le terme d’opposition sous-entend (quoi qu’ils en disent) la volonté d’assimiler le pouvoir dictatorial à une simple majorité gouvernementale, de nier donc son caractère dictatorial et de justifier ainsi les compromissions avec ce pouvoir. Nous, démocrates, nous n’avons aucune intention de nous joindre à eux, sous prétexte d’unité de l’opposition. Nous ne voulons pas d’une alternance avec la dictature, nous voulons la destruction de la dictature et l’instauration de la démocratie !

Pour en revenir à la question des risques de divisions, nous dirons d’ailleurs qu’ils sont eux-mêmes déjà incapables de s’unir. C’est toujours ainsi depuis les COD (1 et 2) jusqu’à maintenant. Pourquoi ? Parce que, pour s’unir, il faut avoir un projet commun, par exemple la démocratie pour le peuple.

Or les leaders des partis de l’opposition dite démocratique, malgré ce qu’ils racontent, n’ont pas de projet commun: ils ne luttent pas du tout pour l’instauration de la démocratie pour le peuple; ils n’ont que des ambitions personnelles à satisfaire, des projets individuels à réaliser et les différents partis qu’ils ont constitués autour d’eux ne servent en fait qu’à cela. On le voit par exemple dans la manière dont Agboyibo, sous des prétextes aussi futiles que lamentables, n’a pas hésité à provoquer une scission au sein du CAR, et à affaiblir ainsi son propre parti.

Ce n’est nullement une question de divergence politique, et surtout pas sur la question de la démocratie; il suffit de gratter un peu pour voir qu’il s’agit avant tout d’une question de gros sous: plus précisément qu’il s’agit pour Agboyibo de récupérer son poste de premier responsable et les avantages matériels qui vont avec: les missions à l’étranger, les rencontres avec des fondations des pays impérialistes qui octroient des fonds sous prétexte de promouvoir la démocratie chez nous. Il ne fallait pas laisser tout cela à Apévon! C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles chaque faux démocrate veut avoir «son» parti, et que les partis politiques se sont multipliés autant dans notre pays. Ils ne sont donc pas près de s’unir de façon durable, parce qu’ils ne cesseront jamais de vouloir chacun tirer la couverture à soi. D’ailleurs on voit que l’union qu’ils essaient de recréer face à la situation ne dure jamais longtemps. Qu’est-ce que cette union d’ailleurs toujours sporadique et pour cause, a apporté à la démocratie ? Rien. Inutile donc de continuer à la souhaiter.

Les démocrates souhaitent aussi l’union; mais cette union n’a rien à voir avec le conglomérat des partis de l’opposition dite démocratique; c’est l’union du peuple autour d’un objectif politique un objectif auquel adhère le peuple c’est-à-dire la majorité de la population. Une adhésion populaire sous une forme organisée, et dans ce cas on peut même aller à l’unité populaire.

Question: comment donc est possible ? Peut-on se passer de ces partis et de leurs leaders ? Que faire ?
C’est nécessaire et c’est fort possible. Les exemples abondent à ce sujet. Prenons le plus récent, le plus proche géographiquement par ailleurs, celui du Burkina Faso. Au Burkina Faso, c’est en refusant toute nouvelle négociation que le peuple en lutte est venu à bout du pouvoir autocratique de Compaoré. C’est après la chute de Compaoré qu’une nouvelle constitution a été adoptée. Nous ne dirons pas du tout que la démocratie est complète au Burkina Faso, et ce n’est pas ce que disent d’ailleurs les démocrates burkinabé. Mais au moins le peuple a réussi à se débarrasser de son tyran et il y a des choses que le régime mis en place ne peut plus se permettre. Cela a été réalisé au prix de dizaines de morts. Mais avec la démocratie par la négociation et par les urnes, c’est par centaines que l’on peut compter les morts chez nous alors que nous n’avons même pas réussi à nous débarrasser du clan Gnassingbé. Face à ce constat amer, on nous sert le même argument : le Togo, ce n’est pas le Burkina Faso ! Argument facile, prétexte pour éviter de réfléchir sérieusement sur la question, pour situer les responsabilités et pour tirer de vraies leçons.

Question: Qu’en est-il réellement de cette question de différence ? Que pouvons-nous apprendre du Burkina Faso ?
Nous admettons aussi bien volontiers que le Togo n’est pas le Burkina Faso ; mais nous ne situons pas les différences au même niveau que les faux démocrates. En effet, à quelques nuances près, liées surtout à la forte résistance du mouvement démocratique, le régime Compaoré n’était pas moins autocratique, moins sanguinaire, moins antipopulaire que celui d’Eyadéma et sa réputation de sanguinaire dépasse largement les frontière du Burkina Faso; les deux régimes n’hésitaient d’ailleurs pas à se donner la main, à s’épauler mutuellement pour porter des coups au peuple, à tel point les deux autocrates étaient proches.

Par ailleurs, tout comme chez nous, il existe également une opposition dite démocratique, avec des leaders qui sont des équivalents de nos Agboyibo, et autres Edem Kodjo et consorts, et qui ne sont pas plus démocrates que ces derniers. Anciens collaborateurs de l’autocrate Compaoré, ils sont devenus des «opposants», et ont créé leurs propres partis dans l’espoir d’assurer leur ascension politique bloquée par le système autocratique. Rien donc de bien différent par rapport à chez nous.

Sauf sur un point, et il est fondamental: c’est l’existence au Burkina Faso d’un puissant mouvement démocratique populaire, et la montée irrésistible de ce mouvement indépendamment des leaders de l’opposition dite démocratique et de leurs partis.

Pour un Agboyibo par exemple, et pour les autres faux démocrates de chez nous, le mouvement populaire n’est qu’un moyen de pression qu’il faut conjuguer avec la pression de la «Communauté internationale» pour négocier avec la dictature et pour obtenir des concessions. En langage clair, cela signifie que pour lui et pour ses compères, le mouvement populaire est au service de la démocratie par la négociation et par les urnes, autrement dit au service de leurs intérêts et ambitions. Il peut affirmer cela parce que lui et ses compères peuvent encore se permettre de manipuler ce mouvement. C’est ce qui lui a permis d’accéder au poste de premier ministre après le putsch de 2OO5 et les massacres qui ont suivi. Fabre quant à lui vient d’avoir en récompense le titre de «chef de file de l’opposition», en récompense à ses manipulations lors de l’élection de 2015.

Au Burkina-Faso un mouvement démocratique s’est développé et se développe en suivant sa propre dynamique. Cela se traduit par de puissantes organisations de masses indépendantes des leaders de l’opposition dite démocratique. On a parlé du rôle des organisations de «la société civile» pour expliquerla force du mouvement démocratique burkinabé.
Pour notre part, nous ne savons pas ce qu’on désigne exactement par ce terme, et nous préférons utiliser celui d’organisations démocratiques. Grâce aux organisations démocratiques, le peuple a su créer son unité autour d’un objectif commun : le refus du tripatouillage constitutionnel et le départ de l’autocrate Compaoré. Les faux démocrates ne peuvent pas lui dicter sa conduite, lui imposer leur programme. Ce sont eux qui sont obligés de se rallier, pour ne pas être largués, pour «être dans le coup». Il ne pouvait donc plus être question d’une quelconque négociation du moment que le peuple  avait décidé ainsi. Compaoré ne pouvait que partir. On constate encore aujourd’hui que chez nous ce sont ces leaders qui continuent de convoquer aux manifestations et aux meetings, qui imposent leurs mots d’ordre. Ils gardent donc encore une certaine emprise, même si, comme nous le constatons, ils sont de plus en plus contestés.

Pour montrer la grande différence avec notre situation, nous allons prendre l’exemple de la tentative putschiste du général Diendéré. Nous rappelons qu’un pareil coup a eu lieu chez nous et comment les choses se sont passées : nous nous rappelons la nuée de négociations et de propositions de négociations qui se sont abattues sur le pays la CEDEAO, l’IOF, le Gabon, le Nigéria ; nous nous rappelons la concurrence effrénée que se livraient les leaders de l’opposition dite démocratique à ce sujet.

Rien de tel au Burkina Faso. Quand Diendéré a perpétré son coup d’État, les mêmes négociateurs ont déferlé sur le Burkina. On se souvient notamment de Macky Sall et de ses propositions d’accord. À ceux-là, le peuple dans la rue a simplement répondu : on ne négocie pas avec des putschistes. Le résultat, au Burkina Faso: un général putschiste est en prison, le régiment spécial présidentiel sur lequel il s’appuyait est dissous; c’est incontestablement la conséquence de la fermeté des masses populaires, de la force du mouvement démocratique populaire.

Chez nous où, faute d’un puissant mouvement démocratique populaire, la négociation a prévalu, le candidat putschiste est devenu président de la république, on en est encore à demander la limitation du nombre des mandats. Mais comme nous le disons, nous constatons que les choses sont en train de changer, nous percevons une élévation certaine de la conscience populaire

Question: comment expliquer cette élévation de la conscience politique ?
Ceci est le résultat du travail des démocrates et de l’expérience pratique du peuple lui-même. Expliquons-nous. Nous nous rappelons que dès le départ, lorsque le peuple est massivement descendu dans la rue, en 1990-1991, la revendication qu’elle mettait en avant ne présentait aucune ambiguïté: c’était bien le départ de l’autocrate Eyadema. C’était au nom de «Eyadema démission» qu’il manifestait. Bien que privé pendant de longues années, par la force des choses, de toute information démocratique, il avait compris d’instinct que le départ du tyran était le préalable indispensable à tout changement véritable. Puis se sont présentés sur la scène politique des gens prétendument «compétents», qui ont commencé à lui présenter autre chose: à savoir qu’on peut obtenir la démocratie par le dialogue et la négociation, que la lutte populaire serait synonyme de violence, et qu’il fallait donc l’éviter. Ces gens ont réussi à imposer leur politique, et c’est ce qui se poursuit depuis 1991, depuis la signature en 1991 de l’accord gouvernement- opposition, cette opposition étant représentée par le FAR (Front des associations pour le renouveau).

Souvenons-nous. Nous sommes en mars 1991. Depuis 5 mois, tout le pays est en effervescence. Le mouvement populaire ne cesse de monter, malgré les paroles apaisantes du dictateur. Visiblement, le pouvoir chancèle sur ses bases. Justement en ce mois de mars, une nouvelle grève générale illimitée est sur le point d’être déclenchée, et on se demande si cela ne va pas être le coup de grâce pour l’autocrate. C’est alors qu’on annonce la création de ce Front d’association pour le renouveau (FAR) présidé par AGBOYIBO, et censé représenter «l’opposition»; puis on nous apprend l’ouverture imminente d’un dialogue gouvernement-opposition.

La grève est alors désormais considérée comme inutile et s’arrête. On nous explique aujourd’hui que c’est ce premier dialogue qui a permis le multipartisme, mais rien n’est plus faux. En effet, il suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler que le multipartisme n’était pas du tout à l’ordre du jour avant octobre 1990, justement; c’est bien la lutte populaire déclenchée depuis octobre 1990 qui a conduit le pouvoir à la nécessité de lâcher du lest. Non pas parce qu’elle rendu l’autocrate Eyadema ouvert au dialogue, mais parce qu’elle avait quelque peu désorganisé et affaibli son pouvoir.

Le dialogue a plutôt servi à désamorcer le mouvement populaire et à conforter le régime. Agboyibo et ses compères du FAR, en inaugurant la politique du dialogue, ont en fait sauvé le régime, telle est la réalité. Ce ne sera pas la dernière fois. Le même scénario va se répéter ainsi pendant près de 20 ans : d’abord le dialogue et un accord, qui est aussitôt violé, puis c’est la fraude électorale et la répression, suivies de protestations de l’opposition dite démocratique; puis de nouveau c’est le dialogue et un accord. C’est ainsi que le régime a tenu depuis 1990 jusqu’à présent. C’est d’ailleurs le même scénario qu’on est encore de nous répéter aujourd’hui, avec l’arrivée du représentant des «Nations unies» Chambas IBN, qui a déjà sévi chez nous en tant que représentants de la CEDEAO dans les années 2005.


Les démocrates n’ont jamais épargné leur effort pour montrer combien la démocratie par la négociation et par les urnes est une illusion ; ils se sont toujours efforcés de faire comprendre que ce n’est pas la constitution qui fait la démocratie, que la vraie démocratie est l’œuvre de la lutte populaire. Mais Ils ont toujours fait preuve de patience dans leurs explications, persuadés que le peuple par la pratique doit se faire sa propre expérience pour se convaincre de la justesse de leurs positions. C’est ce qui est en train de payer.
Aujourd’hui des compatriotes de plus en plus nombreux se rendent compte par leur expérience et par la pratique, de la manière dont les leaders de l’opposition dite démocratique les mènent par le bout du nez, et que la démocratie par le dialogue et par les urnes est une voie sans issue pour eux. Dans le même temps, ils constatent que certains de ces leaders en tirent un profit qu’ils ne dédaignent nullement, au contraire: comme premiers ministres, comme ministres, ou comme «chef de file de l’opposition». Ils sont en train de découvrir la supercherie dont ils ont été les victimes jusqu’à présent. C’est ce constat qui les conduit à se tourner vers nous de plus en plus nombreux et à prendre en considération nos analyses et positions.


Ils le font d’autant plus volontiers qu’ils ne peuvent pas ignorer la grande leçon de choses que le peuple burkinabé avec son soulèvement de 20014- 2015, vient de leur administrer. Ils ne peuvent pas ne pas relever, que le peuple burkinabé en lutte a catégoriquement rejeté toutes les tentatives de dialogue que la fameuse «communauté internationale» voulait lui imposer et que c’est sa fermeté qui a payé; ils n’hésitent pas à déclarer que «Compaoré serait encore aujourd’hui au pouvoir si les Burkinabés avaient fait comme nous»; certains d’entre eux, allant jusqu’à comparer le nombre de morts dans les deux pays, n’hésitent pas à conclure que la «politique de dialogue a décidément coûté plus cher en vies humaines que la politique de «confrontation». C’est tout cela qui donne un écho de plus en plus important à la position des démocrates à ce sujet.

En effet, ce que démontre la reprise actuelle de ces manifestation, c’est bien la démonstration une fois de plus que ce n’est pas la constitution qui instaure la démocratie, que la constitution démocratique, la vraie, c’est celle qui vient confirmer, par la loi, la démocratie conquise par le peuple en lutte. Et c’est bien l’impuissance de ceux qui prônent une telle politique que tout cela met en lumière. D’ailleurs le simple bon sens nous permet de bien comprendre cela: on a plus de chance de guérir un mal en remontant à sa source qu’en soignant ses effets. Il faut commencer par nous débarrasser des oppresseurs, à savoir le régime de dictature néocoloniale, pour avoir des chances de se doter d’une constitution démocratique et de pouvoir l’appliquer.

Il est vrai que nos compatriotes sont de plus en plus nombreux à revenir de leurs illusions; ils n’hésitent pas à adresser des avertissements à ces leaders pour le cas où ils s’aviseraient d’engager de nouveaux dialogues et de nouvelles négociations. Nous disons à ces compatriotes: vous ne devez pas vous contenter de lancer des avertissements, car cela voudrait dire que vous pourriez encore attendre quelque chose d’eux, alors que la réalité démontre chaque jour le contraire ! Alors qu’ils se sont disqualifiés ! Vous devez aller jusqu’au bout de votre pensée et vous démarquer d’eux, les ignorer définitivement.

Vous devez vous joindre à l’union populaire qui est en train de se constituer. C’est à cette condition que nous pourrons avancer ! Nous disons aussi que le simple départ de Faure ne suffit pas à instaurer la démocratie ! C’est tout le système qu’il faudra changer.

Question: que faire donc maintenant ?
Il faut d’abord clarifier les choses pour dissiper certaines illusions. Parmi ceux qui souhaitent le départ de Faure, beaucoup pensent qu’on peut y parvenir par les réformes et grâce au retour à la constitution de 1992. Cela est fort possible. Mais l’erreur serait de croire que cela suffirait à instaurer la démocratie.

Pour comprendre l’importance de l’enjeu, il suffit de se reporter à notre brochure «Démocratie et lutte pour la démocratie»; un ouvrage où il y a une définition du pouvoir d’État. Il est question d’un appareil sur lequel repose cet état et dont le contrôle permet de définir la nature de l’État. Chez nous l’appareil militaire est une sorte d’État dans l’État, au service d’un clan. La constitution n’est qu’un paravent. On l’a vu en 1991 avec le gouvernement Koffigoh. Ce dernier était premier ministre et ministre de la Défense mais les militaires ne lui obéissaient pas du tout à l’exception d’une poignée autour de lui. Puis il y a eu le putsch de décembre où son pouvoir est devenu encore plus factice.

Rappelons aussi le putsch de 2005. Pour qu’il y ait démocratie il faut écarter définitivement ce danger et ce risque. Ce n’est pas la constitution de 1992 qui pourrait le faire. Seulement la lutte pour démanteler tout le système. Ce démantèlement consiste aussi à demander des comptes à ceux qui ont profité du régime pour s’enrichir impunément et qui peuvent revenir au  pouvoir sans avoir besoin de coup d’État, grâce à tout ce qu’ils ont impunément accumulé. Il faut prendre des dispositions en conséquence. Pour tout cela il faut nous organiser comme nous l’avons souligné; nous organiser pour discuter, réfléchir et lutter ensemble.

Ce démantèlement doit être suivi de la mise en place d’institutions nouvelles réellement démocratiques caractérisées notamment par la priorité des élus sur les non élus. Cela n’a rien à voir avec la constitution de 1992. Cela signifie une nouvelle constitution et d’abord l’élection d’une constituante. Pour atteindre ces objectifs, une solution: l’organisation et la lutte. Plus que jamais la lutte et l’organisation sont les impératifs d’aujourd’hui. C’est à cette tâche que nous devons nous atteler dès maintenant.



Tunisie, Egypte: Des leçons pour la lutte démocratique du peuple togolais.
Il y a cinq ans jour pour jour, un vent formidable soufflait en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Partout les peuples, victimes d’une oppression sans borne, acculés à la misère pendant des décennies, ont brandi l’étendard de la révolte. Faisant preuve d’un courage inouï, ils ont osé affronter les dictatures autocratiques, sanguinaires et corrompues pour conquérir la liberté politique, la dignité et la justice sociale. Déjà la bourrasque populaire a emporté Ben Ali et Hosni Moubarak, autocrates tunisien et égyptien. Ces dictateurs autocrates et prédateurs, qui s’étaient incrustés au pouvoir à l’abri d’un appareil répressif puissant et pléthorique. Ils bénéficiaient du soutien matériel et politique des puissances impérialistes. Ils passaient pour inébranlables mais ils n’ont pas résisté devant la tourmente populaire. Aujourd’hui, Ben Ali est en fuite, réfugié en Arabie Saoudite, et Hosni Moubarak est prisonnier en Egypte. Tous deux sont l’objet de procès et doivent rendre compte devant la justice de leur pays.

L’exemple tunisien et égyptien a sans aucun doute galvanisé les autres peuples, en particulier les peuples arabes. Ils osent engager eux aussi la lutte pour la satisfaction de leurs aspirations légitimes. Pour l’instant, il n’est pas possible d'augurer une issue de ces luttes que nous saluons par ailleurs. Mais d’ores et déjà nous pouvons en tirer des enseignements forts utiles. En effet, en Afrique subsaharienne et en particulier au Togo, les peuples et les démocrates ont suivi avec admiration la grandiose victoire des peuples tunisien et égyptien. Ils ont salué avec enthousiasme la chute des tyrans Ben Ali et Hosni Moubarak, mais ils n’en sont pas restés là. Ces victoires ont également suscité des interrogations, et la plus courante de ces interrogations c’est de savoir si de tels événements sont également possibles chez-nous en d’autres termes, si nous pourrons nous aussi en finir avec nos dictatures.
Nous pensons pour notre part, qu’il serait plus pertinent de nous demander pourquoi nos propres luttes n’ont pas abouti à l'éviction de nos autocrates ? Et pourquoi ceux-ci sont toujours en place ? Car on a tendance à oublier que dans les années 1990, de nombreux pays en Afrique subsaharienne ont connu des soulèvements populaires. Ils n’ont rien à envier en ampleur et en intensité, à ceux auxquels nous venons d’assister en Tunisie et en Egypte. C’est le cas de notre pays, avec le mouvement insurrectionnel populaire commencé le 5 octobre 1990 à Lomé, et qui a fini par embraser le territoire national tout entier.

Qui ne se souvient en effet, de ces commissariats désertés ou en flammes, des statues déboulonnées, de ces préfets en fuite, désertant leur poste devant la déferlant populaire ? C’était simplement incroyable ! Or, malgré tout cela, malgré les lourds sacrifices consentis par notre peuple, Eyadéma a réussi à demeurer au pouvoir jusqu’à sa mort, et son fils Faure Gnassingbé s’est même permis d’y accéder à son tour. Comment expliquer un tel résultat ? Prétendre que c’est parce que Ben Ali et Hosni Moubarak auraient été des dictateurs moins redoutables qu’Eyadema, ce serait nier la réalité et faire injure aux peuples tunisien et égyptien.

La véritable explication tient dans l’orientation des luttes. Les peuples tunisiens et égyptiens en effet, ont suivi dans leur lutte la seule voix juste, parce que éprouvée par l’expérience de lutte des peuples et du mouvement démocratique mondial alors que c’est le contraire qui s’est passé chez nous.

En effet, Les peuples tunisien et égyptien étaient animés par la certitude qu’aucun changement n’est possible sans l’éviction préalable de leurs autocrates et sans le démantèlement de leurs systèmes autocratiques. C’est cette certitude qui les avait amené à adopter comme revendication un mot d’ordre tout simple mais fort significatif: «Dégage !». Ils s’en sont tenus jusqu’au bout à ce mot d’ordre, même quand les dictateurs, après avoir vainement tenté de les intimider par des menaces et par la répression, ont cherché à les amadouer en multipliant des promesses d’ouverture et de réforme (promesse de libéralisation de la presse, de non renouvellement du mandat présidentiel..). Tout simplement parce que les peuples tunisien et égyptien n’ont jamais cru à un quelconque changement par la conciliation et la négociation avec le système dictatorial. Pour cette raison, il n’a jamais été question de dialogue avec les autocrates; il n’a jamais été question de «conférence nationale souveraine», de table ronde, de facilitateurs! Etc.

Par ailleurs, les peuples tunisien et égyptien se sont convaincus que c’est de leur propre lutte que peut venir la démocratie et leur salut. Ils ont conscience qu’ils n’ont rien à attendre d’une bienveillante intervention de puissances étrangères. C’est donc en leur propre sein, qu’ils ont recherché et trouvé le ressort et les moyens nécessaires pour précipiter la chute de leurs tyrans.

Il ne fait aucun doute que c’est après avoir chassé Ben Ali et Hosni Moubarak du pouvoir qu’ils ont pu les traduire en justice pour être condamnés pour leur politique de répression, anti-populaire et leurs pratiques de pillage et de détournement des biens du pays. Tout cela n’aurait jamais été possible si ces dictateurs étaient restés en place.

Les mouvements de lutte populaire qui se sont déroulés vingt ans auparavant en Afrique subsaharienne, et notamment dans notre pays, n’ont pas abouti au même résultat qu’en Tunisie et en Egypte.Si et si nos  dictateurs sont toujours là, c’est que ces mouvements ont suivi une voie différente. Chez nous par exemple le mouvement insurrectionnel qui s’était levé à partir du 5 octobre 1990 ne laissait planer aucun doute sur la revendication populaire. Ce que voulait le peuple, ce que disait leur cri de ralliement, c’était «Eyadema démission !», un mot d’ordre qui n’est pas sans rappeler le fameux «Dégage», des peuples tunisien et égyptien. Mais alors que la lutte se développait, acculant de plus en plus la dictature dont les jours semblaient comptés, on a vu apparaître et s’agiter au-devant de la scène politique des «savants et experts en démocratie», des «leaders» se disant de l’opposition qui ont commencé à tenir un autre discours. Ils ont prétendu que la démocratie pouvait résulter de leurs négociations avec l’autocrate, et que la lutte populaire n’était plus nécessaire.

Ainsi, il a suffi qu’Eyadema ouvre la bouche, le 30 octobre 1990 et parle de «réformes constitutionnelles», pour que ces leaders de l’opposition dite démocratique proclament que «nous sommes sur la bonne voie» et appellent à la fin du combat populaire. Ils ont répété la même manœuvre en mars 1991, au moment où, à la veille d’une grève générale illimitée, on a annoncé l’imminence d’une rencontre gouvernement-opposition. Au Togo, ces leaders ont fini par imposer leur point de vue et ont réussi à empêcher le soulèvement populaire d’aller jusqu’au bout.

On nous objectera qu’on a tout de même mené une grève générale illimitée, et que celle-ci a lamentablement échouée. Nous ferons remarquer que cette grève, mal engagée et mal conduite par ailleurs, avait été déclenchée dans le but non pas de faire déguerpir Eyadema, mais seulement d’engager une énième négociation avec lui. L’autocrate n’avait qu’à laisser pourrir le mouvement, et c’est ce qu’il a fait.

Que n’avons-nous pas vu au Togo en matière de dialogue et de conciliation : conférence nationale souveraine, négociations de Colmar, de Ouaga, Accords cadre de Lomé, les 22 engagements, accord politique global....Tout y est passé, avec dans l’intervalle, des massacres, des coups tordus, et encore des massacres ! Mais le seul résultat a été de légitimer et de consolider une dictature de type monarchique, où le fils a succédé au père !

Justement, les élections législatives qui ont eu lieu en Tunisie le 23 octobre 2011 nous confirment de manière flagrante la seule voie juste pour la conquête de la démocratie c’est celle de la lutte populaire. En effet, les témoignages tant intérieurs qu’extérieurs s’accordent pour reconnaître que ces élections tunisiennes étaient justes, libres et transparentes, en dépit de quelques incidents mineurs dont tous ont reconnu le caractère marginal.

En effet, Contrairement à ce qui se passe habituellement chez nous, on a su éviter les querelles et les contestations à propos des cartes et des listes électorales ; de même, personne n’a eu à se plaindre de fraudes massives, de bourrage d’urnes, de tripatouillages; les résultats ont été proclamés dans un délai relativement court, et n’ont pas donné lieu aux contestations et aux affrontements postélectoraux que l’on observe généralement dans notre pays. Même si certains ont déploré le succès d’ENNAHDHA, le parti islamiste, il n’a jamais été question de mettre en cause l’honnêteté du scrutin. Et tous ont reconnu le sérieux de l’ISIE (Instance supérieure indépendante pour les élections, l’équivalent de la CENI de chez nous). Nous remarquerons par ailleurs, que les Tunisiens n’ont jamais senti le besoin de recourir à des organismes de la «communauté internationale» pour superviser, voire contrôler leur processus électoral. Certes, des observateurs étrangers étaient présents, mais ils n’ont fait qu’observer et témoigner, et rien d’autre.

Mais pourquoi donc cette différence avec ce qui se passe chez nous où les élections ne sont que des mascarades ?
Cette différence tient dans l’orientation de la lutte du peuple tunisien. Le peuple tunisien, en effet, a visé juste dans le choix de ses priorités et de ses objectifs. Sans se laisser distraire par des semeurs d’illusions et autres partisans de la conciliation et du dialogue, il s’est d’abord occupé d’abattre l’obstacle immédiat qui barrait la route à sa volonté émancipatrice: le tyran Ben Ali et son système autocratique. L’éviction de ce dernier et de sa clique, leur traduction devant la justice, l’interdiction du RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique, l’équivalent du RPT de chez nous), la dissolution de la Sûreté d’Etat, de la police politique, ont sans aucun doute supprimé la principale cause des pratiques d’intimidation, de répression antipopulaire, de fraudes et de corruption.

De ce fait, il s’est instauré dans ce pays un climat nouveau, où la peur et la méfiance ont fait place à l’enthousiasme, à la mobilisation vigilante. Dans ce nouveau climat de liberté conquise, la mobilisation et la vigilance populaire ont suffi pour assurer la transparence et l’honnêteté du scrutin. Ainsi, le peuple tunisien nous a apporté la preuve et la confirmation qu’un peuple, dès lors qu’il a conquis sa liberté, est à même d’assurer par sa mobilisation et son organisation, des élections transparentes , justes et crédibles. L’exemple tunisien montre bien que l’argument qui veut nous faire croire que c’est une question d’expérience qui demande du temps, est un argument trompeur qui ne sert que d'alibi. 

Ajoutons sur un autre registre que la chute de Ben Ali et de sa clique a permis de se saisir des biens et des immenses fortunes qu’ils ont frauduleusement accumulés en Tunisie même, et d’entreprendre des démarches en vue de récupérer ceux qui se trouvent à l’étranger. C’est ainsi qu’une soixantaine de commissions rogatoires internationales ont été lancées par le gouvernement de transition, qui ont abouti au blocage de certain, et que des sommes ont déjà été récupérées. Tout cela n’aurait pas été possible si le peuple n’avait pas «dégagé» l’autocrate.

On voit en comparaison ce qui se passe chez nous à la «conférence nationale souveraine» de juillet 1991 on a entendu de grandes révélations sur les détournements et les pillages opérés par Eyadéma et sa clique; une commission des biens mal acquis avait même été mise sur pied. Mais Eyadéma a gardé sa fortune et ses descendants l’ont hérité en toute tranquillité. Faure s’en servira certainement pour acheter des votes comme en son habitude, lors de la prochaine élection.

Contrairement au peuple togolais, les peuples tunisien et égyptien ont mené résolument leur lutte sans se laisser divertir par les sirènes de la démocratie par le dialogue et la conciliation avec l’autocratie. Cette résolution dont ils ont su faire preuve s’explique sans doute par leur propre expérience de lutte; mais c’est aussi le résultat du travail d’explication et de mobilisation entrepris en leur sein par de véritables partis et organisations démocratiques. C’est le lieu de souligner ici l’importance de la propagande dans la lutte pour la démocratie. En effet, les observateurs n’ont pas manqué de relever le rôle joué par les moyens électroniques (Courriel, Twitter, Facebook.) dans la mobilisation populaire. Cela est incontestable. Mais nous ne devons pas oublier qu’il ne s’agit que de simples supports techniques, et que l’essentiel est le contenu qu’on y met.

Il est indéniable en effet que ces moyens ont permis de développer au sein du peuple les idées démocratiques, l’esprit de résistance et de lutte sans concession, et que cela a permis d’écarter toute idée de conciliation avec les autocrates. Bref, l’exemple tunisien et égyptien montre que «la démocratie par le clavier» a aussi son importance, et qu’à vouloir négliger cette forme de lutte, on risque seulement de laisser le terrain aux faux démocrates et aux démagogues.

Certes la démocratie est loin d’être acquise de manière complète et définitive en Tunisie et en Egypte aujourd’hui. Elle peut encore connaître des avancées ou des reculs. Il appartient aux démocrates de ces pays, de continuer et d’amplifier leur travail de mobilisation et d’organisation, afin que les peuples poursuivent leur lutte dans le sens de leurs intérêts et de leurs aspirations véritables.

Bruxelles, le 24 janvier 2016



Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil
Infos : www.togoenlutte.org
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