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Quelques vérités sur la démocratie béninoise.

Talon-ZinsouComme d’habitude la fièvre électorale qui s’est actuellement emparée du Benin n’a pas manqué de s’étendre jusqu’à notre pays et d’atteindre les faux démocrates de chez nous. Pour ces derniers l’élection présidentielle est l'occasion de dire à nouveau tout le bien qu’ils pensent de la démocratie par la négociation, la conciliation et par les urnes;et du régime de l’alternance dont le  Bénin offre un bel exemple, qu’ils voudraient voir s’instaurer chez nous. Mais  depuis la Conférence nationale des forces vives en 1990 jusqu’aujourd’hui, en passant par la réélection de KEREKOU,  on a vu dans toute sa clarté la réalité  de cette démocratie à la béninoise. Et c’est pourquoi, pour notre part nous n’avons pas manqué d’exprimer dans nos publications notre scepticisme, nos critiques à propos de  ce régime béninois qu'on a voulu habiller du masque démocratique. Alors que c'est tout le contraire qui saute aux yeux.  

Cette élection présidentielle qui va se tenir dans les jours qui viennent (plus précisément le deuxième tour) nous donne une fois de plus  l'occasion ici de revenir sur ce cas du régime béninois  afin  d'ouvrir les yeux à ceux de nos concitoyens qui continuent de se laisser duper  par cette  campagne que mènent  les médias aux ordres en faveur de ce régime qui a érigé  en mode de gouvernance l'impunité pour les politiciens, les hommes d'affaires  et  une exécrable misère pour la majorité de la population, le peuple.

Ce qui fait la particularité de ce présent scrutin, une particularité qui saute aux yeux, c’est que  la plupart des candidats sont issus des  milieux financiers et d'affaires. Il en est ainsi, parce que les politiciens, ces faux démocrates et leurs organisations politiques qui se sont illustrés sur la scène politique depuis la Conférence nationale des forces vives, qui se bousculent se poussent du coude et se partagent ainsi  la gestion du pays depuis une vingtaine d'années, sous le slogan du renouveau démocratique, sont aujourd'hui complètement disqualifiés, discrédités. C’est parce que ces politiciens sont restés sourds aux aspirations et revendications légitimes du peuple béninois,  et qu’ils se sont montrés  davantage préoccupés de rendre un fier service à ces hommes d'affaires béninois en privatisant des secteurs stratégiques de l'économie; en débloquant  des deniers publics pour faciliter leurs prospérité économique. Il apparaît donc clairement aujourd’hui que tous ces politiciens, ces pilleurs ne peuvent  plus  se présenter devant les masses  béninoises qu’ils ont  utilisé et usé comme du bétail électoral.

Mais ce discrédit général qui frappe des politiciens béninois, ces faux démocrates n'a pas du tout échappé aux véritables maîtres du pays, l'impérialisme français notamment. En effet, pour ne pas perdre du terrain, la France a décidé qu’il était temps  d’injecter du  sang neuf dans  le personnel dirigeant, Ainsi s’expliquent la nomination de Lionel Zinsou comme premier ministre et sa candidature à l’élection  présidentielle, où il est présenté comme le sauveur. Le cas de Zinsou ressemble fort bien à celui que nous avons connu  chez nous avec  un Koffi YAMGNANE qui  s’est lui aussi  présenté comme le sauveur du peuple togolais  et que  le peuple togolais a dénoncé et remis à sa place.

 Né en France, Lionel Zinsou a poursuivi ses études dans ce pays sans marquer le moindre intérêt pour le Bénin, pour  peuple béninois et pour le  mouvement démocratique étudiant très actif. Sous le régime  de l'autocrate KEREKOU, on a jamais entendu parler de lui ni comme un résistant ni un démocrate opposé à  ce régime dictatorial. Après  ses études, c’est en France qu’il a choisi de mener sa carrière et c’est en France qu’il l’a  effectivement menée, et qu’il a pu  accéder à des postes élevés  dans les milieux financiers et de la banque, et surtout comme conseiller du premier ministre français, Laurent Fabius. Ce  n’est sans doute pas un hasard si juste après sa nomination comme premier ministre;  des secteurs stratégiques comme (le Port, chemin de fer et la télécommunication etc.) ont été cédés sans appel d’offre aux capitalistes français Bouygue et Bolloré. Sans aucun doute cet homme est en mission.

Face à la candidature de  ZINSOU  ses adversaires se sont  lancés  dans une campagne qui tente d’exploiter le légitime sentiment national du  peuple. En effet il n’est question que de barrer la route à la recolonisation et de rupture. Mais nous nous interrogeons sur le sérieux de ces mots d’ordre qui, jusqu’à preuve du contraire, frisent  plutôt la démagogie. En effet, il est vrai  que la  manière dont ZINSOU est apparu  sur la scène politique béninoise, pratiquement comme un Français détaché pour s’occuper du Bénin confirme le caractère quasi colonial des rapports que  la France veut continuer à entretenir avec ce pays et le peu de considération  et de respect qu’elle éprouve pour le sentiment national du peuple béninois. Mais nous ne voyons pas en quoi l’élection de son adversaire mettrait fin à une telle situation.

Ainsi, si  nous prenons le cas du sulfureux homme d’affaires Patrice TALON, le candidat qui se présente contre ZINSOU au deuxième tour, on ne trouve pas  chez lui aucune trace  la moindre dénonciation  de la mainmise de la France sur le pays ni  le moindre signe de la volonté de mener une politique d’indépendance nationale; on ne voit pas non plus ne serait-ce que l’esquisse d’un programme de justice sociale, par exemple la mise en place d’un enseignement et d’un système de santé de qualité et gratuit. Nous rappelons  aussi que tout long des années 1990, TALON faisait partie de ceux qui ont spolié, pillé l'industrie naissante du Bénin. On sait  comment a-t-il mis la main sur la filière du coton, comment il est devenu le «roi du coton»;  il a toujours été dénoncé comme un des fossoyeurs de l'économie béninoise. Par ailleurs, c’est bien lui qui d’être un faiseur de ministre, celui qui par son injonction pouvait faire nommer des ministre dans  le gouvernement BONY YAYI. Bref, les pratiques de TALON sur le plan politique et économique ne peuvent pas faire de lui un libérateur. C'est un homme du système neocolonial, tout comme ses rivaux regroupés autour de la clique BONY YAYI. On peut en dire autant de ses alliés actuels, que ce soit un Marcel De Souza ou d'autres ministres comme Barthélemy Kassa et Komi Kounché,  ils ont tous participé au pillage aux côtes de BONY YAYI. C’est d’ailleurs ce dernier lui-même qui résume bien la situation le 12 mars dernier en ces termes «La question de l’impunité, nous avons tous échoué. Moi j’ai fait 10 ans avec vous, j’ai travaillé avec tout le monde. Vous les avez vu là, (…), je les connais tous (...) aucun d’eux ne peut dire qu’il est propre... (...) Personne ne doit donner de leçons à l’autre parce qu’ils ont assumé des responsabilités,  ils ont été ministres, premier ministre etc... (...) »

Dans ces conditions, on comprend aisément que cette rupture à la béninoise ne  peut concerner que les intérêts particuliers des protagonistes; elle n’a rien à voir avec le futur démocratique du Bénin et n’est nullement la promesse d’un lendemain démocratique pour son peuple; ce n’est qu’une mystification destinée à drainer les masses béninoises derrière TALON. Pour ce dernier la victoire électorale, c’est surtout  la possibilité de protéger et de consolider ses affaires, de prolonger le pillage du pays en toute impunité. Le peuple n’a rien à y gagner. Indéniablement placer un Talon ou un Zinsou ces deux valets de l’impérialisme français  à la tête du Bénin  ne changera rien à la domination de ce dernier , ni au sort du  peuple béninois.

La vraie  question qui se pose c’est celle  de la  nature réelle de ce régime néocolonial. C’est cette question  que l’on doit se poser si  l’on veut contribuer à un réel changement. Le fait est que contrairement à toute la campagne mensongère  qui veut le présenter comme un modèle de démocratie, le régime béninois est un régime complètement  gangrenée par la corruption et par  de sulfureuses affaires. D’ailleurs le parcours des divers candidats illustre déjà fort bien le degré de  l’impunité dont jouissent  ces personnalités. C’est un régime où une «affaire» vient après l’autre.

Dans un document intitulé «BENIN: UNE DEMOCRATIE PRISONNIERE DE LA CORRUPTION» les  journalistes d'investigation Awoudo et Adounnous donnent un aperçu de l’état des lieux: «Les affaires, pour la plupart, sont manifestement abandonnées ou classées sans suites. L’affaire Bêta, l’affaire Sonacop/Odific, l’affaire Sonapra/Marlan’s Cotton Industries, les détournements en série à la Sonapra et à la Société des Ciments d’Onigbolo (SCO), l’incroyable affaire des frais de justice criminelle, les malversations à la police (révélée par la commission Danon), l’affaire des malversations dans l’Armée (révélée par le rapport Azonhiho), l’affaire des 32 millions de la coopération danoise à l’Armée béninoise, l’ahurissante passation de marché gré à gré pour l’équipement du siège de la Caisse nationale de sécurité sociale, la retentissante affaire HamaniTidjani (qui a éclaboussé d’importantes personnalités de l’appareil d’Etat), l’invraisemblable dossier du glucose transformé en sable au ministère de la Santé publique. Ajoutons à cela,  l’impressionnante opération aux allures de blanchiment d’argent et d’escroquerie montée et exécutée à la Bank of Africa (BOA), le scandale politico-financier du groupe américain Titan (le milliard du financement de la campagne électorale de Mathieu Kérékou en 2001), l’affaire de la tour administrative de Cotonou, le méga scandale du rachat de la Sonacop, l’affaire Continental Bank, l’incompréhensible dossier dit des 70 milliards (rassemblés par la Commission AhanhanzoGlèlè),l’affaire des 600 millions pour la construction des résidences Hassan II à l’Université d’Abomey-Calavi, ‘l’affaire du jardin de l’ambassade du Bénin à New-York’… Les gouvernants ont dressé le lit à un immobilisme révoltant. Conséquence logique, l’impunité est devenue une mode.»

 Ajoutons  à cela que lors des dernières élections législatives en avril 2015, bon nombre de ministres, députés qui ont participé à des magouilles sous le pouvoir de Yayi Boni se sont fait élire avec les moyens matériels, financiers volé à l'Etat béninois en espérant être protégés par l'immunité parlementaire. C’est notamment le cas de ce ministre impliqué dans  l’affaire de  détournement des fonds envoyés par la hollande pour la distribution de l'eau potable; ajoutons enfin les diverses surfacturations et malversations dans les ministères; une nauséabonde pratique de distribution à tour de bras des billets de banque, l’achat des électeurs lors des deux dernières élections sous Yayi  Boni….

 L'élection présidentielle qui va se dérouler dans ce contexte d'achat de conscience n’a rien d’une élection transparente; et d’ailleurs elle ne peut rien apporter au peuple béninois. C‘est pourquoi nous dénonçons tous ceux qui participent à cette mystification du peuple béninois et les peuples en lutte de la sous région.

La démocratie béninoise tant vantée est une démocratie factice, tronquée où les masses, le peuple n'a aucune voix au chapitre. N'en déplaise aux faux démocrates de chez nous qui rêvent d'importer les mystification du régime béninois et ces crapuleuses pratiques de corruptions, de pillage. Leurs souhaits d'installer au Togo une «démocratie» à la béninoise nous donne une idée précise de la manière dont  ces faux démocrates comptent gérer notre pays avec ou sans le clan Gnansingbe. Pendant ces vingt dernières années on a vu la nature de la  "démocratie" à la béninoise, ce système  qui ne fait que profiter à ceux qui détiennent le pouvoir politique et économique où les masses populaires se trouvent  marginalisées et ne trouvent pas leur compte dans ce régime conçu pour perpétuer l'impunité, le pillage et au-delà le système neocolonial. 

Dans les conditions actuelles où les hommes d'affaires et les pilleurs sont à la porte de la présidence béninoise, il apparaît, une fois de plus, que tout ce battage autour de l'alternance et de la démocratie par les urnes au BENIN ne sont qu'une illusion, une mystification qui retarde la prise de conscience des peuples en lutte contre l'impérialisme. Plus que jamais la lutte pour une véritable RUPTURE demande un bouleversement total du système neocolonial en place. Cette véritable rupture consiste à mobiliser, organiser les peuples du Bénin dans le but de démanteler l'Etat neocolonial et son appareil répressif qui empêchent les masses populaires de conquérir le pouvoir et se prendre en charge définitivement.

Bruxelles, le 17 mars 2016

Le Togo En Lutte

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

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