A propos de la candidature de Kofi Yamgnane.

KofiS’il est vrai que la prochaine élection présidentielle n’est qu’une mascarade de plus, et que le peuple togolais a raison de boycotter, il nous paraît néanmoins nécessaire de faire connaître notre point de vue sur une question qui pour nous revêt une grande importance: il s’agit de la candidature de Kofi Yamgnane, ancien ministre français d’origine togolaise. Cette question nous interpelle au plus haut point, parce qu’elle va au-delà d’une péripétie électorale, et touche à la question du patriotisme, de la dignité nationale, de la démocratie. Mais d’ores déjà, nous nous démarquons de la Cour constitutionnelle RPTiste qui, à voir les arguments minables et mesquins qu’elle avance, n’a pour seule véritable préoccupation que d’écarter un rival à Faure Gnassingbé. De toute façon, nous ne sommes pas du tout surpris par ce genre de pratique dont le régime nous a donné l’habitude. La vraie question qui se pose, et que ni le pouvoir ni l’opposition dite démocratique ne veulent aborder, est la suivante: Kofi Yamgnane, ancien ministre français peut-il être candidat à la présidence de la république chez nous ? A cette question, la réponse des démocrates est non !Dans un Togo débarrassé de la domination et de l’oppression, dans un Togo réellement libre et démocratique, une telle candidature n’est pas possible, parce qu’elle doit être simplement rejetée, et ce rejet est sans aucun rapport avec les questions de documents d’état civil.

Les arguments que mettent en avant les défenseurs de Kofi Yamgnane justifient à nos yeux un tel rejet et ne peuvent que nous renforcer dans notre position. On nous dit en effet, que le fait pour Kofi Yamgnane d’avoir été membre du gouvernement français, dans «la patrie des Droits l’Homme» fait de lui le meilleur candidat. Une telle argumentation est une véritable insulte pour le peuple togolais. Parce qu’elle fait passer pour quantité négligeable les milliers de nos compatriotes emprisonnés, torturés, massacrés, contraints à l’exil durant tant d’années pour avoir simplement réclamé les libertés élémentaires; parce que c’est une preuve de mépris pour les 500 morts de février-avril 2005 (1000 en réalité), massacrés pour avoir seulement manifesté pour des élections honnêtes, et dont les bourreaux jouissent de l’impunité la plus totale.

Nous n’évoquerons pas le cas de nos compatriotes étudiants qui dans les années où Kofi Yamgnane étudiait lui-même en France, se voyaient privés de leur bourse d’études pour avoir critiqué le pouvoir Eyadéma, et qui n’osaient plus rentrer au pays, tout simplement, parce qu’ils craignaient pour leur vie. Ces étudiants dont certains se sont, effectivement, retrouvés dans les geôles d’Eyadéma, tel un Boukari Kérim enfermé pendant sept ans, sans jugement, et qui n’est sorti que pour mourir un mois après. Veut-on donc nous faire croire que tous ces compatriotes seraient des ignorants en matière des «droits de l’homme», attendant qu’un «sauveur» tel que Kofi Yamgnane vienne de la «patrie des droits de l’homme» pour les instruire ? N’est-ce pas là une version moderne de l’idéologie colonialiste et paternaliste de la «mission civilisatrice» de la France ?

Ce n’est pas tout.

Où a-t-on jamais vu un gouvernement français, qu’il soit de gauche ou de droite, défendre les droits de l’homme en Afrique ? Ce que nous voyons, et que les démocrates et les honnêtes gens peuvent constater tous les jours, c’est que les gouvernements français ont été les plus fermes soutiens des dictateurs sanguinaires et corrompus de notre continent. Ces dictateurs qui oppriment nos peuples qui pillent et ruinent nos pays, et qui contraignent notre jeunesse à l’émigration. Certes, il n’est pas question pour nous de nier l’existence en France, depuis la Révolution française, d’une certaine tradition de défense et de promotion des droits de l’homme. Mais cette tradition, ce n’est pas auprès des gouvernements qu’on les retrouve, mais auprès du peuple français, auprès des citoyens à travers leurs initiatives, associations et organisations diverses: par exemple des associations pour assurer la défense et la protection des sans papiers, dont parfois des élèves, menacés d’expulsion; des organismes qui sortent des dossiers accablants sur les méfaits de la Françafrique, ou qui dénoncent les dictateurs pilleurs des richesses de nos pays et surtout la domination de l’impérialisme français. Kofi Yamgnane n’a jamais été présent sur ce front.

L’autre argument que l’on nous sert, c’est que Kofi Yamgnane serait le mieux placé pour régler le problème Nord Sud. Seulement, on ne nous explique pas en quoi l’ex ministre français serait le plus apte à résoudre ce problème, ni même en quoi le problème Nord-Sud serait le problème fondamental de notre pays. Veut-on donc nous faire croire qu’aujourd’hui une partie de notre pays serait libre tandis que l’autre serait opprimée ? Qu’une quelconque ethnie de notre pays jouirait de la démocratie et du progrès social, tandis que les autres en seraient privées ? Ce qui est vrai aujourd’hui, c’est que le peuple togolais tout entier est confronté à l’oppression, à la domination, à la corruption, au pillage de nos richesses, à la misère, et que les responsables de ces maux se recrutent dans toutes les ethnies, dans toutes les régions de notre pays.

La question Nord Sud est une question secondaire qui ne vise qu’à masquer l’essentiel. C’est ainsi que le colonialisme français s’en est servi pour tenter d’enrayer la lutte anti-coloniale. Ceux qui aujourd’hui mettent en exergue le problème nord-sud sous prétexte de le régler, se situent en réalité dans la même logique que le colonialisme français. Il est d’ailleurs symptomatique qu’à aucun moment Koffi Yamgnane ne met en cause les intérêts et l’ingérence des puissances étrangères dans notre pays, alors que nous savons bien que la démocratie est incompatible avec la domination impérialiste.

Pour nous démocrates, dans un Togo libre et démocratique tel  que nous l’envisageons, et qui reste encore à conquérir et à bâtir, l’accession à la magistrature suprême ne peut-être que la suite d’un parcours consacré à la lutte de notre peuple pour la démocratie et pour le progrès social. Cela exclut donc tous ceux qui ont servi le RPT et son régime à un niveau de responsabilité élevé, comme ceux qui, comme Kofi Yamgnane, ont participé à des gouvernements étrangers impliqués dans l’oppression de notre peuple, tel que le gouvernement français. C’est une question de principe, une question non négociable.

Fait à Bruxelles, le 15 février 2010.

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

Site web: www.togoenlutte.org