Une belle farce électorale sur fond de pillages et de vols.

AgboyiLa fièvre électorale ne cesse de monter dans tout le pays. Une fois encore, les états major des partis de l’opposition dite démocratique se sont mis en ordre de bataille pour inciter leur base à voter massivement le 14 octobre prochain. Ce n’est pas la première fois que ces partis (CAR, CDPA, UFC etc.) se mobilisent pour participer à un scrutin électoral. Comme il fallait s’y attendre, on nous annonce déjà que cette fois, les élections seront «libres et transparentes» et que les Kits électorales (ordinateurs et autres fichiers informatiques) seront utilisés pour aider la CENI à déjouer toutes sortes de fraudes. Pour notre part, il n’y a là rien de nouveau qui peut nous convaincre que la nature du pouvoir a changé, et que les bourreaux sont prêts à céder le pouvoir à la suite d’une quelconque élection. Notre refus de croire à ces fameux fichiers informatiques découle de l’expérience que d’autres peuples en Afrique (Sénégal, Mali, RD-Congo) viennent de vivre où ces fichiers ont montré leurs limites. Dans ces pays, la transparence et la régularité du scrutin ont été largement compromises, l’audit des fichiers a démontré très nettement la possibilité de s’inscrire plusieurs fois. Dans ces conditions, il n’y a que des incrédules qui peuvent encore fondé leurs espoirs sur l’utilisation de ces Kits.

En effet, depuis les élections présidentielles de 1993, 1998, 2003, 2005 en passant par les législatives de février 1994, le régime abject de Lomé II a toujours montré à la face du monde que, chez nous au Togo, les élections sont synonymes de fraudes, trucages, magouilles, corruptions, machinations, assassinats. Nous savons bien que le régime n’est pas du tout disposé à changer la règle du jeu. La preuve en est que Faure n’hésite pas à nommer des RPTistes notoirement connus à la tête de la CENI et de la cour constitutionnelle. Alors que ces organismes sont censés «arbitrer» ces élections. Ces nominations de Faure nous permettent de deviner facilement la suite que nous réservent ces élections…

Dans ces conditions, il n’y a que les tenants de l’opposition dite démocratique qui continuent de faire croire que les choses pouvaient se passer autrement au Togo. Et c’est depuis dix sept ans, qu’ils nous servent le même scénario: à chaque fois la fin de la dictature est annoncée, le peuple est invité à participer au processus électoral, sous prétexte «qu’il ne faut pas laisser tout le terrain au RPT». Mais, une fois ces élections terminées, le peuple se retrouve toujours dans la même situation. A ce propos, les évènements de février-d’avril 2005 constituent un exemple édifiant. On sait qu’après la mort du tyran sanguinaire Eyadéma et l’élection présidentielle qui s’en est suivie, les leaders de l’opposition avaient appelé le peuple à descendre dans la rue pour réclamer la victoire de Bob Akitani. Dans la foulée, le pouvoir n’avait pas hésité à déchaîner une répression, sans nom, contre le peuple. Après quelques semaines de manifestations, de protestations, ces leaders (Agboyibo, Gnininvi), sans rendre compte et sans aucune justification avaient décidé de recommencer une énième négociation avec le pouvoir dictatorial. N’ayant toujours pas tiré les enseignements des élections précédentes, les leaders de l’opposition dite démocratique (Agboyibo, Gnininvi, Olympio) continuent de clamer sur tous les toits que les prochains scrutins législatifs constituent la seule et unique voie pour évincer la dictature du clan Gnassingbé. Cette attitude à ne pas vouloir tirer les enseignements montre que l’objectif des Agboyibo, Gnininvi, Aduayom et Cie n’est pas la lutte résolue contre la dictature, mais plutôt la participation au pouvoir oppresseur.

Un tel comportement démontre que ces leaders ont, seulement, pour rôle de divertir le peuple à chaque mascarade électorale et, par après, trouver un compromis avec le clan Gnassingbé. C’est ce qui explique, depuis la mort du tyran sanguinaire Eyadema suivi de la mascarade d’avril 2005, leurs honteuses participations au gouvernement illégitime de Faure Gnassingbé. Nous savions aussi qu’a part les postes juteux qu’ils occupent au sein de ce gouvernement, Faure avait nommé, sur proposition, de Agboyibo et Gnininvi quelques préfets issus des rangs de l’opposition dite démocratique. Devant une telle situation, bon nombre de nos compatriotes se demandent pourquoi en sont-ils arrivés là ? Pour les démocrates regroupés au sein du Front la raison est aussi simple.

Absence totale d’un programme politique et économique conséquente.

Dans toute lutte politique, les partis et organisations démocratiques doivent présenter leurs programmes, leurs plans d’action afin que le peuple dans son ensemble puisse la lire et la juger en toute liberté. Le programme ne doit être ni un sujet tabou, ni de simple énumération, de vœux pieux. Cette démarche de faire connaître les programmes politiques et économiques des partis permettra à tout un chacun de choisir son camp et de s’orienter selon ses intérêts. Au Togo, ce n’est pas le cas. Et il n’existe, jusqu’à ce jour, aucun débat autour des programmes des partis politiques. En effet, nous remarquons qu’en matière de programme, le pouvoir dictatorial et ses rivaux de l’opposition dite démocratique partagent largement la même vision politique, économique et sociale. C’est la raison pour laquelle depuis le début du processus démocratique, ni le CAR, ni la CDPA ainsi que l’UFC n’ont, jusqu’à présent, proposé au peuple un véritable programme d’alternative démocratique.

Nous avions déjà remarqué que s’ils leurs arrivent de parler d’un quelconque programme politique, ils ne font que ressasser ce qui se fait déjà depuis plusieurs années. C’est justement l’application des plans d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale. Ces plans n’ont fait qu’accentuer la paupérisation de notre peuple, en mettant en cause le droit à la santé, au travail, et à l’éducation. En outre, on sait que ces plans d’ajustement structurel dont -Agboyibo et les siens trouvent incontournable- ont été imposés de l’extérieur, contre la souveraineté et l’indépendance économique de notre pays, par des organismes financiers sous contrôles directs des puissances impérialistes qui veulent régenter, dominer notre pays.

C’est pourquoi, au Front nous ne cessons de répéter que Agboyibo et ses comparses n’ont aucune volonté d’initier une véritable politique d’indépendance nationale en mettant les richesses de notre pays à la disposition du peuple pour son développement. En toute logique, ils ne peuvent aucunement le faire. Non seulement, parce qu’ils en sont les valets locaux de ces puissances étrangers, mais, leur seule et unique ambition, est qu’ils accèdent, eux aussi, au pouvoir néocolonial pour participer pleinement aux détournements et autres pillages. N’est-ce pas lui (Agboyibo) qui déclare, quelques jours après le décès de l’autocrate Eyadéma, «qu’il est disposé à servir les intérêts de la France» ? Dans ces conditions, il apparaît clairement que l’on ne peut pas dissocier la lutte pour la démocratie de la lutte contre les puissances impérialistes, français surtout. En bref, l’agitation électoraliste qui se déroule actuellement, sous nos yeux, n’a d’autre but que le partage du gâteau… Hier c’était Koffigoh, Edem Kodjo et Ayéva Zarifou. Aujourd’hui, malgré la souffrance, la détresse physique de notre peuple c’est le tour du président du parti des «déshérités» Agboyibo qui représente l’exemple type de ces faux démocrates qui ont décidé, tout bonnement, d’aller à la soupe

Agboyibo et ses comparses participent bel et bien au pillage.

La participation des partis de l’opposition dite démocratique au gouvernement illégitime dirigé par Faure est une étape importante pour ces faux démocrates (Agboyibo, Gnininvi, Aduayom) d’intégrer le pouvoir néocolonial afin de résoudre leurs problèmes matériels et financiers. A l’instar d’un Agboyibo, qui au bout d’un an à la tête d’un gouvernement dirigé par l’apprenti dictateur Faure, estime pour ces législatives, le budget de son parti, (le CAR), à un milliard de francs CFA ! Dans ces circonstances, la question fondamentale que tout homme honnête peut poser est la suivante: comment Agboyibo a pu constituer, en un laps de temps, une telle somme dans un pays où le gouvernement a besoin de quatre milliards de francs CFA, par mois, pour payer le salaire des travailleurs togolais ? Comment dans un pays où, le peuple survit sous une misère exécrable, les arriérés de salaires sont toujours impayés ? La dette ne cesse d’accroître et que le premier ministre déclare disposer de 40 millions de francs CFA pour le rafraîchissement de ses militants ?

De ces questions, il découle donc que la misère du peuple qu’il prétend (le parti des «déshérités» -le CAR) combattre est une pure démagogie, une insulte à l’ensemble des travailleurs Togolais. Il découle aussi que ces leaders ont bel bien intégré le système mafieux que le régime RPT chapeaute avec l’appui indéfectible de l’impérialisme français depuis 40 ans. Nous comprenons mieux pourquoi lors de la signature du honteux accord de Ouaga dénommé pour la circonstance l’APG, le financement des partis politiques était devenu leur cheval de bataille, une question épineuse qui éclipse la question de l’impunité et le hold-up électoral d’avril 2005.

Il ne fait aucun doute qu’Agboyibo et ses comparses (Ama Gnassingbé, Gnininvi, Aduayom) sont rentrés au gouvernement de Faure pour créer, eux aussi, leurs bases économiques en participant aux pillages, et autres prébendes. Cette intégration au pouvoir néocolonial sera d’autant plus claire avec la participation de l’UFC aux prochaines élections législatives où les députés de l’opposition dite démocratique (CAR, CDPA, UFC) prendront place au côté de leurs rivaux du RPT pour continuer ensemble l’oppression néocoloniale.

La nature du pouvoir RPT n’a pas changé.

Au moment où Agboyibo et les siens se bousculent, comme des chiffonniers, pour partager quelques miettes, l’apprenti dictateur Faure et ses affidés ne perdent pas leurs temps. Une fois encore la manœuvre était bien huilée avec l’éviction des barons les plus compromettants et la nomination de quelques nouveaux venus sur la liste électorale du RPT. Mais si nous regardons de près cette liste que le pouvoir nous présente comme un changement majeur au sein du RPT, on retrouve facilement des gens qui ont commis des crimes de sang et de vols. Il est incontestable que ces assassins, ces criminels se présentent à ce scrutin pour se cacher derrière une certaine immunité et ainsi fuir leur propre justice…

Quant à ce qui concerne les arrestations arbitraires et autres violations des droits et liberté rien a changé. Ainsi, le 20 août dernier les habitants du quartier Attiégou à Lomé venaient de vivre une scène qui nous rappelle les jours sombres d’Avril 2005 où des militaires avaient passé à tabac des honnêtes citoyens. Au niveau économique, le clan Gnassingbé continue de mettre le pays en coupe régler. Ainsi, les sociétés d’Etat (SAZOF, SOTOCO, BTCI, LONATO, CEET, SNPT, PAL, Togo-Télécom) sont sous contrôle du clan Gnassingbé avec, à la clé, la nomination du commandant Rock Gnassingbé comme directeur adjoint du Port Autonome de Lomé (PAL), la commande de matériels militaires en France et en Chine (appareil d’écoute téléphonique et autres gadgets). Ajoutons à cela l’achat d’un avion personnel à 1.179 000 000 f CFA pour Faure et la commande de voitures de luxe…350 millions f CFA pour Kpatcha Gnassingbé. Avec cette main mise sur les secteurs les plus juteux du pays, on comprend aisément pourquoi le clan Gnassingbé s’y accroche au pouvoir pour perpétuer le pillage des fonds publics et autres richesses de notre sous sol.

La véritable démocratie reste à conquérir…

Nous avons démontré en long et en large comment le pouvoir à encore la possibilité d’organiser une vaste blague avec ces élections législatives. Nous avons aussi montré comment les intérêts de ce pouvoir coïncident avec celui des partisans de la démocratie par les urnes et la conciliation. Mais nous voulons maintenant aborder un autre aspect de la ligne politique conciliatrice liée à une éventuelle victoire possible des partisans de la démocratie par les urnes lors du scrutin du 14 octobre prochain. En effet, à supposer qu’un des partis de l’opposition remporte la victoire lors de ces législatives, nous aimerions savoir comment ce parti rendrait effective la démocratie ? Comment s’y prendrait-il pour neutraliser les milices du pouvoir, les FAT et autres instruments de répression ? Est-ce que ce parti aura la force de traduire en justice ceux qui ont pillé, massacré, assassiné le peuple ? Rien n’est moins sûr.

De ce constat nous savions par expérience qu’en 1991, le gouvernement de Koffigoh et son HCR étaient incapables de résoudre ces questions importantes liées à la définition correcte de ce qu’est le pouvoir d’état. Ce pouvoir d’état avons-nous dit, c’est la capacité de commander, de faire exécuter et de sanctionner. C’est aussi la maîtrise des instruments qui permettent de commander (armée, la police, la justice, l’administration, le gouvernement, le parlement etc.). C’est l’ensemble de tous ces instruments que nous appelons l’appareil d’état néocolonial. De cette définition, on peut comprendre pourquoi en 1991 Koffigoh et son parlement de transition se sont heurtés à une farouche opposition de Eyadema qui contrôlait avec un gant de fer l’armée qui reste et demeure le principal pilier de cette dictature. Aujourd’hui, si l’opposition dite démocratique gagne ces élections elle n’aura aucun pouvoir, elle sera, sans doute, impuissant face aux ennemis de la démocratie. On voit bien que l’agitation électorale autour de ces législatives n’est qu’une nouvelle diversion pour empêcher le peuple de s’organiser réellement face à la dictature.

Il est donc indéniable que si nous voulons conquérir la démocratie et instaurer une justice sociale dans notre pays, les démocrates doivent s’organiser pour démanteler tous les instruments de répression, l’épine dorsale de la dictature. La seule chose qui reste pour ceux qui veulent continuer la lutte pour l’instauration d’une véritable démocratie dans notre pays est la démarcation totale vis-à-vis des tenants de la politique de conciliation, de tractation avec le pouvoir oppresseur. Pour nous répéter, seule la mobilisation et l’organisation peuvent nous permettre de renverser le système néocolonial.