L’opposition officielle est incapable de présenter une alternative pour un changement démocratique

 

Edem2Les dernières élections législatives et ses conséquences nous obligent à nous pencher à nouveau sur cette question des élections, et surtout sur l’attitude des leaders de l’opposition officielle. Au lendemain du hold-up électoral du 21 juin dernier, rappelons-nous, on ne parlait que de « guérilla politique », de « journées Togo mort ». Bref, on nous promettait qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Nous nous posions quant à nous la question suivante : deux ou trois « journées Togo mort » et après ? Pour quelle perspective. ? A voir ce qui se passe actuellement, il apparaît à l’évidence que ce n’était que des simples gesticulations sans conséquence, et que l’essentiel pour nos leaders reste toujours de s’entendre avec le dictateur, de négocier avec l’autocratie, et ce bien entendu, au détriment de la démocratie, selon une tradition bien établie depuis 1990 avec la création du FAR, et qui a déjà fait ses preuves (évidemment catastrophiques) à Colmar, à Ouaga etc..

Les mêmes négociations, pour les mêmes résultats

On a donc continué à négocier tous azimuts, à Bruxelles, à Paris, à Lomé etc., et à donner ainsi une nouvelle légitimité à un pouvoir que l’on prétend dénoncer : il est vrai que ces leaders ne sont pas à une contradiction près.…On a négocié par l’intermédiaire de Koffi Yamgnane, député français d’origine togolaise, envoyé par Laurent Fabius, président de l’Assemblée Nationale française (selon les information diffusées par la presse internationale, Koffi Yamgnane se serait fait engueuler par Eyadéma, pour avoir demandé à ce dernier de ne pas modifier la constitution pour solliciter un nouveau mandat en l’an 2000); on a négocié par l’intermédiaire de Moustapha Niasse, ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal, représentant de la Francophonie, on a poursuivi les tractations au sommet sous l’égide de l’Union européenne, représentée (comme il fallait s’y attendre) par le Français Bernard Stasi et l’Allemand Joachim von Stuelpnagel. Voilà tout ce à quoi nos grands « démocrates » se sont préoccupés, depuis la mascarade électorale du 21 juin, et cela ne doit plus d’ailleurs nous surprendre.

Il est vrai que pour faire plus neuf, on a gommé le mot observateur, pour le remplacer par celui de « facilitateur ». Mais ce sont les mêmes que les observateurs d’hier, et nous ne voyons pas ce en quoi ces « facilitateurs », agiraient différemment de ces derniers. Certes, l’opposition (y compris cette fois-ci le CAR et l’UTD) a décidé de boycotter ces élections législatives, et ce malgré les appels du pied de la dictature, qui a reporté de 20 jours la date de clôture des candidatures, et du 7 au 21 mars celle du scrutin. Certains diront sans doute que ce n’est pas trop tôt, tant il était clair depuis longtemps (et les démocrates l’ont toujours affirmé, contre ceux qui prétendaient «qu’il ne faut pas laisser tous le pouvoir à Eyadéma», qu’une participation à un scrutin dans les conditions actuelles ne pourrait que servir d’alibi démocratique à la dictature). Mais il serait erroné de conclure à un changement d’attitude de sa part. La réalité, c’est qu’elle a fini par se rendre compte qu’une nouvelle participation achèverait de la discréditer. C’est la seule raison de son attitude, et non pas la volonté de présenter une alternative pour l’instauration de la démocratie. D’ailleurs, depuis que ce nouveau scrutin s’est déroulé, dans les conditions que l’on sait, que nous propose-t-elle en dehors des sempiternelles négociations ?

Des semeurs d’illusions

Il est bien certain, qu’une fois de plus, après les protestations de routine, cette opposition dite démocratique va continuer à négocier sur le dos du Peuple. Elle va continuer ainsi, malgré ses dénégations, à légitimer le pouvoir issu du hold-up électoral du 21 juin. Même si les Agboyibo, Ayéva, Gnininvi, Kodjo, Glichrist Olympio, savent bien qu’Eyadéma ne respectera pas plus aujourd’hui qu’il ne l’a fait hier un accord éventuel. Même s’ils savent par ailleurs qu’il ne reste plus rien à négocier, une fois que l’autocrate a fait élire son assemblée RPT. Elle a seulement une fois de plus rempli son rôle, celui d’entretenir l’illusion des masses populaires.

C’est ainsi qu’elle continuera à évoquer les sanctions de l’Union européenne, alors que ces fameuses sanctions que l’on nous rabâche depuis 1993, n’ont pas empêché Eyadéma d’entamer un deuxième mandat présidentiel. Nous savons d’ailleurs que selon l’Union Européenne « le régime Eyadéma est un interlocuteur incontournable dans la crise qui secoue le Togo depuis 5 ans », et que celle-ci, conformément à sa nature, a seulement pour rôle d’arbitrer les conflits entre deux clans rivaux, pro-impérialistes, qui luttent pour le contrôle de l’Etat néocolonial, et non pour l’instauration de la démocratie. D’ailleurs les difficultés que l’on nous fait actuellement dans les pays européens doivent suffire à nous enlever toute illusion. Bref, elle continuera d’agir ainsi, parce quelle n’a pas d’autres solutions et qu’elle est dans l’impasse la plus totale. Aux dernières nouvelles, Michel Rocard ex-Premier ministre français, vient de rédiger un rapport préconisant l’abandon des sanctions de l’Union européennes.

La solution réside dans l’organisation et dans la lutte

Pour nous, comme nous n’avons cessé de le répéter, cette élection, quel que soit le résultat, est une fois de plus un non événement sans aucun intérêt pour le Peuple, et qui ne mérite donc pas qu’on lui accorde une grande importance. En effet, à supposer même que cette opposition ait pu présenter ses candidats, et que ces derniers soient sortis vainqueurs du scrutin. Dans ce cas, il n’y aurait aucun raison que ne se reproduise le scénario que nous avons connu après les « élections » de 1994, lorsque certains députés du CAR et de l’UTD, changèrent de camp, pour rallier celui du RPT, contribuant ainsi à transformer ce dernier en groupe majoritaire (preuve s’il en est, qu’il s’agit d’une pratique courante dans nos régimes néocoloniaux, le même cas s’est d’ailleurs récemment reproduit hors de nos frontières, cette fois en République Centre Africaine. L’opposition parlementaire réunie dans l’UFAP, y avait remporté les élections avec une majorité d’un siège, mais le député Dieudonné Koudouna, rompant ses engagements a rejoint le camp du président Patassé, qui est ainsi devenu majoritaire).

Mais même dans l’hypothèse que le cas ne se répète pas, que l’opposition puisse constituer réellement une majorité parlementaire, que pourrait-elle faire alors en dehors de beaux textes, si l’armée et tous les instruments de l’autocratie restent en place ? Peut-on imaginer un seul instant qu’elle serait à même de faire exécuter par exemple des décisions qui vont à l’encontre des intérêts des FAT ? Certainement pas, et nos propres expériences le confirment, et nous le savons très bien. Rappelons-nous tout simplement le triste sort réservé au HCR, composé dans sa majorité des membres du COD/FOD : non seulement elle n’a pas réussi à faire appliquer une seule de ses décisions mais plusieurs de ses membres furent séquestrés et bastionnés par les FAT, et ce en toute impunité, alors qu’ils étaient supposés jouir de l’immunité parlementaire.

D’ailleurs, entre nous, peut-on attendre quelque chose de sérieux de la part de ces leaders, dont la plupart ont fait leurs preuves dans le régime ? Ceux-là qui ne cessent desefaire remarquer par leur indifférence totale sur la situation des réfugiés, qui nous ont laissés à notre triste sort, sont-ils porteurs des changementsauxquels le Peuple aspire ? Non ! Pour nous en tous cas, ces leaders et leurs partis sont dépassés à l’heure actuelle, et nous ne devons plus rien attendre d’eux. Ils sont devenus un obstacle au processus démocratique, et celui-ci doit se dérouler en dehors d’eux, contre eux. Et ce que notons avec intérêt, ce qui nous réjouit, c’est que, sans les attendre, le Peuple continue de lutter, que l’idée selon laquelle seule la lutte paie continue de faire son chemin. En atteste la grève que les étudiants et les enseignants du deuxième degré viennent de mener une fois de plus en ce début d’année. grève qui n’a cessé qu’avec l’engagement des autorités à satisfaire les revendications posées.

Nul doute que l’idée fait son chemin selon lequel l’avenir réside dans l’organisation et dans la lutte, condition nécessaire pour venir à bout de la dictature, et pour instaurer la démocratie. Nul doute qu’en tant qu’exilés, nous sommes interpellés, que nous sommes concernés. Plus que jamais nous devons nous départir de toute illusion au sujet de ces leaders. C’est en nous mobilisant et en nous organisant que nous apporterons notre part à cette lutte pour la démocratie et la liberté.

Organisation Démocratique des exilés togolais (L’EXILÉ)

Mai-Juillet 1999