Togoenlutte

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5 octobre 1990 - 5 octobre 2000: 10 ans déjà !

 

massacres-loméIl y a dix ans le Togo était en pleine effervescence. Le peuple déclenchait un mouvement insurrectionnel d'une ampleur, d'une intensité inédites. Les Togolais qui passaient jusque là pour peureux, obéissant , "Champion de l'animation", des "haies d'honneur" voire des "moutons", montraient aux peuples africains, aux autres peuples du monde, qu'ils étaient capable de relever le tête, de dire non, et avec quelle force, à la soumission, à l'arbitraire, à l'injustice, à l'oppression. L'autocratie avait beau multiplier la terreur, les massacres, les manœuvres d'intimidation, en vain; le peuple avançait toujours. Une presse non inféodée au pouvoir circulait en abondance, ainsi qu'une multitude de tracts, et les Togolais redécouvraient avec frénésie l'envie de lire qu'un quart de siècle de pouvoir autocratique et d'une presse aux ordres avait pratiquement tuée. Les griots du R"P"T avaient perdu de leur superbe et rasaient les murs. La démocratie semblait à portée de la main, et cela semblait une question de jours. Mais dix ans plus tard, qui l'eût cru? C'est comme si de rien ne s'était passé, pire que les choses ont au contraire régressé! Les fiévreuses journées de 1990-1991 semblent aujourd'hui comme de simples rêves. Eyadéma est toujours en place et s'apprête une fois de plus à narguer le peuple en célébrant son maudit 13 janvier. Il a même renforcer sa stature internationale en se faisant élire à la tête de l'OUA. La presse officielle continue de déverser sa propagande grossière et insipide. Les "motions de soutien" ont repris, et les séances de repentir se multiplient. Pendant ce temps la presse privée est peu à peu muselée par des arrestations arbitraires et des procès iniques.

De nombreux compatriotes se sentent comme en exil dans leur propre pays, sans parler des milliers d'autres qui ont dû fuir le pays et se réfugier à l'étranger où ils sont confrontés aux difficultés et aux tracasserie de toutes sortes. Et la misère! Elle est omniprésente et ne cesse de s'aggraver. Elle frappe toutes les couches du peuple: salaires dérisoires et impayés, cherté de la vie, difficultés insurmontables de subvenir à ses besoins pour s'instruire et se soigner. Mais sommes-nous à jamais maudits ? Faut-il donc se résigner? C'est ce que certains tentent de nous faire croire, et c'est une attitude que nous n'approuvons pas. Dans notre premier numéro, nous avons intituler notre Editorial: "Faut-il désespérer? Non!". Nous pourrions reprendre ces même réflexions aujourd'hui.

En effet, si l'on regarde les choses de plus près, on se rend compte que derrière les apparences, la situation n'est certainement plus comme elle était avant les glorieuses journées d'octobre-novembre 1990. Certes, il nous arrive de dire que nous sommes revenus à la case départ, et ceci est toujours vrai, mais seulement pour signifier que le pouvoir, au sens de l'appareil d'Etat, est toujours en place et s'est consolidé; mais il n'en est pas moins vrai que

- l'appareil d'Etat n'est pas aussi solide qu'il en a l'air. En dehors de l'armée, et d'une minorité regroupée dans le clan Eyadéma, rien ne fonctionne réellement, tout va à l'eau, et ceci est la conséquence d'une forme de résistance des travailleurs.

- ce pouvoir est totalement isolé, les tromperies dont il usait avec abondance dans les années 80 n'ont aucune prise sur les masses;

- l'idée de la lutte comme moyen pour arracher des droits s'impose de plus en plus. Les étudiants en ont donné une exemple cette année par leur longue grève, et par leur attitude de principe c'est-à-dire démocratique, en chassant comme des malpropres les membres de la CEUB qui se sont laissés acheter en accomplissant l'habituel pèlerinage de Lomé II;

- fait aussi remarquable, le peuple ouvre le yeux et comprend de plus en plus que le jeu que jouent les leaders de l'opposition. Il s'est déjà détaché de certains sur lesquels il ne se fait plus guère d'illusion. Il se rend compte que ces derniers ont pour fonction d'entretenir leur patience à l'infini, jouant ainsi le rôle qui leur est imparti: celui de l'opposant éternel pour que la situation reste en l'état de pseudo-démocratie au Togo. Rappelons-nous: en juillet 1999, ils s'étaient pour la plupart d'entre eux rendus en rang chez Chirac alors en visite chez nous. En ce moment, et le clan Eyadéma et les faux démocrates de l'opposition lui avaient alors assuré que des élections législatives auraient lieu en mars 2000, et qu' Eyadéma ne se représenterait pas à la fin de son mandat. Nous sommes pratiquement à la fin de l'an 2000, et nous n'avons rien vu venir en matière d'élection. Alors c'est avec un scepticisme, une indifférence de plus en plus manifestes, que le peuple voit se dérouler les diverses péripéties autour de la CENI.

Si le peuple ne "bouge" pas autant que le voudraient sans doute quelques impatients, ce n'est certainement pas parce qu'il est peureux. Jamais plus personne ne nous fera croire cela. Mais tout simplement parce qu'il a ses raisons. Il pense à ses morts, à ses blessés et disparus, et à tout ce à quoi ont abouti ses sacrifices. Déçu du comportement des leaders de l'opposition, il attend de voir sur quel pied danser. Il veut savoir où on le mène, et être sur que c'est sur la bonne voie. Il veut assurer que s'il bouge à nouveau c'est pour de bon. C'est ce que nous avons compris à L'EXILÉ.

Nous nous sommes rendus compte à travers ces années d'expérience, que la véritable force capable de venir à bout du pouvoir oppresseur, c'est le peuple lui-même organisé, mobilisé et conscient, et non quelques leaders providentiels qui veulent tout juste l'utiliser pour leurs ambitions et intérêts personnels. Nous avons également compris que c'est à travers l'épreuve des luttes concrètes que les vrais dirigeants du peuple se feront connaître par leur dévouement, leur courage, leur opiniâtreté, leur clairvoyance.

Nous avons enfin compris, que le devoir d'un vrai démocrate est d'aider le peuple à prendre conscience de sa force ainsi que de l'enjeu. C'est ce à quoi nous entendons participer modestement à notre niveau, notamment en traquant sans merci les idées fausses sur la démocratie. C'est ainsi que nous contribuons à hâter le retour d'un 5 octobre, avec cette fois l'assurance du succès. C'est ainsi que nos morts ne seront pas morts pour rien.

Hommage à nos morts!

Vivement un autre 5 octobre!

Bruxelles 5 octobre 2000

Organisation Démocratique des Exilés Togolais (L'EXILÉ)

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