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CDPA-BT : ENCORE UN EFFORT ! ENCORE UN PEU DE COURAGE ! (SUITE)

 

godwin-teteMonsieur TETE Godwin, votre réponse que vous nous avez envoyé le 7 août dernier ne fait que confirmer notre jugement, et encore aujourd'hui à vous lire, nous ne pouvons que à répéter à nouveau: ENCORE UN PEU D'EFFORT, ENCORE UN PEU DE COURAGE ! Cette ambiguïté dans vos opinions et vos prises de position, cette difficulté à aller jusqu’au bout de vos démarches, cette manière de rester assis entre deux chaises, c'est le propre de la CDPA-BT, et c'est ce que nous avons voulu montrer, et que vous confirmez par votre réponse.

Le souhait du peuple c’était le départ du tyran

Ainsi vous affirmez que vous n'étiez pas négociateurs des accords du 12 juin, mais ce n’est qu’une façon pas très courageuse de présenter les choses Mieux, vous ajoutez même que, loin être partisans de ces accords, vous les aviez "accueillis avec beaucoup d'appréhension". Seulement, Monsieur TETE nous voulons désormais que les choses soient claires tranchées. Nous voulons en finir avec le flou, bref, l’opportunisme ! Lorsqu’un parti politique éprouve des réserves par rapport à une situation donnée, il l’exprime à travers des déclarations, des communiqués...Où avez-vous donc exprimé votre appréhension ? D’ailleurs vous n'avez pas eu le courage d'aller jusqu'au bout de cette "appréhension" ; au lieu de rester conséquents avec vous-mêmes, vous êtes malgré tout partis comme les autres à cette CNS qui n'était rien d’autre que la suite de ces accords du 12 juin pour lesquels vous éprouviez de l’appréhension. En un mot, vous vous présentez aujourd’hui comme un participant honteux de la CNS, mais un participant quand même, et c’est bien là un comportement typique de votre parti.

Mais vous tentez de justifier votre présence à cette CNS, en prétendant que "c'était l'écrasante majorité de notre peuple qui, inspiré par le cas béninois, voulait la CNS". Il faudra bien qu’on en vienne un jour à ce « cas béninois », pour voir ce qu’il en est réellement. En attendant, à supposer même que ce soit vrai, que le peuple ait souhaité massivement la CNS, est-ce vraiment une raison pour y aller ? S'il suffisait tout simplement de suivre la majorité de la population, on en serait encore à proclamer que le soleil tourne autour de la terre et que celle-ci est plate, puisque tel était pendant longtemps la croyance de la majorité des populations. Nous voulons dire par là qu'il ne suffit pas qu'une position soit adoptée par la majorité du peuple pour que celle-ci soit forcément juste, et qu'il peut arriver que le peuple "dans son écrasante majorité", se trompe (ou soit trompé).Voulez-vous un autre exemple ?

En Europe, il y a soixante ans, les premières années de la seconde guerre mondiale virent la victoire écrasante des armées nazies; en France par exemple, c'est une minorité de résistants qui ont commencé à s'opposer à l'occupation, et ceux-là ont agi tout simplement parce que c'était leur devoir, sans se poser la question de savoir si la majorité de la population française voulait résister ou non. S’il fallait tenir compte de l’opinion de la majorité de la population française en 1940, il n’y aurait jamais eu en France ni de Résistance ni d’un De Gaulle. Bref, pour nous, le souci premier d'un vrai démocrate, c'est de s'assurer qu'un choix politique est juste, c'est-à-dire conforme aux intérêts du peuple et aux intérêts de la démocratie. Et ceci est encore plus impératif dans notre contexte actuel où, après plus de 30 ans d'un régime autocratique, sanguinaire, corrompu et corrupteur, le peuple a plus que jamais besoin de retrouver ses repères, ses traditions de lutte démocratique. Une situation où les vrais démocrates ont des responsabilités particulières. Par conséquent, même dans le cas où la majorité du peuple aurait voulu la CNS, votre argument n'est qu'une excuse facile.

La CNS : une manœuvre de l’impérialisme français

Or justement, contrairement à ce que vous prétendez, la CNS n'était pas même ce que réclamait l'écrasante majorité du peuple. Nous avons quand même tous vécu cette période, et les faits sont encore frais dans nos mémoires: ce que voulaient les masses en mouvement, ce que nous voulions pour la plupart d'entre nous, c'est d'en finir avec Eyadéma et son système autocratique. Les graffitis, les slogans des manifestations étaient à cet égard sans équivoque. Partout c'était " Eyadéma voleur ! ", "Eyadéma assassin !", "Eyadéma démission !", "A bas le RPT !". Et tout cela ne traduisait certainement pas un quelconque désir du peuple d'engager un dialogue avec le camp de la tyrannie, de se réunir avec lui dans une quelconque conférence "nationale". Ce qui est vrai en revanche, c'est que vous et les vôtres vous souhaitiez fortement cette conférence, que vous présentiez comme la seule solution et la seule voie possibles, et cela avant même le déclenchement du mouvement populaire. Nous vous renvoyons à vos propres documents de l'époque, ainsi d'ailleurs qu'à l'interview de Gnininvi à JAE d'octobre 1991, car lui admet au moins que ce sont les leaders politiques qui voulaient cette conférence, et pas le peuple.

Mais le comble de l'histoire, c'est que cette idée de conférence ne vient même pas de ces leaders. Qui peut prétendre encore aujourd'hui en effet, que c'est par pur hasard que du Bénin, au Togo, en passant par le Niger, le Zaïre, le Congo, c’est de manière spontanée que la conférence est apparue comme la voie "normale" ? Qui peut encore prétendre que c’est de manière spontanée que s’est imposée l’idée d’organiser ces conférences partout selon le même schémas avec un évêque comme président ? Ce que nous avons fini par comprendre, c'est que derrière tout cela, il y avait un chef d'orchestre unique, la France, qui a tout conçu, planifié, dirigé, financé (et par la même occasion assuré vos «per diem». Chez nous, on sait comment l'ambassadeur–gouverneur Bruno Délaye s'est démené au point de rédiger lui-même le texte des accords du 12 juin 1991. La France qui a toujours soutenu nos dictatures (voir l'intervention de 1986) ! Et vous voulez toujours nous faire croire que c'était dans l'intérêt de la démocratie que la France tenait tant à cette CNS ?

La CNS, une tribune ? Parlons-en !

Vous prétendez par ailleurs que si vous êtes allés à cette conférence, dites-vous, c’est pour vous en servir comme tribune. Cet argument peut se défendre, car il peut arriver effectivement que dans certaines circonstances, des démocrates se servent d’une assemblée comme tribune. Reste à savoir si c’est ce que vous avez réellement fait. C'est ce que nous allons voir. Nous savons tous ce qu’est une tribune : c'est un endroit où l'on se tient pour parler à une assemblée ; dire de toute une assemblée que c'est une tribune, c'est signifier qu’elle sert surtout à faire des discours ; c’est laisser entendre qu’elle peut permettre de donner un relief particulier à un message, qu’en dehors de cela il ne peut rien en sortir de fondamental. Dire que l'on considère la CNS comme tribune, c'est donc par définition reconnaître que celle-ci ne joue pas un rôle réel dans le processus démocratique. C'est partir du fait que cette CNS n'est pas l'élément décisif du changement démocratique, que le facteur décisif se trouve ailleurs, dans la lutte concrète sur le terrain, et qu’on y est uniquement pour faire entendre un autre son de cloche.

Mais nous n'avons rien constaté de tel dans votre comportement. Vous et toute l'opposition dite démocratique, vous vous êtes rendus à la CNS, en laissant croire que c'était un important "acquis" (ce sont vos propres termes) grâce auquel le changement démocratique était pratiquement assuré. Vous avez fait passer la CNS pour le moteur du changement grâce auquel la lutte des masses devenait inutile, et ceci est bien loin d’une CNS considérée comme simple tribune. La CNS a ainsi servi à éteindre le feu de la lutte comme le souhaitaient ses véritables commanditaires impérialistes, et vous y avez joué vote partition.

Pour un vrai démocrate, pour une organisation réellement démocratique, soucieuse des intérêts du peuple, il n'y avait donc qu'une seule manière d'utiliser cette conférence comme tribune: c'est de saisir l'occasion pour dévoiler les dessous de cette CNS et les objectifs réels de ses commanditaires, c'est-à-dire concrètement, pour expliquer, à contre courant des idées alors largement répandues au sein de l'opposition, que cette conférence n'a pas été conçue en réalité pour faire avancer le processus démocratique, mais plutôt pour le bloquer ; c'est profiter de son intervention pour ainsi mettre en garde contre toute illusion ; c'est faire comprendre que seules les luttes sont susceptible de changer la situation, et appeler à poursuivre celles-ci. Mais on n'a rien vu de cela à la CNS.

A cette CNS, on a il est vrai dénoncé à qui mieux mieux les divers méfaits et turpitudes crapuleuses du pouvoir : la confiscation des libertés, la répression sanglante, les assassinats, les massacres, l'arbitraire, les camps de concentration, les détournements et pillages des biens publics. C'était la moindre des choses. Mais si c'est avec cela que vous prétendez avoir utilisé cette assise comme tribune, nous vous dirons franchement que vous n'y êtes pas. Et pour une raison bien simple : la plus grande, la plus importante des dénonciations, le peuple lui-même s'en était déjà chargé, par son soulèvement massif, par ses manifestations aux cris de "Eyadéma voleur !", " Eyadéma assassin ! ", " Eyadéma démission! ". Dès lors, qu'est-ce que la CNS pouvait-elle apporter de plus en la matière ? Rien du tout, sinon des détails sans importance, sans influence réelle sur le processus démocratique. Des détails qui pouvaient bien attendre, le temps de régler d'abord et avant tout la question essentielle prioritaire de l'heure : le départ du dictateur et la fin de l'autocratie. on pouvait ensuite faire son procès, mieux on disposerait de toute la liberté pour le faire. Cela vous ne l’avez pas voulu.

Encore une fois sur le fameux proverbe du serpent et du bâton

Cette CNS ne vous a servi qu'à vous gargariser de mots, au détriment du processus démocratique. Et c'est pour la justifier que vous évoquez ce proverbe du bâton et du serpent. Nous n'avons rien contre le proverbe en lui-même. Ce que nous vous reprochons, c'est le fait de l'évoquer de manière hors de propos, pour justifier une pratique qui ne correspond pas au sens de ce proverbe. En effet, la question qui se posait et qui se pose, ce n'est pas du tout de savoir s'il faut ou non montrer le bâton au serpent; c'est déjà de savoir si c'est seulement avec le bâton qu'on peut en venir à bout. Or, sous prétexte qu'on ne doit pas montrer le bâton, votre conduite a toujours été en réalité de nous convaincre qu'on n'a pas besoin de bâton pour battre le serpent. Peut-être nous diriez vous que vous pensez ainsi tromper le serpent ? Mais ce dernier sait déjà, de par sa nature et son expérience, que seul le bâton peut l'achever, et on ne peut donc plus le tromper à ce sujet. De ce fait, vous ne trompez en fin de compte que les masses que vous voulez dissuader de se saisir du bâton et vous arrangez les affaires du serpent. C'est que nousvous reprochons.

Votre propre interprétation de ce proverbe nous laisse d'ailleurs songeurs. Vous affirmez qu’il signifie pour vous " qu'une stratégie de combat ne s'élabore pas sur la place publique ". Mais qu'entendez-vous par là ? La stratégie, selon la compréhension généralement admise, c'est la ligne générale que suit un parti pour atteindre l’objectif qu’il s’est fixé dans son programme. La stratégie comme le programme sont des éléments que tout citoyen doit pouvoir juger et apprécier dans un parti, pour y adhérer en toute connaissance de cause, en tant que citoyen conscient. Sinon, l’adhésion ne se ferait que sur des bases malsaines, de copinage, de tribalisme de régionalisme(parce que tel dirigeant est mon copain, mon cousin ou est de ma région). L’exemple actuel de la Côte d’Ivoire, en proie aux menaces d’une guerre civile réactionnaire, nous confirme que ce n’est pas là la meilleure voie, et nous à l’EXILE, nous ne voulons plus de cela.

Dans cet ordre d’idées, nous allons jeter un coup d’œil sur votre dernier ouvrage «Histoire du Togo ou la Palpitante Quête de l’Ablodé », que d’aucuns nous recommandent d’ailleurs. Non pas pour commenter l’ouvrage en entier, mais tout juste pour une remarque. Nous avons en effet constaté qu’à plusieurs reprises, vous évoquez le nom de LENINE, le dirigeant du Parti Bolchevik russe et de la grande révolution socialiste de 1917 : à chaque fois, c’est LENINE par ici Vladimir Oulianov par là. Mais ce qu’il y a de remarquable justement, c’est que le programme et la stratégie du Parti Bolchevik ont toujours été largement exposés, aussi bien lorsqu’il était contraint à la clandestinité, que lorsque les circonstances lui ont permis d’envoyer des députés à la chambre (Douma) : il était clairement dit que l’objectif du parti c’était de conduire à la révolution socialiste, par l’étape de la révolution démocratique, et que la voie était l’insurrection populaire armée. La stratégie du Parti Bolchevik était analysée dans les ouvrages du LENINE ; elle était l’objet de débats au sein du parti, au sein de tout le mouvement démocratique russe (avec les populistes, les mencheviks et autres socialistes révolutionnaires), et même au plan international. Alors Monsieur TETE, nous ne savons pas ce que vous avez appris ou retenu de LENINE pour l’évoquer si abondamment ; mais une chose est sûre : ce n’est certainement pas de LENINE que vous avez appris que la stratégie d’un parti politique ne peut pas faire l’objet d’un débat public.

Il est vrai que vous parlez de l’élaboration de cette « stratégie de combat ». Mais vous ne faites qu’affirmer une évidence, car par définition, nous ne voyons pas comment nous pourrions nous mêler de l'élaboration de la stratégie de combat d’un parti politique auquel nous n’appartenons pas. Mais une fois que cette stratégie est élaborée, nous entendons bien pouvoir en juger, car son application nous concerne, dans notre vie, dans note avenir. Et pour nous, la CDPA-BAT et les autres partis politiques de l'opposition ont bel et bien une stratégie de combat que nous avons vue à l’œuvre : c'est celle de la démocratie par les urnes. Monsieur TETE voudrait-il nous faire croire, que derrière tout cela ,il y aurait une autre stratégie secrète, cachée ? Le même parti aurait donc deux stratégies ! Et comment les citoyens s’y retrouveraient-ils ? C'est à ne rien y comprendre. Bref " Une stratégie de combat ne s'élabore pas sur la place publique " : pour nous, ce n'est qu'un alignement de mots sans doute ronflants, mais qui n'ont aucun sens. C’est parler pour ne rien dire.

Nous n'allons pas nous étendre sur la question Nord-Sud à laquelle nous avons l'intention de consacrer ultérieurement une réflexion plus approfondie. Ce que nous pouvons dire pour l'instant, c'est que malgré les différences, les disparités qui peuvent effectivement exister, il n'y a aucune raison pour que les populations de régions ou d'ethnies différentes se jettent les unes contre les autres, et que les querelles régionalistes, ethnicistes sont d'abord des problèmes politiques. Elles sont toujours suscitées par l'ambition personnelle de dirigeants politiques en rivalité pour le pouvoir néocoloniale. Nous disons bien ambition personnelle, parce que ce ne sont pas des divergences politiques, des divergences en matière de projet de société qui opposent ces dirigeants, car ils sont tous au service de l’impérialisme. Il ne fait aucun doute que derrière les tragiques affrontement ethniques en Côte d'Ivoire, il y a d’abord la rivalité Bédié-Gueï-Ouattara-Gbagbo. Il n'y a pas besoin de réconcilier le Nord et le Sud, mais plutôt de poser une véritable alternative démocratique qui embrasse les intérêt de tous les peuples de notre pays. Telle est la vraie question.

Bruxelles, 15 septembre 2000

Organisation Démocratique des Exilés Togolais

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