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CDPA-BT: Encore un effort ! Encore un peu de courage !

GO KONOU2Poursuivant notre contribution au débat politique nationale, nous allons consacrer aujourd’hui notre appréciation à la Convention Démocratique des Peuples Africains, Branche Togo, ou, plus brièvement la CDPA-BT. Pour ce faire, nous allons nous servir comme fil conducteur d’un document officiel récent de ce parti intitulé «L’opposition togolaise et la violation des droits de l’Homme au Togo». Ce document se présente comme une contribution de la CDPA-BT au séminaire organisé par Amnesty International le 16 novembre 1999 à Bonn sous le thème «Togo where to go ?briser le silence !». Il reflète bien la nature de ce parti : un parti qui, de manière opportuniste et subreptice, veut faire oublier sa responsabilité dans la situation catastrophique où nous a conduit la politique du dialogue des leaders de ces partis qui se disent de l’opposition, mais qui, dans le même temps, est incapable de se démarquer franchement de ces derniers. Bref, un parti velléitaire se caractérisant par le manque de conviction ferme et finalement par le manque de courage politique.

LA CDPA-BT feint d’oublier son histoire

Le passage le plus significatif de ce document à notre avis, c’est celui consacré à la présentation de ce qu’il appelle l’opposition togolaise. Voici donc ce passage.

«Qu’est-ce que l’opposition togolaise ?»

«Pour comprendre les raisons de la passivité togolaise, il faut commencer par analyser cette opposition elle même pour savoir ce qu’elle est réellement au-delà des apparences. Cette opposition est loin d’être unie. Elle divisée en deux grandes tendances.

La première est celle des leaders qui estiment que la lutte en cours doit être par la voie de la concertation, de la négociation, du dialogue, et finalement de la collaboration avec le régime en place. Ce choix politique exclut la confrontation entre l’opposition et le régime, dans la mesure où toue confrontation porte en elle un certain degré de violence. Du coup il exclut toute mobilisation véritable des forces démocratiques du pays en vue quelques pressions que ce soient sur le pouvoir.

«Les tenants de ce courant estiment que la lutte doit être menée exclusivement par eux sans l’implication des masses populaires, qu’ils sont les interlocuteurs entre le régime despotique et le peuple violenté par ce dernier. Convaincus que l’état du rapport des forces les rend cependant incapables de réaliser la démocratisation par ces voies de collaboration et cette marginalisation de la population, ils s’en remettent totalement à l’étranger. La France pour certains d’entre eux, l’Allemagne pour d’autres, et tous, l’UE, et la «Communauté internationale».

«La deuxième tendance est représentée par des partis politiques estimant que la lutte contre le régime de dictature ne peut être une institutionnelle à mener par une «élite» dans le cadre de la légalité imposée par ce régime. Car, elle est une révolutionnaire. Elle est partie en effet d’une insurrection populaire dont l’objet est la revendication de la fin du régime despotique et l’instauration d’un système politique nouveau, respectueux des libertés démocratiques et des droits de l’homme. La lutte ne peut atteindre cet objectif si elle est menée exclusivement par une élite politique se considérant comme un intermédiaire entre le régime et la population mobilisée à cette fin. Les dialogues, négociations et concertations menées sans l’appui de cette pression populaire ne peuvent jamais faire que le jeu du régime en place. C’est ce qui s’est passe depuis 1991».

Nous reconnaissons volontiers que cette citation est bien longue, mais nous pensons que cela vaut la peine, parce que justement l’opportunisme de ce parti s’y révèle clairement. Ce qu’il y a de remarquable en effet, c’est qu’à aucun moment, l’auteur ne nous dit où la CDPA-BT se situe exactement, à quelle «tendance» elle appartient. De sorte que ce document ressemble plus à un cours magistral que n’importe quel observateur même étranger pourrait produire, qu’à la contribution d’une organisation, d’un dirigeant politique impliqué dans la vie politique nationale de ces dernières années.

Car enfin on sait bien comment s’est manifestée dans la pratique la politique de cette première tendance, adepte «de la négociation, du dialogue, et finalement de la collaboration avec le régime en place» : c’est la rencontre gouvernement-opposition, à la veille de la grève générale de mars 1991 ; ce sont les multiples rencontres gouvernement-FAR, gouvernement-FOD/FOC ; c’est l’accord du 12 juin et la «Conférence Nationale Souveraine», une assise conçue, préparée, organisée, supervisée par l’Elysée ; c’est la mise en place du HCR et du «Gouvernement de Transition» c’est la constitution élaborée en commun avec le R «P»T et approuvée par référendum, etc. Bref, c’est toute une série de manifestations et de pratiques, privilégiant la lutte institutionnelle au détriment de la lutte révolutionnaire, et qui, loin d’avoir fait avancer le processus démocratique, ont seulement permis à l’autocrate de profiter du répit pour revenir en force (putsch de décembre 1991 et massacre de janvier 1993) etc, et qui ont finit par entraîner un grand nombre de Togolais, sur les chemins de l’exil ; une politique dont la CDPA-BT a été non seulement l’ardent défenseur, mais un protagoniste, un acteur de premier plan. Souvenons-nous en effet :

  • la CDPA-BT fut l’un des défenseurs les plus farouches des accords du 12 juin 1991 qui débouchèrent sur la CNS. Et c’est l’un de leurs dirigeants les plus en vue, Tété Godwin, qui ne cessait de répéter, pour justifier une telle démarche qu’ «il ne faut pas montrer au serpent le bâton avec lequel on a le tuer». Sous cet argument faux et fallacieux, la CDPA-BT et ses compères se sont surtout efforcés de nous persuader qu’on peut venir à bout du serpent sans nécessairement recourir au bâton.
  • la CNS fut un des moments les plus importants de cette politique de dialogue et de concertation avec la dictature. Tété Godwin parlait même de «réconciliation avec le Nord et le Sud» ! Comme si le problème de la démocratie pouvait se réduire à un problème entre le Nord et le Sud ! Ainsi, la CDPA-BT et ses compères nous faisaient croire qu’il suffisait de se réunir entre quatre murs pendant 52 jours, pour soit disant imposer leurs décisions et la démocratie à un Eyadéma disposant des FAT, de la police de ses milices !
  • Avec la même logique, la CDPA-BT fut membre actif du HCR, constitué à l’issu de cette conférence. On sait que cette assemblée a seulement servi pour les indemnités qu’elle permettait à ses membres de toucher, mais que pour le reste, elle fut incapable de faire appliquer le moindre de ses textes, avant d’être balayée par les forces de la dictature. Il faut souligner, que pendant que la CDPA-BT et ses compères jouaient le jeu de la démocratie parlementaire, le Peuple toujours debout dans la rue, continuait affronter l’autocratie, ses FAT et ses milices, et qu’alors les membres de l’HCR, au nom du dialogue et de la concertation, lançaient aux jeunes EKPEMOG des appels pathétiques, les exhortant à ne plus occuper les carrefours, les quartiers populaires, et leur faisaient croire que la démocratisation était en marche ! Mais Eyadéma se chargea de leur montrer ce qu’est la réalité du pouvoir, de leur fait comprendre que le droit et la démocratisation sans la force, ne sont que pure bavardage ; et il le fit en prenant otage, en séquestrant les membres du HCR. Mais certains n’ont toujours pas retenu la leçon.

Faire semblant de critiquer le compromis avec l’autocratie pour mieux défendre cette politique

Au total, à lire cet extrait, on ne dirait pas que la CDPA-BT ait quelque chose à voir avec la politique de dialogue et de concertation dont nous payons les conséquences aujourd’hui. Notre auteur n’affirme-t-il pas que cette politique fait le jeu du régime ? Voici un autre passage aussi explicite: «Il se trouve que les violations perpétrées par un régime dictatorial qui en use comme un moyen de conservation du pouvoir, ne sont pas de nature à être réglées par le dialogue, la négociation, la concertation». Voilà qui paraît bien clair. Et que ne renierait pas un démocrate. Mais dans son communiqué du 22 mars, relatif à l’adoption du code électoral la CDPA-BT ne rejette pas du tout la politique de concertation. Tout au plus reproche-t-elle à l’opposition de mal négocier. La section France de ce parti déclare même dans un article (Nouvel Echo N°129) que les problèmes essentiels qui demeurent peuvent être résolus par un «vrai dialogue intertogolais», par «un compromis acceptable».

C’est bien là une justification de la politique de concertation, dont on nous dit d’ailleurs qu’il fait le jeu du régime ! En fait, la CDPA-BT a saisi l’occasion d’un séminaire d’Amnesty International, pour tenter de faire croire qu’elle a évolué, pour tenter de dédouaner en douce. Mais cela ne passe pas, et ce qui apparaît surtout en lumière, c’est l’image d’un parti aux positions hésitantes, vacillantes qui semble reconnaître la nocivité de la politique du dialogue, mais auquel il manque la conviction et le courage politiques nécessaires pour s’en démarquer. La CDPA-BT se contente d’adresser, de manière polie, de timides critiques aux leaders de l’opposition(CAR, CDPA, UFC), mais entendre de ce fait, que ceux-ci pourraient changer, et qu’on doit toujours compter avec eux. Ce qui n’est qu’une manière d’entretenir des illusions à leur égard. C’est en fait un parti qui adapte son langage à l’évolution en cours : il tient compte du nombre croissant des déçus de la politique de dialogue et de concertation, mais pour mieux ramener ces derniers à cette politique de dialogue. C’est un parti opportuniste, mais d’un opportunisme dangereux.

Il est parfaitement clair pour nous, que la CDPA-BT appartient au clan de la conciliation, du compromis avec l’autocratie, au camp de la capitulation avec celle-ci, et certainement pas au camp des vrais démocrates. Et elle aura à rendre des comptes au Peuple, tout comme tous les autres partis et organisations de l’opposition dite démocratique. Pour qu’il en soit autrement, il faut qu’elle ait le courage de faire, devant ses membres et devant le Peuple, le bilan sans équivoque de ses positions et de sa pratique, et qu’elle annonce ouvertement la couleur. Mais ce n’est certainement pas pour demain.

 

Organisation Démocratique des Exilés Togolais (L'EXILE)

Journal L'EXILE, NUMÉRO 8 -Janvier-mars Mars 2000

 

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