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Des questions et réponses pour mieux comprendre la lutte du peuple togolais. "Première partie"

larueautogoIntroduction:  Comme il fallait s’y attendre, les manifestations organisées depuis août 2017, par les faux démocrates de l’opposition dite démocratique –la C14-, n’ont rien apporté au peuple, si ce n’est encore plus de morts, plus de répression des départs en exil; en matière de démocratie le résultat est nul. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement, et il s’avère une fois de plus que la négociation et la conciliation ne peuvent rien apporter en matière de démocratie, comme les démocrates n’ont jamais cessé de l’affirmer. Ce qu’il faut souligner toutefois et nous l’avons d’ailleurs déjà noté, c’est la manifestation de plus en plus affirmée de la prise de conscience du peuple, se traduisant par des attitudes allant du simple doute envers les faux démocrates, jusqu’ à la défiance ouverte à leur égard. En tout cas, il apparaît de plus en plus clairement maintenant que le peuple ne veut plus de Faure, et qu’il se rend compte de l’énorme tromperie que constitue la politique de la démocratie par la conciliation; on peut même observer d’ailleurs, que même ceux qui continuent de faire des marches à l’appel des faux démocrates, ne veulent plus se contenter du statu quo. Mais alors que faire ? 

C’est là que les choses demeurent encore floues chez certains. De là des questionnements, des interrogations voire des interpellations à l’endroit des démocrates, et qui en fait ne sont que le signe d’un malentendu.

Les démocrates doivent donc continuer à balayer les malentendus, à apporter les éclaircissements dont le peuple a besoin pour pouvoir aller de l’avant. Pour cela, il n’y a pour l’instant rien de mieux que cette formule des questions-réponses, que nous avons utilisée précédemment, qui a été fort positivement appréciée. Nous entendons ainsi apporter encore plus d’explications aux diverses et nombreuses questions que se posent nos compatriotes qui veulent y voir plus clair pour cesser d’être les éternels dindons de la farce. 

Question: Où en est donc la situation ?

Réponse: Tout d’abord il y a une question sur laquelle il nous paraît nécessaire de faire une mise au point et de lever les malentendus. Cette question concerne la qualification des événements en cours. Partout on n’entend parler que de «crise sociopolitique»  L’usage de cette   expression est devenue courante au sein du pouvoir, dans l’opposition dite démocratique comme dans la fameuse et mythique «communauté internationale»; mais les démocrates s’en méfient et l’ont toujours écarté de leur vocabulaire; ils n’ont pas l’intention d’y renoncer. Par conséquent, pour nous, il n’est jamais question de «crise sociopolitique». Cette notion nous apparaît inappropriée pour rendre compte de la situation.

Question: pourquoi ce terme de «crise sociopolitique» est-il inapproprié pour désigner la situation ? Pourquoi les démocrates rejettent-ils un tel terme ? De quoi doit-on donc parler ?

Réponse: Ce n’est pas une simple question de vocabulaire; c’est une question hautement politique. Parce que nous savons que l’attitude que l’on adopte face à une situation donnée dépend pour une large part de la manière dont on caractérise celle-ci. Le choix des mots et des expressions n’a donc rien d’anodin. A ce sujet, il n’est donc pas sans intérêt de rappeler que ce terme de «crise sociopolitique» est d’abord une invention du pouvoir autocratique d’Eyadema. Il remonte, en effet, aux années 1990, plus précisément au mouvement populaire insurrectionnel d’octobre1990. Pourquoi l’autocratie a-t-elle donc choisi cette expression ?

Pour une raison bien simple: elle n’avait pas du tout envie de préciser le contenu et le caractère de ce mouvement, et surtout, elle ne voulait pas reconnaître qu’il s’agissait d’une insurrection populaire qui la mettait en cause; ce terme de «crise sociopolitique», vague à souhait, lui permettait ainsi de farder la réalité de la situation. En effet parler de crise sociopolitique à propos du soulèvement populaire du 5 octobre 1990 conduit à qualifier la situation antérieure de «normale» d’«apaisée». Effectivement, c’était l’époque où le pouvoir et ses thuriféraires n’hésitaient pas à parler de «Suisse africaine». Qui pouvait être dupe alors que le peuple gémissait sous la férule d’un pouvoir sanguinaire. ? Certains compatriotes avaient d’ailleurs déjà fait la remarque à cette époque, et souligné que cette qualification relevait de l’escroquerie, mais cela n’avait pas empêché la fameuse et mythique «communauté internationale», puis la presse, de reprendre le terme à leur compte parce qu’il les arrange. Nous savons, en effet, que derrière cette fameuse «communauté internationale» se cachent les intérêts des grandes puissances et en premier lieu de la France pour ce qui concerne notre pays, et que ces puissances impérialistes sont plus soucieuses de la garantie des profits (garantie que leur offre le pouvoir en place) que des aspirations démocratique de notre peuple; puis l’opposition dite démocratique l’a aussi reprise à son compte, comme d’ailleurs la presse, et elle est devenue d’usage courant.

A tel point qu’aujourd’hui beaucoup ne se rendent pas compte de son ambigüité et du piège que renferme son utilisation. Ce terme volontairement flou, se veut «neutre», mais son usage n’est pas si innocent qu’il en a l’air. Il sous entend, en effet,   l’idée d’une difficulté, d’une perturbation intervenant dans une situation considérée comme «normale»; le qualificatif de  «socio politique», qu’on a ajouté pour faire bonne mesure, signifie qu’on veut bien admettre qu’il s’agit bien de questions politiques, mais qu’ on se garde bien d’en préciser la nature. Ce qui est certain, c’est qu’une telle formule oriente de façon insidieuse vers l’idée que la réaction normale, logique face à une telle situation ne peut être que la recherche d’ une «solution de sortie de crise»; elle suggère donc pour ce faire un appel aux «bonnes volontés de part et d’autre», à commencer par les «protagonistes»; ces «protagonistes», ce sont évidemment les tenants du pouvoir et ceux de l’opposition dite démocratique: une telle expression laisse donc entendre que c’est une affaire entre le pouvoir et l’opposition dite démocratique, que c’est à eux qu’ils appartient de la régler, et que cela doit donc passer par le dialogue, la négociation et à la conciliation, avec le concours de la «société civile», et évidemment, de la fameuse et mythique «communauté internationale». C’est l’occasion de ressortir les habituels lieux communs, les phrases convenues du genre «tout peut être réglé par la compréhension, par l’entente, entre gens de bonne compagnie», «entre  gens civilisés»; «il faut que les Togolais se parlent !».

A ce propos, nous savons bien que le pouvoir et l’opposition dite démocratique n’ont jamais cessé de se parler, notamment à l’assemblée nationale et dans les diverses commissions parlementaires ! On voit bien qu’avec cette injonction «à se parler, à dialoguer pour résoudre la crise sociopolitique», c’est la porte ouverte à toutes les manœuvres, à toutes les turpitudes de la démocratie par le dialogue et par la conciliation qui sont ainsi justifiées, et c’est pourquoi ce terme arrange le pouvoir ainsi légitimé une fois de plus (en tant que «protagoniste»), comme ses rivaux de l’opposition dite démocratique, adeptes de la conciliation; on comprend que ces deux camps rivaux s’entendent comme larrons en foire sur son utilisation.

Si les démocrates refusent cette expression de «crise sociopolitique», dont certains usent pour qualifier la situation présente, ce n’est donc pas seulement pour une question de vocabulaire. En effet, si l’on s’en tient au point de vue de la démocratie et de la lutte pour la démocratie, si l’on part du point de vue de la justice sociale, et que l’on accepte de se départir d’une fausse «neutralité» pour dire les choses par leur nom, on doit admettre sans effort que la situation que nous vivons depuis des décennies, n’est pas du tout une situation «normale, apaisée», qu’une «crise» viendrait perturber de temps en temps; on doit reconnaître que c’est une situation de misère et d’oppression du peuple sous le joug d’une dictature néocoloniale.

De ce fait, pour la majorité de la population, à l’exception de ceux qui profitent du système, c’est plutôt la situation qui est plutôt en crise permanente: crise par défaut de démocratie et de justice sociale, et qui ne prendra fin qu’avec la satisfaction des justes aspirations du peuple. Et ce qu’on veut nous présenter comme une vague «crise sociopolitique», n’est en réalité qu’un moment donné de cette crise permanente, où l’exaspération du peuple dégénère en révolte ouverte face à une situation insupportable.

De ce point de vue, la seule question digne d’intérêt qui doit alors nous préoccuper, c’est celle du débouché du mécontentement et du mouvement populaires; c’est celle qui concerne la capacité de ce mouvement à venir à bout de cette dictature, pour instaurer la démocratie à laquelle le peuple aspire. Et dans le cas où la lutte populaire aura mis le pouvoir dans une situation intenable et dans l’incapacité de gouverner comme d’habitude, les démocrates parleront alors de «crise du régime». C’est précisément cette crise du régime qui intéresse véritablement le peuple et les démocrates, et que la dictature, ses amis «communauté internationale», la presse à leur service,  soutiens africains et ses maîtres étrangers veulent conjurer à tout prix, en profitant des lacunes et faiblesses et momentanées du mouvement populaire pour imposer leur politique de dialogue et de conciliation, si désastreuse pour le peuple et pour la démocratie.

Concrètement, si l’on veut parler véritablement de crise du régime (ou au moins d’un début de crise du régime, au sens où l’entendent les démocrates, il faut se reporter aux années 1990-1991. En effet, confronté à la montée et à l’ampleur du mouvement insurrectionnel populaire; le pouvoir Eyadema, alors acculé, avait effectivement commencé à perdre le contrôle de la situation, à se fissurer: désertion des commissariats et des préfectures, fuite de préfets et de policiers, émergence au sein de l’armée d’un courant se réclamant de la démocratie.

C’est précisément la politique de négociation, dont le summum fut la désastreuse «conférence nationale souveraine», qui lui a offert le répit nécessaire pour reprendre des forces et pour se remettre en selle. C’est cette politique, pilotée (ce n’est pas un hasard !) par l’ambassadeur de France, qui a évité à cette crise du régime de s’aggraver et d’aboutir à sa chute. Si nous nous permettons ces quelques longueurs dans nos explications, c’est dans le but de faire comprendre que derrière un mot, une expression, se cache souvent une attitude, un comportement, une politique. La notion de «crise socio politique» oriente généralement vers la politique de négociation, avons-nous dit, et nous ajouterons que c’est forcément aux dépens de la lutte. C’est la raison pour laquelle les démocrates, qui savent où mène une telle politique, refusent l’usage de cette expression de «crise sociopolitique», qui justifie et excuse toutes les compromissions, tout comme ils se démarquent des partisans de cette politique de compromission des faux démocrates et faux amis du peuple.

Cette nouvelle et prétendue «crise sociopolitiques», selon l’expression des ennemis de notre démocratie, n’est donc en réalité, qu’un nouvel épisode, une nouvelle poussée dans cette lutte du peuple pour conquérir l’indépendance véritable et la liberté. Et ce nouvel épisode se situe de toute évidence dans la continuité avec les luttes qui ont abouti à la victoire populaire du 27 avril 1958.

Les démocrates ont à cœur de rappeler cette continuité   avec force, surtout à un moment où justement nous célébrons le soixantième anniversaire de cette grande victoire du peuple togolais sur le colonialisme français. Les nombreux compatriotes combattants de la liberté, qui continuent de croupir dans les geôles de la dictature actuelle ou qui continuent de tomber sous ses balles assassines, méritent autant notre respect et notre hommage que ceux qui ont sacrifié leur liberté, ou ceux qui, à Vogan (1951), à Pya, à Mango(1957) ont donné leur vie   pour rendre possible ce glorieux 27 avril 1958. D’ores et déjà, nous affirmons que lorsque le peuple togolais sera délivré de ses chaînes, une date devra être choisie pour rendre régulièrement hommage à tous ces combattants de l’indépendance et de la liberté, ceux d’avant 1958, comme ceux de maintenant.

Il s’agit donc aujourd’hui de la lutte pour une deuxième indépendance, pour l’indépendance complète, celle que la victoire du 27 avril 1958 n’a pas su ni pu conquérir, mais sans laquelle il n’est pas possible d’instaurer une démocratie véritable. Il s’agit aussi de la lutte du peuple contre un régime synonyme de misère, pour un véritable progrès social. Cette lutte du peuple va se poursuivre; elle peut certes connaître des hauts et des bas, mais elle ira   jusqu’à la pleine satisfaction des justes aspirations populaires. C’est justement parce que les démocrates se tiennent résolument aux côté du peuple que la lutte populaire ne risque pas quant à elle, de sombrer pas dans l’impasse.

Question: Qu’en est-il donc de cette impasse dont nous parlons? De quoi s’agit-il exactement ?

Réponse:  L’impasse dont il est question ici et qui est réelle, ne concerne donc en fait que les faux démocrates, c’est-à-dire les leaders de l’opposition dite démocratique, les chantres de la démocratie par la négociation. Ce sont eux qui sont dans l’impasse, pas le peuple en lutte.

Question: les dirigeants de l’opposition dite démocratique et le peuple ne mènent-ils donc pas la même lutte ? N’est-ce pas pourtant à l’appel de ces leaders que le peuple descend dans la rue ?

Réponse: En effet, contrairement à ce que les faux amis du peuple et leurs thuriféraires veulent nous faire croire, le peuple et l’opposition dite démocratique ne mènent pas la même lutte et ne visent pas le même objectif, et les démocrates ont déjà eu plus d’une fois l’occasion de le montrer. Il est effectivement vrai que pour le moment, c’est à l’appel des faux amis du peuple que le peuple (du moins une partie du peuple) continue encore de descendre dans la rue; c’est d’ailleurs ce qui peut laisser croire que le mouvement populaire et l’opposition dite démocratique ne font qu’un. Il y a encore une certaine confusion à ce sujet, et nous le reconnaissons volontiers. Cette confusion c’est la conséquence de notre histoire récente, et elle est d’ailleurs en train de se dissiper. il suffit de voir les mots d’ordre qui reviennent de plus en plus régulièrement chez les manifestants eux-mêmes (il suffit de lire quelques pancartes pour s’en rendre compte) et que les leaders sont parfois obligés de reprendre pour ne pas se trouver en porte-à-faux par rapport aux manifestants.

Ce que les démocrates appellent «mouvement populaire», c’est le mouvement qui a surgi dans la rue le 5 octobre 1990, avec le mot d’ordre sans ambiguïté de «Eyadema démission». Ce mouvement était spontané, autonome, et aucune personnalité, aucune organisation ne peut se vanter de l’avoir lancé. Il était encore non organisé, sans direction et il n’avait pas encore fait émerger ses propres leaders, capables de l’amener jusqu’au bout de sa véritable revendication d’ailleurs ouvertement proclamée, à savoir le départ effectif de l’autocrate Eyadema et la fin de sa dictature. Les faux démocrates, c’est-à-dire les leaders de l’opposition dite démocratique, ont quant à eux sauté en quelque sorte sur l’occasion. Ils ont su profiter des conditions nouvelles créées par la lutte populaire -des conditions de libertés politiques relatives, pour créer librement leurs organisations et pour s’imposer à la tête du mouvement en accréditant l’idée que c’est par eux que doit venir «la solution», c’est-à-dire la démocratie.

En guise d’illustration, nous rappelons la fondation du FAR[1] et la première rencontre gouvernement-opposition en avril 1991, précisément à l’annonce d’une grève générale (ce n’est pas un hasard): c’est dans ces circonstances que les faux démocrates ont commencé leur mainmise sur le mouvement populaire, pour l’orienter dans le sens de leur propre objectif. Puis on a vu arriver un Edem Kodjo, fondateur de l’UTD, achetant des adhérents avec des motos japonaises; par la suite, d’autres partis du même genre ont suivi, dont certains, dirigés d’ailleurs par d’anciens serviteurs zélés de l’autocrate Eyadema.

Lorsque par exemple un Gnininvi déclare que le peuple voulait le départ d’Eyadema et que ce sont eux, les dirigeants   de l’opposition qui ont décidé de passer par «la voie démocratique», c’est-à-dire par la négociation ( car pour lui et ses semblables, qui dit «voie démocratique», dit obligatoirement négociation, conciliation !), il reconnaît implicitement l’existence de deux volontés politiques bien distinctes: d’une part, celle du mouvement populaire, du peuple descendu dans la rue, et qui veut le départ immédiat du tyran; de l’autre, celle des leaders de l’opposition dite démocratique, dont l’objectif est surtout et seulement de s’appuyer sur le mouvement populaire pour accéder à la gouvernance à travers des négociations.

Agboyibo, se montre encore plus explicite à cet égard, lorsqu’il expose son idée du rôle qui revient à chacun: d’un côté, le mouvement populaire dont le rôle est de servir seulement comme simple moyen de pression; de l’autre les organisations et les leaders de l’opposition dite démocratique tels que lui-même, auxquels revient ce qu’il considère comme l’essentiel, à savoir «négocier  la démocratie». Contrairement au peuple en lutte, le départ du dictateur et la fin de son système n’ont donc jamais été l’objectif fondamental de ces conciliateurs: en 1990-1991, alors que le peuple dans la rue réclamait la démission d’Eyadema, eux   affirmaient même que cela risquait de créer «un vide politique» ! S’il arrive aujourd’hui à quelques uns d’entre eux-une minorité -d’évoquer le départ de Faure, c’est visiblement sans aucune conviction, seulement du bout des lèvres et pour ne pas se trouver isolés des manifestants.

Il y a donc d’une part le peuple en lutte, et de l’autre les entreprises et les organisations des faux démocrates, et il ne faut pas les confondre. Le peuple veut en finir avec la dictature, qui constitue un obstacle à ses justes aspirations à la liberté, à la démocratie et au progrès social; mais son niveau de conscience n’est pas encore bien élevé: nous entendons par là, qu’il n’a pas encore une idée bien claire de la manière d’y parvenir; plus précisément, qu’il ne s’est pas encore rendu compte que c’est en lui-même que se trouve la force nécessaire  pour cela. Ajoutons à cela qu’il n’a pas encore fait émerger ses propres dirigeants: d’où sa tendance à s’en remettre aux leaders de l’opposition dite démocratique qui peuvent ainsi imposer momentanément leur propre vision. Comme l’objectif de ces derniers, quoi qu’ils disent, ce n’est pas la démocratie, c’est en toute logique qu’ils s’attachent à la négociation, à la conciliation. Car fondamentalement la liberté et la démocratie ne se négocient pas; il faut les conquérir, les assumer, les défendre, les mériter.

La négociation suppose la possibilité d’un consensus entre le pouvoir d’oppression antidémocratique et les démocrates. Mais un tel consensus suppose «des concessions de part et d’autre», donc inévitablement des concessions sur les revendications démocratiques, des concessions au détriment de la démocratie. En échange de quoi ? En échange   des possibilités d’accès des faux démocrates à la gouvernance, (sous la dénomination de «gouvernement d’union nationale» «cogestion» ou de «partage du pouvoir»), mais qui n’apportent rien au peuple en matière de démocratie et de progrès social. Telle est la voie que proposent et que suivent les faux démocrates.

C’est ainsi que chaque strapontin dont ils bénéficient (comme ministre, premier ministre d’Eyadema ou de Faure), ils le font donc passer pour le résultat d’un «acquis démocratique», alors que cela n’entraîne aucun changement en faveur du peuple; chaque compromis passé avec le pouvoir, et d’ailleurs systématiquement violé par ce dernier, est chanté comme un «progrès du processus démocratique». La constitution de 1992 est justement l’une des traductions de ce compromis. Ils la brandissent de temps en temps, mais ils sont aussi capables de l’enterrer provisoirement selon leur intérêt du moment, comme en 2005 et en 2O15 notamment. Leur objectif n’a rien à voir avec les aspirations réelles du peuple qui lutte. C’est la raison pour laquelle ils méritent d’être qualifiés de faux démocrates et de faux amis du peuple.

Mais, comme nous l’avons souligné, ils ont su momentanément imposer leur influence sur le mouvement populaire, et ils arrivent encore ainsi à faire descendre le peuple dans la rue: c’est ce qui explique cette confusion qui n’est d’ailleurs que provisoire et qui est en train de se dissiper. En effet, la conscience du peuple grandit, et progressivement il se rend compte de la supercherie; il commence à comprendre qu’il a ses propres revendications qui ne sont pas celles de ces faux démocrates. Nous sommes certains, que le mouvement populaire, même s’il peut connaître des hauts et des bas, ira en se développant de plus en plus suivant sa propre dynamique, qu’il continuera de se démarquer des faux démocrates, et cessera de leur servir de paillasson. Notre tâche, à nous démocrates, c’est justement d’y contribuer. Les faux démocrates sont véritablement   dans l’impasse, en ce sens qu’ils ne savent plus quoi faire. Ils sont arrivés au bout de leur politique de manipulation et ne peuvent pas aller plus loin.

Question: Pourquoi parler d’impasse ? Comment se manifeste cette impasse ?

Réponse: En effet, les faux démocrates sont pris entre deux feux : d’un côté ils sont  coincés par l’intransigeance d’un Faure de plus en plus sûr de lui, qui ne leur cède rien même pour la forme, et qui bénéficie en plus de l’appui de ses compères de la sous région et des puissances impérialistes occidentales; de l’autre, il leur devient de plus en plus difficile de cacher au peuple les limites de la politique de dialogue et de négociation, l’issue illusoire des marches, tout comme les complicités et les compromissions qui accompagnent leur politique; à preuve, les demandes d’explication, les interpellations de plus en plus fréquentes dont ils sont l’objet, et auxquelles ils sont incapables de répondre. En effet, si Faure a paru désarçonné un moment par   l’ampleur soudaine et inattendue du mouvement populaire, (comme son père l’a été en 1990-1991), à l’évidence, il   n’a pas tardé à se ressaisir, et à reprendre la main. On peut le constater à l’assurance qu’il affiche désormais depuis quelques mois. Le   discours qu’il a délivré à l’occasion de la célébration du 27 avril  en est une illustration: c’est lui qui ose accuser le peuple (et les faux démocrates, ses rivaux), de «s’être démarqués à plusieurs reprises du droit d’exercice des libertés publiques consacrées par notre constitution» ! Lui qui s’est emparé du pouvoir en véritable hors-la- loi, au prix d’un putsch qui a fait des centaines de victimes parmi nos compatriotes ! Lui dont la présence au pouvoir est une violation permanente des libertés et de la démocratie, le voilà qui se permet d’appeler au respect de la loi !   C’est le voleur qui crie au voleur !

Mais il faut bien reconnaître que si Faure peut se livrer à ce genre de provocation aujourd’hui, si ce hors la loi peut se permettre de donner des leçons sur le respect de la constitution et de la loi, c’est bien parce que les faux démocrates lui en ont laissé le loisir, lorsqu’il ont choisi après son putsch de 2005, de le dédouaner, de cautionner son impunité, non seulement   en évitant de le déclarer hors la loi, passible des tribunaux, mais pire, en décidant de légitimer sa candidature au scrutin présidentiel, et en allant jusqu’à présenter des candidats   contre lui, lui offrant ainsi l’occasion de présenter la mascarade électorale comme une élection «normale». Des centaines de compatriotes avaient pourtant encore perdu leur vie à cette occasion ! Nous ne pouvons ici que rappeler à ce sujet, une fois de plus, l’exemple du Burkina Faso: si un Diendéré, lors da sa tentative putschiste, avait bénéficié de la même attitude, la situation ne serait certainement pas ce qu’elle est aujourd’hui dans ce pays. Peut-être le général putschiste serait-il en train, lui aussi, de donner, aujourd’hui, des leçons de démocratie, à la tête de ses troupes, le régiment de sécurité présidentiel.

Faure se montre donc si plein d’assurance aujourd’hui,  parce qu’Il compte sur la fidélité de l’appareil d’Etat, à commencer par l’armée, son principal rempart et le principal organe de répression, (cf. le récent Grand rapport); parce qu’il a à son service des milices prêtes à toutes les exactions pour terroriser le peuple. Cette assurance qu’affiche le tyranneau vient aussi de l’appui ouvert dont il bénéficie de la part de ses pairs de la sous régions. Ces derniers en réalité ne sont pas seulement ses pairs, mais surtout ses compères et complices. On en une illustration lorsque, le 14 avril dernier, il a pu tranquillement présider à Lomé un sommet de la CEDEAO, alors qu’à quelques mètres du lieu de réunion ses forces de répression s’acharnaient contre   des citoyens.

Par ailleurs nous savons que derrière ces compères, il y a les grandes puissances impérialistes occidentales (l’Allemagne, la France, les Etats-Unis Union européenne), dont les dirigeants de nos pays sont en réalité les sous traitants; et aussi les Nations unies dominées par ces mêmes puissances. La déclaration du groupe des 5 sur la nécessité d’aller aux élections est un soutien implicite à Faure et ce n’est pas un hasard. Pour ces grandes puissances impérialistes, Faure et son système représentent une garantie de «stabilité», plus précisément de la pérennité de leurs intérêts et c’est ce qui leur importe. Fort de ces soutiens et appuis, le tyranneau poursuit donc imperturbablement son but, et l’objectif qu’il veut atteindre est on ne peut plus clair: réduire le mouvement populaire au silence par la peur et la lassitude des masses, et imposer son calendrier électoral dont le résultat d’ailleurs prévisible doit lui assurer une nouvelle légitimité.

Il compte parvenir à ses fins en combinant les moyens dilatoires qu’autorise la complaisance manifeste de ses compères de la sous région et de la fameuse «communauté internationale» à son égard, et la répression la plus féroce. L’apparition récente d’une coalition prétendument «centriste» (CPP, NET, PDP), est destinée à brouiller les cartes et à alimenter la cacophonie au sein des faux démocrates, et cette apparition n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’épisode du «parti charnière» d’Edem Kodjo. Il en est également ainsi de la manifestation de l’APED. Sans oublier Agboyibo qui voit l’heure venue de jouer de nouveau sa propre carte. Faure peut ainsi faire traîner les choses, pendant que le pays dans sa grande majorité est soumis à un véritable   l’état de siège, à une véritable occupation militaire, et pendant que se multiplient partout les arrestations et détentions arbitraires, les violations de domiciles, les bastonnades et autres exactions inhumaines de toutes sortes.

Il est vrai que les leaders de l’opposition dite démocrate lui ont eux-mêmes fourni un prétexte: il peut même se permettre de justifier ses menées répressives au nom du règlement intérieur signé par les faux démocrates eux-mêmes ! Dans ce document, ces derniers s’étaient en effet engagés à faire cesser les manifestations pendant la durée des négociations !

Un tel engagement, n’est pas seulement une ignoble braderie du droit de manifester; c’est fournir au pouvoir sur un plateau un véritable permis de réprimer ! Evidemment ce dernier ne va pas s’en priver ! Soit dit en passant ces leaders se justifient en parlant d’engagement, mais ils ne cherchent pas du tout à comprendre pourquoi les facilitateurs leur ont fait signer un tel engagement qui les prive d’un atout si évident ! Faure sait qu’il n’y a pas grand-chose à redouter de la part des leaders de l’opposition dite démocratique, et qu’il s’est déjà acquis leur complicité; ce qu’il vise, c’est le mouvement populaire et c’est ce qui explique son acharnement dans ses menées répressives. Combiner la répression et les moyens dilatoires et acculer le peuple à céder par lassitude, pour finir par imposer son propre agenda, avec au bout les élections, tel est son objectif.

La sortie de la Cour constitutionnelle après celle du groupe des 5 va dans le sens de cet agenda. Pour nous résumer, le pouvoir, la fameuse «communauté internationale», et notamment les «facilitateurs» ont intérêt à faire traîner les choses; ils espèrent que le peuple va céder par lassitude et qu’ils pourront ainsi justifier une nouvelle «solution de compromis», qui, comme toujours, n’aura aucun rapport avec la démocratie, ni avec les justes revendications du peuple. Tout est mis en place pour imposer les élections, et la machine frauder est certainement déjà prête à fonctionner. Face à cela, l’opposition dite démocratique n’a à proposer comme solution que des marches, encore des marches sans d’autre but que d’ouvrir le dialogue, ce dont le pouvoir se moque éperdument.

Certains de ces faux démocrates, ou des agents à leur service, pour justifier la poursuite de cette politique néfaste, avancent comme explication à cette impasse, le peu d’informations dont disposeraient certains des chefs d’Etats qui interviennent dans nos pays, et expliquent que la solution passerait par une meilleure information de ces derniers.Ils suggèrent même de faire le siège des diverses chancelleries pour leur apporter la «bonne» information. Argument bidon, qui veut prendre les compatriotes pour des imbéciles ! C’est passer sous silence le fait que ces pays ont des ambassades chez nous et que le rôle des ambassades (comme des divers agents qu’ils ont, c’est justement de bien informerleursgouvernements ! Certains continuent ainsi à entretenir des illusions sur ces chefs d’Etat: ainsi sur le leader du Ghana, en occultant les affaires sentimentales et de business que Faure entretient avec les classes dirigeantes de ce pays.

Pour d’autres, ce serait le Nigéria ! Ce sont les mêmes ou leurs semblables qui entretenaient des illusions notamment sur les diverses rencontres de Ouaga sous l’égide de Compaoré, en oubliant volontairement les liens qui unissaient ce dernier à l’autocrate Eyadéma ! Ces gens apparaissent de plus en plus pour ce qu’ils sont: des semeurs d’illusions, des complices du régime

Question: parler de complicité avec le régime n’est-ce pas aller trop loin ? N’est-ce pas injuste ?

Réponse: Ce terme n’est pas du tout exagéré ! Il faut déjà commencer par rappeler cette évidence: les faux démocrates font partie du système dictatorial; ils participent à la vie des institution de l’Etat, de la dictature: ils y sont comme préfets, ambassadeurs; ils y sont comme députés membres et même président des commissions; ils fournissent ainsi au pouvoir un alibi démocratique, un prétexte qui lui permet de présenter son régime comme «respectant la démocratie et le pluralisme».

Un parti particulièrement intégré dans le système c’est évidement l’UFC, de Gilchrist Olympio. L’UFC participe directement à l‘exercice du pouvoir (ministres, préfets, membre des conseils d’administration des sociétés d’Etat) depuis l’accord de 2010, mais visiblement les leaders de l’opposition dite démocratique n’ont pas coupé leurs liens avec ce parti, et jusqu’à présent ils évitent de l’associer dans leurs critiques au RPT/UNIR. C’est là sans aucun doute un exemple patent de leur complicité. Gilchrist Olympio lui-même est devenu l’homme par lequel passent certains dossiers de candidatures pour des postes importants au sein du régime, une sorte d’intermédiaire indispensable en somme. De ce fait il joue bien son rôle de passerelle entre l’opposition dite démocratique et le pouvoir.

FABRE de son côté se pare sans honte ni retenue, d’un titre que lui a décerné la dictature: celui de «chef de file de l’opposition» son titre officiel; il en use sans vergogne, ce qui signifie qu’il accepte en toute conscience d’être considéré comme un membre conscient et à part entière des institutions du régime. Sait-on que lors de ses déplacements à l’étranger il a même droit à la mise à sa disposition de voitures et du personnel de l’ambassade, et qu’il ne s’en prive pas ? Son exemple permet ainsi au dictateur de le citer en exemple pour prétendre qu’il y a la démocratie chez nous «avec une opposition officiellement reconnue». Il sert ainsi de faire valoir. Mais en plus de cette complicité «institutionnelle», si l’on peut s’exprimer ainsi, il y a leur complicité ouverte, explicite, «monnayée», consistant prendre des décisions à l’encontre de leur propre promesse et engagement, dans le but de rendre service au pouvoir dictatorial. Un service qui n’est certainement pas gratuit, qui relève de la corruption tout simplement 

Nous nous contenterons d’un exemple fort significatif à ce sujet, un exemple si significatif que nous l’avons d’ailleurs déjà cité. Il concerne l’élection présidentielle de 2015.

Revenons donc en arrière en 2015, à la veille des élections présidentielles. Fabre et ses compères ont lancé le mot d’ordre de «pas de réforme, pas d’élection». Mais brusquement et sans crier gare, les voilà qui tournent casaque ! En un tournemain, les voilà qui oublient leurs revendications de réformes et appellent à participer aux élections avec des arguments du genre «ne pas participer aux élections ce serait offrir un boulevard au pouvoir»! Ils ont osé sortir un tel argument, sachant bien que dans les conditions actuelles, le boulevard est déjà «ouvert», que les élections ne sont que des mascarades qui ne servent qu’à reconduire et à légitimer le pouvoir en place; que la seule attitude honnête, démocratique ne peut justement être que celle de la condamnation politique et morale à travers le boycott ou le refus de participation au scrutin.

Effectivement  un mouvement de boycott massif des élections était le meilleur moyen pour mettre en lumière de manière encore plus évidente le caractère illégitime du scrutin et du pouvoir, et c’est ce que craignaient ce dernier, ses alliés et ses maîtres. En décidant de participer au scrutin présidentiel, Fabre et les siens ont délibérément fermé les yeux sur cet impératif ! Fabre et ses acolytes faux démocrates ont mis ainsi leurs revendications de réformes dans la poche, le temps que les élections se passent sans problème pour la dictature!

Par ce revirement à 180 degrés ils ont permis   à Faure de donner quelque crédibilité à ce scrutin bidon ! Mais Comment donc expliquer une telle attitude, ce revirement si soudain ? L’argument du «boulevard» est un faux argument, et c’est une évidence qui saute aux yeux. Il ne peut y avoir qu’une seule explication à leur changement d’attitude: Fabre et ses compères se sont fait payer ! Ils se sont laissé corrompre ! Les   présidents du Ghana et de Côte d’Ivoire qui ont effectué des allées et venues pendant cette période électorale venaient chez nous pour les persuader d’aller aux élections, et ils ne venaient pas les mains vides ! Mais leur entreprise de corruption était d’ailleurs assortie de menaces non voilées: Fabre serait tenu pour responsable des troubles qui surviendraient. Et il a respecté la consigne ! Nous pensons toutefois que c’est en 2005, lors de l’entreprise putschiste en faveur de Faure, que leur comportement leur complicité, leur compromission dans les pratiques les plus crapuleuses ont atteint le sommet de l’ignominieux. On se demande seulement combien ils ont empoché pour accepter de cautionner l’ignoble tour de passe-passe constitutionnel et législatif destiné à légitimer Faure et son élection présidentielle après son putsch et après le massacre de tant de compatriotes. . Sans doute ont-ils vendu très cher leur complicité.

Question : Comment se fait-il alors qu’en août 2017 ils ont recommencé à organiser ces marches qu’ils avaient arrêtées ? y avait-il des éléments nouveaux qui pourraient expliquer cette reprise ?

Réponse: On peut effectivement se poser la question. En effet, les revendications pour lesquelles ils appellent à manifester aujourd’hui, sont les mêmes que celles qu’ils avaient brandies en 2015, et qu’ils ont brusquement mises entre parenthèses sans avoir obtenu la moindre satisfaction et sous les prétextes les plus fallacieux, comme nous l’avons vu. Il est donc logique de chercher à comprendre pour quelle raison, après avoir les avoir ainsi interrompues, ils les ont reprises maintenant.

La vérité, c’est qu’ils n’étaient pas pour la plupart d’entre eux partisans de la reprise des marches, à commencer par Fabre. Après tout, ils ont déjà montré qu’ils étaient capables d’«oublier» ces mêmes revendications lorsque cela les arrangeait: c’est le cas notamment en 2005, lorsqu’ils ont accepté de participer au scrutin présidentiel, non seulement en oubliant le «toilettage constitutionnel», contre lequel ils protestaient, mais face à un candidat qui venait de se mettre hors la loi en se livrant à une sanglante tentative putschiste. Pour faire cesser les questions que suscitait leur attitude, ils avaient alors fait croire que la solution résidait dans une «candidature unique de l’opposition». Rien ne les empêchait donc d’enterrer à nouveaux ces revendications et c’est effectivement ce qu’ils avaient commencé à faire. Leurs initiatives et leurs réactions au lendemain du scrutin de 2015 montrent d’ailleurs fort bien que ce nouvel «enterrement» était destiné à durer.

En effet, qu’ont-ils donc fait après la proclamation des résultats frauduleux ? Ils se sont d’abord livrés à quelques arguments bidon et à quelques rodomontades habituels du genre «on va voir ce qu’on va voir»; «nous allons continuer la lutte», mais manifestement, c’était juste pour la forme, pour calmer les interrogations suscitées en leur sein par leur attitude. Face à leur base qui leur demandait de s’expliquer sur leur changement d’attitude et d’en présenter le bilan, ils ont opposé un silence méprisant, preuve du peu d’importance qu’ils accordent à celle-ci; puis ils se sont lancés dans des explications manifestement tirées par les cheveux: leur participation au scrutin présidentiel disaient-ils, a permis de démontrer que le pouvoir se livre à des fraudes à grande échelle ! Mais voyons !

Jusque-là, voyez-vous, chers compatriotes, vous ne saviez pas que ce pouvoir dont vous souffrez depuis des années, ce pouvoir que ces leaders eux-mêmes, ces messieurs et dames de l’opposition, qualifie de dictature, trafiquait les scrutins ! S’ils ont voulu participer aux élections, c’était juste pour en apporter la preuve, parce jusque là vous ne saviez pas ! Parce jusque là le monde ignorait tout cela, et qu’il fallait le lui montrer n’est-ce pas ? Voilà ce qu’ils ont osé vous raconter ! Vous voyez bien à quel point ces gens se moquent de vous ? Mais ils n’ont pas tardé à dévoiler leur véritable intention, lorsqu’ils ont commencé à mener campagne en vue des élections locales à venir, et qu’ils ont commencé organiser ici et là des meetings, à appeler la population à y participer massivement et à voter en faveur de leurs listes ! C’était du sérieux ! Et pourquoi donc ? Nos faux démocrates avaient leur explication: c’est, disaient-ils, pour se donner la possibilité d’exercer la démocratie locale en attendant de le faire au niveau national ! Rien que cela ! Mais comment un régime dictatorial au plan national pourrait-il tolérer la démocratie à l’échelon local ? Tout cela ne leur paraissait pas du tout contradictoire ! Visiblement, c’était une pure diversion destinée à faire taire les doutes et les demandes d’explication que n’avait pas manqué de susciter leur attitude plus qu’équivoque à propos de la mascarade électorale présidentielle.  

Mais il ne s’agissait pas uniquement de cela. A voir leur insistance sur la fameuse démocratie locale, on se rend compte que c’était du sérieux, et que cela faisait réellement partie de leur objectif. C’était pour eux en fait la possibilité de se tailler quelques fiefs locaux dans le système. C’est-à-dire, la possibilité de se voir octroyer quelques juteux postes d’élus locaux, municipaux régionaux, et de pouvoir se remplir les poches par ce biais par des prébendes, des subventions diverses, y compris d’ONG dont ils pourraient bénéficier, pour eux et pour des amis; en résumé, une manière pour eux de s’installer encore plus dans le régime et de bénéficier de ses avantages avec la bienveillance du pouvoir.

Un telle politique consistant à donner à l’opposition dite démocratique quelques os à ronger pour lui permettre de continuer à jouer son rôle d’éteignoir, de sapeur pompier de la colère populaire, a déjà fait ses preuves dans d’autres néo-colonies, notamment au Gabon d’Omar Bongo, et les leaders de l’opposition dite démocratique entendaient en tirer parti eux aussi. Cela valait le coup d’oublier les revendications de réforme et le retour à la constitution de 1992.

Tout semblait donc s’acheminer tranquillement dans cette voie, et les faux démocrates pensaient continuer ainsi tranquillement leur sale besogne d’endormeurs du peuple. C’était sans compter sur Tikpi ATCHADAM, du PNP. Ce dernier ne comprenait pas pourquoi ses autres compères se montraient aussi peu pressés, aussi peu motivés pour la reprise des revendications habituelles. Il a donc décidé de relancer les marches. En fait et pour être plus précis, c’est sans doute la base de son parti qui n’a pas accepté de se laisser endormir, et c’est elle qui l’a poussé en quelque sorte à «mettre les pieds dans le plat». Pourquoi la base l’a-t-il donc poussé ?

A cause de la misère sans nom que vivent les populations du Nord de notre pays et du sourd sentiment de révolte nourri par le mépris du régime à leur égard. Mais très vite le mouvement a pris de l’ampleur; il a débordé les limites du PNP et s’est étendu sur tout le territoire national. C’est qu’en fait le raz le bol est général comme la misère, et la souffrance, et ne concernait pas seulement le Nord. En témoignent d’ailleurs la multiplication des mouvements de grève partout dans le pays, celle du personnel médical notamment écœuré par leurs scandaleuses conditions de salaire et de travail.

Tikpi Atchadam qui ne s’attendait certainement pas à un tel développement, s’est donc senti dépassé. Il paraît pour le moment un peu plus sincère que les autres quand il affirme qu’il ne vise aucun poste ministériel, mais il n’est pas pour autant un démocrate, en ce sens qu’il ne voit pas que le salut puisse venir du peuple lui-même. Il est donc le premier de ces leaders à constater cette impasse que nous évoquons.

Maintenant que le peuple est dans la rue, que faire alors que Faure ne concède rien ? C’est une question dont la réponse lui échappe. D’où l’appel au secours lancé à Macron, le président français, ce qui lui a valu un désaveu de sa propre base. Les autres leaders de l’opposition dite démocratique s’y attendaient encore moins; ils pensaient pouvoir préparer tranquillement leurs élections locales, et Tikpi ACTHADAM leur est d’abord apparu pour les autres leaders comme un trouble fête; mais ils ont fini par à se rendre à l’évidence: le mouvement, loin de s’étendre, ne cessait de se propager. Il ne leur restait qu’à s’y joindre avec leurs habituelles revendications, dans l’espoir de ne pas être débordés.

Seulement la réalité qui s’affirme chaque jour, c’est que   les moyens auxquels ils ont recours (la conciliation, les négociations) sont loin d’aller dans les sens des besoins de changement qu’exprime le peuple depuis des années; or ils sont incapables d’envisager d’autres solutions, d’autres moyens. Ils sont ainsi amenés à tourner en rond indéfiniment, et finiront pas céder aux exigences de Faure fortement épaulé par ses compères et par la fameuse et mythique «communauté internationale»; et ils savent qu’ils laisseront dans ce cas une base très mécontente, sans pouvoir répondre à leurs interrogations. Alors ils font semblant de multiplier leurs «exigences», notamment sur la libération des prisonniers politiques, celle des emprisonnés de l’incendie des marchés de Lomé et de Kara etc. Ils parlent même de garde-fou pour garantir l’application des résultats du prochain dialogue. Tout cela pour faire oublier cette vérité incontournable, à savoir qu’on ne fait pas partir une dictature par le dialogue. Ils sont tout simplement prisonniers de leur politique de la démocratie par les urnes.

Question: d’abord pourquoi les démocrates s’en prennent-ils autant à l’opposition ? N’est-ce pas venu le moment de s’unir tous contre la dictature ?

Réponse: Nous avons entendu et nous entendons souvent ce genre de question, effectivement accompagnée de réflexions et de commentaires du genre: «c’est le moment de s’unir contre la dictature, contre l’ennemi commun». Ce sont souvent les faux démocrates et leurs défenseurs qui tiennent encore ce langage. A cette question, nous avons déjà répondu: nous n’avons nullement l’intention de nous unir avec des faux amis du peuple de l’opposition dite démocratique. Il ne fait aucun doute qu’une telle attitude irait à l’encontre des intérêts du peuple et de sa lutte pour la démocratie.

Supposons, en effet, que nous acceptions de nous «unir» avec ces faux démocrates. A quoi aboutirait ce genre d’union ? Cela nous obligerait à nous taire désormais sur leur politique désastreuse, et donc à renoncer à cette tâche salutaire qui est de dire la vérité sur eux, d’ouvrir les yeux du peuple sur les illusions qu’ils continuent de semer à propos de la démocratie par la conciliation et sur les conséquences catastrophiques qu’entraîne cette politique illusoire; cela reviendrait à laisser le peuple éternellement victime de ces faiseurs d’illusions et de leur politique de conciliation et compromission avec la dictature.

Cela reviendrait aussi à cacher le fait que ces faux démocrates ne sont porteurs d’aucune alternative démocratique réelle et ainsi à les accompagner dans l’impasse où ils veulent entraîner le peuple. Ce serait trahir les intérêts du peuple et sa lutte, et laisser ces faux démocrates continuer de le duper et de l’empêcher d’y voir clair.

En tant que démocrates, nous avons la ferme conviction que plus vite le peuple se démarquera d’eux, mieux cela vaudra pour la lutte, et que c’est donc plutôt un devoir salutaire de notre part de   les fustiger plus particulièrement. C’est la seule attitude juste si nous ne voulons pas être leurs complices. La réalité, c’est que nos critiques les gênent et les dérangent dans leur politique de compromission. C’est juste pour nous faire taire qu’ils parlent d’union.

Question: «Alors que font donc les démocrates eux-mêmes pendant tout ce temps ? On ne les voit pas» !

Réponse: C’est aussi une réflexion qui revient souvent également sur le tapis. Cette réflexion vient de ceux-là mêmes qui nous reprochent de fustiger les faux démocrates de l’opposition dite démocratique: Il s’agit en réalité de ceux qui hésitent encore à sauter le pas en direction des démocrates, et qui continuent encore d’accorder quelques crédits aux faux démocrate, souvent par simple habitude. Des gens qui en plus sont habitués à ne voir la situation qu’à travers leurs «leaders». «Vous critiquez les autres, mais vous-mêmes vous ne faites que cela, et on ne vous voit pas», se plaisent-ils à répéter.

Effectivement ce sont ceux qui fondamentalement continuent de croire que la démocratie doit être apportée de l’extérieur par une organisation ou par un leader, voire par la mythique «communauté internationale»; et s’ils se tournent vers les démocrates, c’est donc toujours avec l’idée qu’eux seraient plus capables d’apporter cette démocratie. Cela part d’une habitude acquise avec les faux démocrates. Ces derniers privilégient les personnalités, les leaders, et c’est donc surtout eux que l’on voit et que l’on entend; les démocrates eux accordent une importance capitale aux idées, et leur préoccupation majeure c’est donc la circulation de ces idées au sein du peuple.

Effectivement les démocrates ont des solutions pour la démocratie, mais ces solutions ne vont pas dans le même sens que les faux amis du peuple. Les démocrates n’ont jamais prétendu que la démocratie serait un cadeau qu’ils se chargeraient d’apporter au peuple. Justement parce que la démocratie implique des changements profonds, ils ont toujours soutenu que celle-ci ne peut être que le résultat   de conquêtes populaires, donc une question d’organisation et de luttes. C’est ensemble que nous allons la conquérir cette démocratie, et la tâche des démocrates, c’est de contribuer à la prise de conscience, a l’organisation et à la lutte. C’est précisément ce qui les distingue des faux démocrates.

Sur ce plan, les démocrates sont à leur poste et accomplissent leur tâche. Ils n’ont pas besoin de parader sur la scène politique, ils n’ont pas besoin de micros et de caméras pour cela.

Pour être plus concrets, nous dirons que: ‘’le peuple en lutte pour la démocratie, c’est comme un groupe de personnes en marche pour arracher un trésor qu’un monstre tient enfermé dans un coffre. Mais voilà que certaines personnes se présentent devant ces marcheurs, leur mettent des bandeaux sur les yeux en leur laissant entendre qu’elles sont capables, grâce à leur savoir faire, de ramener ce trésor.

On imagine sans peine le résultat dans ces conditions: les marcheurs, avec les yeux bandés, auront seulement tourné en rond, s’ils ne sont pas carrément tombés dans un fossé; ils n’auront jamais atteint le trésor. Il faut donc que, non seulement, ce groupe de marcheurs acquière la conviction qu’ils doivent arracher ces bandeaux qu’ils ont sur les yeux; il faut aussi qu’ils les arrachent effectivement, qu’ils gardent désormais les yeux ouverts pour y voir clair et qu’ils s’écartent de ceux qui ne pensent qu’à leur remettre d’autres bandeaux; alors ils pourront marcher dans la bonne direction et atteindre leur but, arracher le trésor au monstre.

Le bandeau, ce sont toutes les illusions que sèment les faux démocrates: c’est-à-dire la négociation, la «communauté internationale» et autres «facilitateurs»…il faut que le peuple enlève le bandeau qu’il s’éloigne de ceux qui veulent lui en remettre d’autres, et c’est à cette condition qu’il pourra avancer véritablement. Les démocrates ce sont ceux qui, non seulement font comprendre qu’il faut arracher le bandeau, mais ce sont ceux qui montrent le vrai chemin, qui signalent les impasses, les obstacles et qui permettent de les éviter ou de les franchir. C’est à cela que sert leur travail d’explication, une tâche indispensable à laquelle ils consacrent leur effort. Mais le reste, le fondamental regarde les marcheurs eux-mêmes, c’est-à-dire le peuple’’.

Il faut donc aider le peuple a y voir plus clair: cela veut dire l’amener à comprendre que c’est seulement par sa propre lutte, et donc par son organisation, qu’il peut conquérir la démocratie; que c’est à lui et à lui seul que revient cette noble tâche. Il faut que cette vérité s’affirme comme telle dans les esprits, comme une vérité incontournable, et c’est alors seulement qu’elle pourra se mettre en action avec une idée claire de l’objectif, et avec des chances d’aboutir.

Pour en arriver là il faut donc d’abord expliquer, expliquer, argumenter et convaincre. Le temps jusqu’à présent est donc aux explications et à la réflexion. C’est à cela que les démocrates se sont attelés depuis des années, à travers leurs diverses documents et publications, et c’est pourquoi les démocrates sont les seuls à avoir de telles préoccupations, à associer la réflexion, la discussion l’étude à l’action: ils veulent éveiller la conscience du peuple, ils veulent que le peuple agisse en toute connaissance des causes, et non comme simple instrument pour des individus désireux de se servir de lui comme simple moyen de pression, comme le dit un Agboyibo, comme un marchepied pour accéder au pouvoir néocolonial.

Incontestablement, les illusions répandues à propos de la CEDEAO et de la fameuse «communauté internationale», en général constituent autant de freins qui entravent cette prise de conscience, mais cela ne saurait constituer un motif de découragement. C’est pourquoi «La démocratie par le clavier» a nécessairement une grande importance à un moment donné de la lutte, notamment à ce moment, et que les remarques désobligeantes de ce genre ne nous ont jamais démontés.

Nous en sommes même fiers ! En tout cas «la démocratie par le clavier» comme ils disent, n’a aucun rapport avec la démocratie par les urnes ! Il faut aussi que le peuple puisse confronter nos explications à sa propre expérience et vérifie ainsi leur justesse. Tout cela prend du temps, et demande de la patience. Seulement, quand le peuple se mettra en marche cette fois, ce sera avec la certitude qu’il ne se contentera plus de tourner en rond, qu’il ne tombera pas dans un trou, mais que ce sera pour aller droit au but, pour arracher lui-même ce trésor, c’est-à-dire conquérir par lui-même la liberté et la démocratie, sans en laisser le soin à personne d’autre.

Concrètement, la tâche des démocrates sera cette fois d’accompagner ce mouvement de marche du peuple, de l’éclairer, de lui signaler éventuellement des embûches, de veiller à ce que tout se passe dans les meilleures conditions. Certains de ces démocrates pourront à cette occasion faire montre de leur qualités, de leur savoir faire particuliers et seront reconnus alors comme, des dirigeants. Ce ne seront pas des leaders autoproclamés; ce seront des hommes et des femmes qui auront apporté la preuve, au cours de cette marche (de cette lutte), qu’ils sont utiles, qu’ils le méritent et qu’ils œuvrent à créer les meilleures conditions pour la marche (pour la lutte) et non pas pour aller conquérir le trésor, pour aller chercher la démocratie à la place du peuple: ce sera l’œuvre de tout le peuple.

Bruxelles, le 5 octobre 2018

Le Togo En Lutte 

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

Des questions et réponses pour mieux comprendre la lutte du peuple togolais. "Deuxième partie: Que Faire ?". Suite et fin


[1] Front des Associations pour le Renouveau crée en mars 1991 par les partisans de la démocratie par la conciliation et la négociation.

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