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Il y a onze ans, Etienne Eyadema Gnassingbe, le plus grand criminel de l'ère néocoloniale mourrait tranquillement dans son lit.

tyran-EyademaLe texte que nous republions ci-dessous avait été publié en février 2005 par L'EXILÉ, l'une des composantes de notre plateforme TOGO EN LUTTE. Nous le republions pour dénoncer pour la énième fois les immondes crimes de sang et économique commis par Etienne Eyadema contre notre peuple. Qu'on se le tienne pour dit: en dépit des perfides manœuvres des faux démocrates pour repeindre en rose la dictature barbare du clan Eyadema; les odieux crimes de son régime et celui de son dauphin fils ne resteront pas impunis.

Etienne Eyadema Gnassingbe mourrait le samedi 5 février 2005. Un règne sanglant d’un dictateur sans foi ni loi venait ainsi de prendre fin. Nous ne le regretterons pas.

La vie de Etienne Eyadema Gnassingbe depuis son âge d’homme fut entièrement consacrée au service de l’impérialisme français, contre les peuples togolais et du monde. En 1963, quand l’impérialisme français voulut se débarrasser de Sylvanus Olympio, le chef du gouvernement nationaliste togolais, on retrouva Eyadema pour assumer le rôle d’assassin dans le coup d’état militaire du 13 janvier, le premier cas d’assassinat de chef d’Etat jamais perpétré en Afrique. Ayant réussi à éliminer ses rivaux, Bodjollé, Djafalo, Dadjo, Tchango, Kongo, Assila puis levé l’obstacle que constituait Nicola Grunitzky. Il avait dirigé le pays à partir de 1967 avec un gant de fer.

 

Le gouvernement d’Eyadema fut un gouvernement de terreur et de régression économique et sociale. Le peuple fut soumis à l’embrigadement forcé dans le parti du pouvoir, le RPT et dans ses officines; les arrestations et détentions arbitraires, les tortures pour simple délit d’opinion, les assassinats à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières devinrent une pratique courante. Qui ne se souvient des camps de concentration comme celui d’Agombio à Kazaboua, le camp de Otadi ? Qui ne se souvient des massacres de 25 janvier 1993 ? Pendant ce temps, la situation économique et sociale n’a cessé d’empirer, conséquence d’une politique de soumission aux grands prédateurs internationaux (FMI, Banque mondiale notamment) au pillage de nos ressources, à la gabegie. Le pays croule sous des dettes, le chômage va croissant; la santé, l’enseignement connaissent une dégradation sans précédent.

Les méfaits de ce tyran ne se limitent pas à notre pays.

C’est en tant que soldat de l’armée coloniale française qu’il a commencé sa carrière, et qu’il a fait ses premières armes dans la répression sanglante des peuples indochinois et algériens en lutte pour leur émancipation. Du Tchad au Congo (ex-Zaïre), du Burkina Faso en Côte d’Ivoire, il n’a jamais cessé de s’ingérer dans les affaires des autres pays, pour y défendre les intérêts de l’impérialisme français.

Compte tenu de la situation noire dans laquelle l’autocrate Etienne Eyadema G. a plongé notre pays, il est seulement regrettable qu’il soit mort dans son lit… Il aurait mérité non seulement d’être chassé du pouvoir comme un malpropre, mais traduit en jugement, sommé de rendre compte de sa gestion.

Si cela ne fut pas possible c’est d’abord parce qu’il a toujours disposé de l’appui constant et indéfectible de l’impérialisme français, ce que traduit bien la déclaration du président Jacques Chirac, qui a salué «la perte d’un ami de la France». C’est aussi parce que la politique de conciliations et de tractations au sommet pratiquée depuis mars 1991 jusqu’aujourd’hui par les faux démocrates de l’opposition, sous la supervision de l’impérialisme (Conférence nationale souveraine, Colmar, Ouaga, Accord-cadre de Lomé..), en freinant l’élan et la lutte populaire, seul facteur décisif pour le changement démocratique. Cette politique a toujours permis au pouvoir chancelant de refaire ses forces.

Le dictateur est mort, mais la dictature demeure.

En effet, comme nous n’avons jamais cessé de le souligner, le pouvoir autocratique ne se réduit pas à la seule personne de l’individu Eyadema; c’est un système regroupant des hommes et des femmes unis par des intérêts communs tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de notre pays. L’appareil de répression est toujours en place et la manière dont la «transition» a été organisée vérifie amplement cette assertion et montre une fois de plus la réalité du pouvoir : n’hésitant pas à tordre le coup à sa propre constitution, même «toilettée», «dépoussiérée», c’est l’armée, le pilier de la dictature qui intronise le successeur en la personne de Faure Gnassingbe.

Ce choix arrange aussi bien la France que les Etats Unis.

En effet, la main de la France qui encadre cette armée n’y est pas étrangère : face à la situation dans la sous-région, notamment en Côte d’Ivoire, l’impérialisme français a plus que jamais besoin du Togo comme base arrière et sans Eyadema Gnassingbe, un autre Gnassingbe lui paraît être une garantie de stabilité pour ses intérêts. Mais Faure Gnassingbe est aussi connu comme un ami de Bush, de Condolezza Rice et un proche du Parti Républicain.

Seule une lutte populaire peut balayer la dictature

Cette «transition» n’est rien d’autre qu’un scénario à la haïtienne qui nous a donc été organisé. On se rappelle qu’à la mort de François Duvalier (Papa Doc.) 1971, pour maintenir la continuité du régime l’état-major de l’armée haïtienne appuyée par les «Toton Macoutes» avait appelé son fils Jean-Claude Duvalier (Bébé Doc.) au pouvoir. Cela n’avait pas empêché le peuple haïtien et les organisations démocratiques d’Haïti de continuer le travail de mobilisation et d’organisation pour renverser 15 ans plus tard le pouvoir des Duvalier.

La mort du despote Eyadema n’est pas une raison pour se croiser le bras, au contraire c’est l’occasion de poursuivre le travail d’organisation et de mobilisation pour en finir une fois pour toutes avec la dictature et l’oppression.

Bruxelles, le 5 février 2016

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

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