Togoenlutte

flickr facebook twitter digg stumbleupon feed

Jean-Pierre FABRE et CAP-2015: Un faire valoir pour FAURE Gnassingbé. ( Première partie )

FAURE-FABRE2Sur la mascarade électorale d'avril 2015 

 

La nouvelle  mascarade électorale  vient donc de s'achever. Comme prévu, l'apprenti dictateur Faure GNASSINGBE  a été proclamé vainqueur. Tous les principaux protagonistes de cette farce ont   affiché leur satisfaction: le clan le RPT/UNIR, bien sûr, mais aussi l'UFC, le parti allié,  qui  dans un communiqué a salué  «un  processus électoral  apaisé», remerciant  au passage «l'ensemble de la communauté internationale notamment l'ONU, l'UA, l'OIF, l'UE». Quant à la  fameuse «communauté internationale», elle  n'a pas été en reste, parlant de progrès de la démocratie, allant jusqu'à  désigner notre pays comme un futur modèle en la matière.

Dans ce concert d'unanimisme,  Jean-Pierre FABRE et ses affidés de CAP 2015, se distinguent par  quelques gesticulations; Tandis que lui-même tente de nous refaire le coup de  Bob AKITTANI,  ses affidés s'efforcent de justifier leur participation à ce  scrutin, avec des arguments qui ne trompent personne, mais qui  sont une véritable insulte à l'intelligence du peuple togolais. Ils expliquent, le plus tranquillement du monde,  que  c'est cette participation  qui leur a permis de révéler l'ampleur de la fraude! Rien que cela !  Comme si le peuple togolais avait encore besoin d'une preuve de plus ! Comme si les Togolais étaient des imbéciles !   Rien que du déjà vu en somme. Dans cette situation, l'indignation que doivent  légitimement éprouver les démocrates et les honnêtes gens, ne suffit pas. Il faut aller au-delà de la mascarade, mettre à jour  sa  signification  politique réelle, c'est-à-dire: les intérêts qu'elle concerne, ses tenants et aboutissants,  le rôle des différents protagonistes. C'est de cette manière que nous pourrons trouver  les  meilleures réponses  aux interrogations sur le sens de notre lutte.

Un scénario «à l'ivoirienne».

Un événement  qui mérite d'être relevé, et  apprécié à sa juste mesure, c'est le  voyage entrepris chez nous par les présidents ghanéen et ivoirien John DAHMANI et Alassane OUATTARA, trois jours après le scrutin. Officiellement c'était pour accompagner le processus  électoral  et s'assurer que tout se déroule dans un climat  apaisé et sans  risque de crise  postélectorale. Mais ce genre  d'explication peut justifier  à la rigueur la présence du  président ghanéen qui est  aussi le  président en exercice  de la CEDEAO,  mais il n'en est pas de même pour ce qui concerne OUATTARA, qui n'est  plus à la tête de cet organisme.  La vraie raison de sa présence, c'est qu'il a une expérience à partager en matière de coup de force électoral, puisque c'est de cette manière  qu'il  est lui-même devenu président de la République de Côte d'Ivoire. 

Rappelons brièvement les faits. Cela en vaut la peine tant sont grandes les similitudes.

En Côte d'Ivoire l'élection présidentielle se fait à deux tours.  A l'issue du premier tour, les deux candidats élus et appelés à se présenter au second  tour   sont Laurent GBAGBO, le président sortant et Alassane OUATTARA. Ce second tour  a lieu le  28 novembre 2010. Entre temps, le 3 octobre s'est produit un fait  sur lequel on a rapidement étendu un voile de silence  et qui  mérite d'être rappelé: Konan BEDIE, qui à l'issue du premier tour, venait officiellement en troisième position, fait une déclaration  tonitruante en plein congrès du PDCI; il affirme ouvertement  qu'on l'a spolié de 600. 000 voix et qu'il en a informé la CEI, le Conseil constitutionnel, l'ONUCI et diverses  chancelleries. On imagine ce qui se serait passé si une suite sérieuse avait été donnée à sa déclaration, et qu'une vérification lui avait donné raison: OUATTARA  serait passé au  troisième rang et donc éliminé pour le second tour !  Mais fort opportunément,  BEDIE a «oublié» ses revendications, et OUATTARA est officiellement resté en deuxième position, ce qui lui a permis de se porter candidat pour le  second  tour  contre GBAGBO.

Dans ce pays, c'est  la CEI (Commission électorale indépendante) qui, à l'instar de  la CENI  de chez nous; supervise l'organisation des élections, le dépouillement du scrutin, la collecte des résultats qu'elle transmet au Conseil  constitutionnel à qui il revient de vérifier, de valider et de  proclamer le résultat officiel et définitif.  Mais le 2 décembre 2010, alors que ce travail de vérification n'était pas encore achevé; voilà que   Youssouf BAKAYOKO  le président de la CEI  fait une déclaration publique et proclame  OUATTARA  vainqueur du scrutin. Et ce de son propre chef, sans aucune concertation, sans accord préalable  avec les autres membres de la CEI, qui  d'ailleurs cherchaient en vain  à le joindre. Cette déclaration,  BOKAYOKO  ne s'est même pas donné la peine de la faire depuis  le siège de la CEI ni même  en terrain  «neutre»,  il l'a faite  depuis  l'Hôtel Ivoire où  se trouvait  l'état major de campagne de OUATTARA ! Et qui plus est, encadré par les ambassadeurs des États-Unis et de la France ! Par la présence de leurs diplomates, ces grandes puissances impérialistes apportaient ainsi leur appui et  leur caution  à cette initiative. La presse  internationale  était  présente elle aussi, et ce  n'était certainement pas un hasard: elle s'est empressée de répandre  la nouvelle  de par  le monde. Ainsi, tout été fait sur le plan politique et médiatique,  pour légitimer ce qui n'était rien d'autre qu'un coup de force électoral  une violation de la légalité, pour délégitimer et discréditer le Conseil constitutionnel  et faire passer ses rappels à la loi, pour un refus de GBAGBO d'accepter le verdict des urnes. Ce qui justifiait par avance le coup de force militaire qui a suivi le coup de force électoral. C'est incontestablement cette expérience en matière de  coup de force électoral que OUATTARA est venu partager avec le régime togolais. Il suffit de voir ce qui s'est passé chez-nous le 28 avril et,  la manière dont   Taffa TABIOU, le président  de la CENI  est allé proclamer FAURE vainqueur, sans aucune concertation avec  la CENI  alors  que le vice président était bloqué par la gendarmerie et empêché de s'exprimer: la similitude  avec le scénario ivoirienne de 2010 est frappante.  C'est donc  à juste titre  que nous avons parlé de «scénario à l'ivoirienne».

Jean-Pierre FABRE et CAP-2015: Un faire valoir pour FAURE Gnassingbé.

Il est vrai qu'en Côte d'Ivoire  le  coup de force électoral a été suivi d'un sanglant coup de force militaire,  et que  cela n'a pas été le cas chez nous.  Il y a une explication  à cela. En Côte d'Ivoire, le candidat GBAGBO n'entendait  pas  se laisser faire face  à ceux qui tenaient à le déloger à tout prix: ces derniers ont donc fini par recourir à la force sous  le couvert de l'ONU  et de la fameuse «communauté internationale». Chez-nous, il apparaît que  les motivations de  Jean-Pierre FABRE étaient ailleurs.

En effet,  il est clair que si le chef de file de CAP 2015,  s'est porté candidat, c'est  parce  que   face à  FAURE  la candidature d'un leader en vue comme lui était censée donner quelque crédibilité à ce qui n'était qu'une  mascarade. Il  s'est donc  laissé persuader, on ne sait que trop comment, mais la manière dont lui  et ses acolytes ont opéré ce virage à 180 degrés auquel nous avons assisté, les arguments bidon: auxquels ils ont  eu recours pour tenter de se justifier, montrent bien que les moyens de persuasion ont été particulièrement persuasifs et conséquents.  C'est ainsi que  les mêmes qui, pendant des semaines et des mois, n'avaient cessé de réclamer des réformes constitutionnelles et institutionnelles, et  qui organisaient des  manifestations de  rue  aux cris de PAS DE REFORMES, PAS D'ELECTION, se sont mis  tout d'un coup à raconter  avec un aplomb incroyable,  qu'ils n'ont jamais rien dit de tel, et qu'ils ont seulement voulu expliquer que «l'élection présidentielle n'aura pas de sens sans les réformes» ! Mais alors pourquoi participer à cette élection qui  «n'a pas de sens»,  puisque  justement  les fameuses réformes n'ont pas eu lieu ?  Pourquoi, alors que même la Commission épiscopale Justice et Paix, se fondant notamment sur l'expérience de l'élection présidentielle de 2010,  a décidé  de ne pas envoyer des observateurs sur le terrain, contrairement à son habitude ?  

Face aux réserves qui venaient de toutes parts,  ils sortent une justification invraisemblable: ne pas aller aux élections  ce serait «offrir un boulevard» à FAURE. Argument bien connu que la réalité a toujours démenti: la participation de l'opposition dite démocratique aux élections n'a jamais empêché le pouvoir de s'offrir «un boulevard», et d'atteindre ses objectifs.  Mais le comble, c'est  qu'une fois FAURE proclamé vainqueur, les voilà qui viennent répéter en chœur, comme une leçon bien  apprise, qu'ils ont été volés, et que leur participation a néanmoins  permis de mettre à nu le régime RPT/UNIR et ses méthodes, et de démontrer l'ampleur de la fraude dont le régime est capable. Comme si tout cela n'était pas déjà connu !  De fausses justifications, des arguments bidons pour tenter de dissimuler la vraie réalité, à savoir que tout était plié d'avance, et que  Jean-Pierre FABRE, n'était là que pour servir de  faire valoir à FAURE.

Mais on peut se demander  pourquoi, dans ces conditions le recours à ce hold-up de TABIOU, et, à cette  action «à l'ivoirienne». ?  En  fait ce coup de force visait à impressionner  ceux qui, à la base de CAP 2015, ont une fois de plus pris au mot les discours de leurs leaders et ont commencé à croire à la victoire ! De trop longues querelles autour du dépouillement pouvaient  accroître les tensions dans ce milieu, et dans ce cas, des manifestations de rue étaient à craindre. Il fallait donc  couper court à tout cela, pour pouvoir parler «d'élections apaisée» et c'est la vraie raison de cette opération. D'ailleurs la réaction de Jean-Pierre FABRE, et notamment sa décision de ne pas saisir la Cour constitutionnelle, est fort significative: officiellement c'est, dit-il  parce que cet organisme est entre les mains du pouvoir. En fait, la vraie raison, c'est que Jean-Pierre FABRE était lui aussi partisan d'une «élection apaisée», et  voulait  de son côté calmer  le jeu, et c'est ce qui s'est passé. Voilà pourquoi nous avons connu au Togo une issue différente.

Mais cette différence avec la Côte d'Ivoire n'est pas si grande qu'on le croit. Chez-nous  les dispositions d'ordre militaire et policier prises  par le pouvoir à la veille du scrutin montrent bien qu'il était  prêt  à frapper, à user de la  force la plus brutale en cas de besoin. Il n'en faisait d'ailleurs pas mystère, à en croire la déclaration menaçante et pleine  de morgue du ministre  Gilbert BAWARA, le 23 mars 2015:   «Si jamais un d'entre eux pose un acte qui est de nature à créer l'insécurité, qui est de nature à créer  la violence, vous pouvez être certains, nous allons le placer à l'endroit où il va avoir le temps pour réfléchir. Nous les suivons de près; celui d'entre eux qui franchira la borne entre liberté d'opinion et de l'autre côté l'ordre public, nous allons l'aider à mieux réfléchir en le laissant là où il y a un peu plus de calme et de tranquillité...».

Pour pousser plus loin la comparaison, nous rappelons  qu'actuellement en  Côte d'Ivoire un homme politique se  prépare à jouer le même rôle que celui que  Jean-Pierre FABRE vient de jouer chez nous, c'est-à-dire à  servir de faire valoir à OUATTARA, à l'occasion de la prochaine  élection présidentielle prévue pour le mois d'octobre prochain: il s'appelle  Pascal AFFI NGUESSAN.

Pascal AFFI NGUESSAN c'est celui qui  avait  succédé à Laurent GBAGBO à  la tête du FPI. Alors que  le parti avait  décidé de ne pas participer aux divers institutions et de boycotter les diverses élections tant que GBAGBO est retenu prisonnier, lui décide de se présenter.  Des sommes importantes lui ont été allouées; (on parle de 400 millions CFA) au titre du financement des partis politiques, alors que son parti n'est pas représenté au parlement. Tout est donc réuni pour  que  OUATTARA  puisse déclarer en octobre prochain, qu'il a été élu à l'issue d'un scrutin où tous les partis politiques  même le FPI ont  pu  présenter leur candidat. Et certainement avec la bénédiction de la fameuse «communauté internationale» et des grandes puissances occidentales.

Cette  recherche de points communs avec le cas  ivoirien  est  fort utile  à  plus d'un titre:  elle nous permet de  comprendre que cette élection présidentielle truquée n'a pas seulement pour but la simple  reconduction de l'apprenti dictateur, mais  que derrière la mascarade électorale, c'est la consécration de  l'alliance entre les bourgeoisies au pouvoir dans la sous région  au Togo, au Ghana, en Côte d'Ivoire; que cette alliance bénéficie de la caution et de l'appui des grandes puissances impérialistes occidentales (France, Allemagne, États-Unis...) comme en témoignent l'unanimité avec laquelle leurs représentants ont salué  le résultat du scrutin  et leur manière cynique de parler d'un prétendu «modèle» togolais en matière de «démocratie»; que la participation du clan OLYMPIO  à cette alliance est plus  évidente que jamais.

            Il apparaît ainsi clairement, une fois de plus, que la liberté et la démocratie réelle sont indissociables de la libération nationale; que  la lutte pour la  liberté et la démocratie implique  nécessairement la lutte pour  nous affranchir du régime d'oppression, mais aussi de l'emprise des puissances impérialistes étrangères. Par ailleurs nous voyons à cette occasion  à quel  point  les bourgeoisies néocoloniales de nos pays sont  capables de se  donner la main contre  nos peuples. Cela  nous éclaire, sur  la nécessité pour les démocrates et les peuples  de nos pays de s'épauler mutuellement,  et donc sur la nécessité pour nous d'affirmer notre solidarité  avec les citoyens de Côte d'Ivoire  qui ont dû s'exiler dans notre pays, et auxquels le pouvoir de l'apprenti dictateur  ne cesse de faire des misères. Leur situation nous interpelle d'autant plus que nous  résidons nous-mêmes en terre étrangère.  Cette démarche nous offre  aussi l'occasion d'avoir la confirmation,  que  notre situation, loin d'être un  cas à part, se rencontre dans d'autres pays, et que par conséquent  on peut en apprendre  beaucoup en portant  nos  regards au-delà de nos frontières, pour partager des  expériences avec les autres peuples. C'est l'un des points essentiels qui  séparent les démocrates que nous sommes, de tous ceux qui se disent membres de l'opposition.   A suivre deuxième partie !

 

 

 

 

Les derniers articles

Contact