Encore une fois sur la situation nationale

 

gilchrist-FaureNos récentes prises de position sur la crise de l’UFC, sur le FRAC et ses principaux animateurs, ont suscité  de nombreuses réactions chez nos compatriotes. De nombreux  commentaires sont allés dans notre sens pour des raisons diverses. Mais nous avons également eu droit à des critiques, et nous nous y attendions.  Deux  séries de   critiques  ont particulièrement retenu notre attention: d’une part celles qui nous reprochent d’être une organisation à l’étranger et de ce fait,  de  méconnaître la réalité nationale: d’autre part, celles qui nous accusent de faire le  jeu de Gilchrist Olympio, et même pour  certains, d’être des agents à sa solde de ce dernier, chargés d’attaquer le FRAC. Ces diverses accusations  appellent une mise au point de notre part, et nous n’allons nous y dérober. Ce sera aussi pour nous l’occasion d’apporter une  fois de plus, des éclaircissements sur la lutte pour la démocratie. Auparavant, nous nous permettrons juste une petite réflexion à propos des remarques d’ Agbeyomé et de son «mépris» à notre égard. Nous dirons tout simplement qu’un compliment de la part d’un individu comme lui nous aurait plutôt vexés, et que le peuple saura lui réclamer tôt ou tard les milliards qu’il lui a volés, et  qu’il lui demandera des comptes sur les milices qu’il entretenait. Tout le monde n’a pas oublié l’époque où il recrutait des nervis pour venir tabasser des opposants à l’étranger. 

Il est évident que ceux qui nous font le reproche d’être loin du terrain  et d’ignorer nos réalités sont des gens qui se sont bouchés les yeux  pour ne rien voir. Sinon, ils s’interrogeraient sur ce  qu’on fait jusqu’à présent ces leaders qui se targuent d’être sur le terrain au cœur de nos réalités nationales. Et ils verraient que ces leaders  n’ont  juste réussi qu’à laisser le tyran Eyadéma mourir dans son lit et en s’assurant une succession  dynastique. En 2005, ces leaders  étaient bien sur le terrain, mais ils étaient incapables de prévoir que l’élection présidentielle serait une simple mascarade. Ils sont toujours sur le terrain et pourtant ils ont  fait preuve du même aveuglement  pour les législatives d’octobre 2007, et tout récemment encore pour l’élection présidentielle du 4 mars dernier, contrairement à nous qui sommes à l’étranger. A chaque fois nous avons émis des mises en garde, et nos diverses publications en attestent abondamment. Bref,  Il ne suffit pas d’être sur le terrain pour voir clair. C’est une question de ligne politique. Ce n’est pas tout.

Ceux qui nous font ces reproches sont les mêmes qui parlent  et se préoccupent de l’organisation et de la  mobilisation  de la diaspora togolaise. Ils savent donc se tourner vers les Togolais de l’étranger et reconnaître leur importance quand il le faut. Ils souhaitent que ces Togolais de l’étranger les soutiennent. Nous sommes bien conscients pour notre part, que ce n’est pas de l’étranger que peuvent s’opérer les changements démocratiques auxquels nous aspirons, que notre rôle est d’apporter notre soutien à ceux qui luttent effectivement sur le terrain. Mais nous voulons soutenir  en toute connaissance de cause, pas n’importe qui ni n’importe comment;  nous voulons rompre avec l’ère Eyadéma,  avec la pratique des soutiens inconditionnels, moutonniers, qui jusqu’à présent, n’ont conduit que  dans l’impasse. Nous pouvons évoquer à ce sujet, l’amère expérience de nombreux  compatriotes. En effet depuis 1990 les leaders de l’opposition dite démocratique défilent  en Europe pour solliciter le soutien des Togolais et  de  nombreux compatriotes n’ont pas hésité à sacrifier  leur temps et parfois leur fortune en  leur faveur. Mais  par  la suite, ces compatriotes ont eu la désagréable surprise de voir  ces leaders entrer au gouvernement. On imagine leur déception  à l’heure actuelle. Va-t-on continuer éternellement ce même scénario ? Non !

Nous avons compris pour ce qui nous concerne, que pour  soutenir à bon escient,  il faut analyser, comprendre, expliquer.  Notre participation au débat politique  national pour donner notre point de vue est donc hautement légitime; c’est non seulement un droit ; c’est un devoir et nous nous continuerons à faire notre devoir. Ils doivent donc se le tenir pour dit, ceux qui utilisent contre nous l’argument de notre éloignement du terrain. Et à ceux qui nous reprochent de faire la politique du clavier,  nous répondrons simplement que la parole et les écrits sont aussi des actes, que le débat politique  fait partie de la lutte. Il y a aussi  ceux qui nous accusent de faire le jeu de Gilchrist Olympio, et même d’avoir été  payés par lui pour attaquer le FRAC.  De telles accusations ne peuvent venir que de gens qui n’ont pas lu  notre document, ou qui l’ont mal lu, car s’ils l’avaient bien lu, ils verraient sans peine qu’à aucun moment nous n’avons pris la défense de Gilchrist. Olympio, que les termes de leaders charismatique de l’ «opposition historique», d’«opposition radical », nous sont étrangers. Plus sérieusement, ces accusations confirment  à quel point le système  Eyadéma a  pourri les mœurs politiques et continuent d’exercer  son  influence néfaste  sur  bon nombre de nos compatriotes, et sur leur manière de penser.

 En  effet,  Eyadéma avait érigé la  corruption à un degré inouïe: les marches de soutien  que l’on organisait, les  motions que l’on lisait c’était pour  de l’argent;  nous n’oublions pas les enveloppes distribuées lors des  visites de l’autocrate en Europe. La pratique de la corruption  est devenue à tel point une habitude,  que de nombreux compatriotes, y compris ceux qui se réclament de l’opposition, n’arrivent pas à se faire à l’idée  que l’on puisse émettre ou défendre  sincèrement un point de vue donné  et s’imaginent que  les positions politiques se monnaient nécessairement. Voilà où nous en sommes.

Par ailleurs, il est de fait que sur le plan politique, la grande majorité de la population, n’a connu jusqu’à présent que le système  du «Président fondateur». Ce système a été instauré par le RPT  qui, pendant des décennies,  avait réduit toute la vie politique à des séances de chants et de danses ponctuées de slogans obligatoires et mystificateurs célébrant le dictateur. Mais ce système a été repris par les partis de l’opposition dite démocratique, dont on voit bien que  les slogans en moins, ils ne sont que des  répliques du RPT. L’UFC a cet égard est un exemple significatif, et la crise qu’elle vit  actuellement en est en partie la conséquence. Suivant cette conception  que partagent aussi bien, le RPT que les  partis de l’opposition dite démocratique comme l’UFC, mais aussi comme  OBUTS et SURSAUT, c’est le parti qui est au service du dirigeant, et non l’inverse comme il se doit dans un parti démocratique.

 Cette situation a pour conséquence de stériliser  les débats politiques  et de les réduire le plus souvent  à des querelles entre partisans de tels ou tels leaders et à des rapprochements simplistes. Concrètement chez nous, on n’a pas appris à juger de manière objective  la valeur d’une position politique donnée pour  expliquer en quoi elle peut être juste ou erronée, mais seulement à la rapporter à tel ou tel leader.  C’est ainsi que  bon nombre de grands problèmes qui se posent à nous et qui sont importants pour l’avenir de notre démocratie, sont purement et simplement écartés sans examen sérieux.  
 
Un exemple ? Dès la fin de 1990, au plus fort du soulèvement populaire, des citoyens, des démocrates d’alors, avaient émis des doutes sur l’opportunité de la tenue immédiate d’une «conférence nationale souveraine» comme le prônaient les leaders politiques. Ils estimaient qu’une conférence  risquait d’offrir au dictateur un répit pour  refaire ses forces momentanément affaiblies par le mouvement populaire et pour retourner la  situation en sa faveur. Ils suggéraient donc qu’il valait mieux profiter d’abord de l’occasion pour pousser le mouvement jusqu’au bout, jusqu’à la  démission de l’autocrate, conformément au souhait manifeste du  peuple. Le résultat ? On  n’a  même pas pris la peine d’examiner leurs arguments pour dire en quoi ils peuvent être erronés. On a simplement écarté leur point de vue en les accusant  d’être des agents d’Eyadéma, avec ce raisonnement d’un simplisme éclatant: du moment qu’Eyadéma  est contre la tenue d’une conférence nationale, ceux qui s’interrogent sur l’opportunité d’une telle assise sont nécessairement ses agents. On connaît la suite. C’est à ce genre de rapprochement simpliste que nous assistons encore  aujourd’hui, avec ceux qui nous reprochent d’être à la solde de G. Olympio. Mais il suffit de nous lire pour voir sans peine que nous n’avons rien à voir avec G. Olympio, ni avec J.P. Fabre, ni avec toute l’opposition dite démocratique d’ailleurs.

En effet ceux qui  prennent la peine de nous lire ne peuvent manquer de remarquer d’emblée la méfiance avec laquelle nous considérons déjà  cette notion même  «d’opposition»  qui nous paraît fort  ambiguë et  dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas. En effet, ce terme permet de regrouper tous ceux qui  prétendent s’opposer au  gouvernement en place, mais  sans  se donner la peine d’examiner leur motivation réelle. Ainsi, comme nous le confirme l’expérience de tous les jours, l’opposition n’est qu’un rassemblement  hétéroclite et sans principe,  où l’on retrouve   pêle-mêle: des gens tels un Edem Kodjo, qui ont œuvré à la mise en place du  système RPT, d’autres tels un Agbeyomé, qui ont encore les mains rouges  du sang du peuple togolais; ou d’autres encore, tels Agboyibo, qui  peuvent se  permettre de se déclarer disposés à servir les intérêts de la France alors que nous savons bien que , la France par son soutien constant à la dictature  est justement un obstacle à notre démocratie. Nous n’oublierons pas Koffi Yamgnane  qui se targue d’avoir été ministre en France. On peut même  se permettre une opposition à temps partiel en quelque sorte, en s’offrant de temps, en temps quelques  séjours au gouvernement, le temps d’aller «bouffer» un peu. Bref, ce que tout un chacun peut constater, c’est qu’être membre de l’opposition ne signifie pas  nécessairement être pour la  démocratie. C’est pourquoi nous préférons nous  donner le nom de démocrates. C’est une qualification sans équivoque. Elle  signifie, que ce qui nous réunit, c’est d’abord  le partage d’objectifs et de principes démocratiques  bien  définis et qu’on peut résumer ainsi : 

 c’est la lutte pour la démocratie, qui fera émerger au sein du peuple ses vrais dirigeants. Nous sommes contre les dirigeants autoproclamés et dans la pratique, nous nous appliquons à nous-mêmes ce principe: nos documents ne portent que la signature de notre organisation, car ce qui nous importe de faire connaître en premier lieu ce sont nos positions politiques  et non la valeur de telle ou telle personnalité.  Bien entendu, en tant que démocrates, nous pouvons d’ores déjà avancer des critères qui  devront nécessairement  remplir les futurs dirigeants: nous estimons que la démocratie ne peut pas admettre comme  dirigeants ceux qui ont servi la dictature RPTiste à des postes de responsabilité élevés: en effet, à ce niveau, ils ont nécessairement agi en toute conscience et ils ont largement profité du système; il doivent plutôt rendre compte et  c’est la simple application du principe de la lutte contre l’impunité; de même elle ne saurait accepter à la direction du pays, ceux qui ont servi dans les gouvernement des  puissances étrangères qui interviennent dans notre pays et qui élèvent des obstacles à notre processus démocratique. Nous pensons notamment à la France. Il faut être dépourvu de tout sens patriotique pour ne pas comprendre cela. Même dans le football, on connaît la règle qui dit qu’une fois qu’on a été sélectionné dans une équipe nationale on ne peut plus se faire sélectionner dans une autre. Le gouvernement, c’est l’équivalent en politique d’une équipe nationale.

 Tenant  compte de notre situation à l’extérieur de notre pays, nousv nous sommes fixé comme but  d’apporter notre soutien à toute organisation qui défendrait sur le sol national  les mêmes objectifs et les mêmes principes que nous. On voit bien que nous sommes loin des partis de l’opposition dite démocratique. Pour nous,  la crise que connaît  l’UFC, ce n’est qu’une  querelle de deux crocodiles (sinon de plusieurs crocodiles)  dans un marigot. En effet, il n’y a  pas de divergence de ligne et  de principe entre  Fabre et Gilchrist Olympio; l’UFC et Fabre participent déjà au pouvoir, en tant que membres du pouvoir législatif depuis 2007 et  l’entrée au gouvernement n’est qu’un pas de plus dans leur intégration au pouvoir.. D’ailleurs Fabre n’a montré aucune réserve en 2006 quand il était question de nommer un premier ministre UFC. De toute façon, à partir du moment où l’on  s’est assis à la table de négociation avec la dictature,  et qu’on l’a ainsi légitimée, comme l’opposition l’a fait depuis mars 1991,  le reste n’est plus qu’une question de temps. L’UFC a  simplement suivi les pas déjà tracés  par les Edem Kodjo, Agboyibo, Adimado Aduayom, Gnininvi et ce n’est pas une surprise pour nous. Ceux qui se disent  choqués, voire découragés par la démarche de Gilchrist Olympio, ce sont ceux qui nourrissent et entretiennent des illusions à son égard. Cela n’a jamais été notre cas, et nous l’avons toujours dénoncé comme un faux ami du peuple et un faux démocrate. Nous ne sommes  pas non plus dupes des vertus d’intransigeance dont  se parent  actuellement Fabre et ses compères et nous ne serons  pas du tout surpris si nous apprenons un jour qu’il est entré lui aussi au gouvernement.  En réalité nous ne nous intéressons à la situation, que parce que deux éléments  ont retenu notre attention.

D’abord, nous pensons que l’entrée de l’UFC  au gouvernement  a créé une situation politique nouvelle. Certes nous savons que des membres de l’opposition  ont déjà participé au gouvernement RPT et encore tout récemment.  Mais c’étaient de simples bourgeois bureaucratique dépourvus de tout poids réel. Le fait nouveau c’est que l’entrée de l’UFC fait suite à une entente entre Faure et G. Olympio, d’une  entente entre les représentants des plus grosses fortunes du pays, et les plus hauts représentants des puissances impérialistes qui interviennent chez nous.  Cet accord politique a donc une véritable assise financière et  économique: les deux compères vont pouvoir faire des affaires. Nous assistons ainsi  à l’avènement d’un pouvoir oligarchique à la place de l’autocratie. Un régime où un petit groupe se partage le pouvoir et des avantages économiques. C’est pourquoi désormais, dans nos dénonciations nous parlerons du couple Faure/Gilchrist, ou  du pouvoir RPT/UFC.

L’autre sujet qui doit retenir notre attention concerne le FRAC, que l’on veut nous  «vendre» maintenant comme la solution de rechange.  Mais il suffit de voir le parcours politique de ses principaux animateurs et dirigeants pour comprendre de quoi il retourne. Justement l’affaire Letondot nous permet de mesurer le degré d’hypocrisie dont peut faire preuve cette organisation. Tous les citoyens se sont sentis insultés par la manière extrêmement  grossière et arrogante de cet officier  français: ce tutoiement, ces menaces, ce comportement comme en pays conquis ! Cela ne pouvait  qu’indigner et susciter de nombreuses protestations. Parmi ces protestataires il  y a  Kofi Yamgnane. Ce dernier fait part lui aussi de son  indignation et va jusqu’à demander  au gouvernement  français de «rappeler immédiatement» le colonel Letondot. Mais il passe sous silence l’essentiel, c’est-à-dire  la raison de la présence de cet officier dans notre pays: il omet de dénoncer l’accord  de défense  qui lie notre pays depuis juillet 1963 à la France et que Faure Gnassingbé est le premier à signer dans sa nouvelle mouture. Car la France peut bien déplacer son officier et le remplacer par un autre moins «voyant», le problème demeure. Kofi Yamgnane ne s’occupe que de l’accessoire, pas de l’essentiel. Par ailleurs, même un Boko, que certains érigent en sauveur démocrate vient de la même école que Letondot. 

Le FRAC n’est qu’un attrape-nigaud, et nous n’allons pas tomber dans son piège pour ce qui nous concerne.

Mais  cela ne nous empêche pas de protester contre la répression dont sont victimes Fabre et les siens. L’intervention des forces de répression est une atteinte intolérable au droit de réunion auquel nous tenons.  Nous ne sommes pas d’accord avec eux, mais ils ont le droit de s’exprimer et notre devoir est de défendre ce droit. Il nous appartient de le combattre sur le plan politique.



Bruxelles, le 21 août 2010

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

Site web: www.togoenlutte.org

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