LE FRAC, TÊTE DE PONT DE L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS AU TOGO (Première partie)

 

À propos de Kofi Yamgnane

YamgnaneCes derniers temps, nous assistons à un battage médiatique assourdissant autour du FRAC et de certains de ses leaders tels que Kofi Yamgnane et François Boko. En effet, les médias impérialistes ne cessent de nous les présenter comme les dignes représentants d’une authentique «opposition radicale», et les futurs bâtisseurs du Togo. Mais nous autres démocrates, nous avons des règles pour juger des personnalités et des organisations politiques: l’une de ces règles, toute simple, c’est qu’une personnalité se juge par son parcours politique, par la manière dont elle s’est consacré à la lutte pour la démocratie, contre l’oppression de notre peuple, son degré de patriotisme. C’est en appliquant cette règle toute simple que des démocrates ont déjà par le passé dénoncé les Edem Kodjo, Agboyibo et consort comme de faux démocrates. C’est toujours en appliquant cette même règle que d’autres démocrates ont passé au crible les déclarations et pratiques d’Agbéyomé et Péré. À chaque fois, la vie leur a donné raison. Il nous revient à notre tour de nous pencher sur le cas Yamgnane. Quel est son parcours politique? Pourquoi son réveil aussi tardif sur la situation de notre pays? Autant de questions que nous soumettons à la réflexion des compatriotes, auxquelles nous nous efforçons de répondre.

C’est dans les années 1960 que Koffi Yamgnane est allé faire des études d’ingénieur en France. Pendant cette période, le mouvement démocratique organisé dans l’UNETO-JEUNE TOGO, était très vivant et en particulier en France où il était représenté par l’AESTF, l’Association des étudiants et stagiaires togolais en France. L’AESTF était la section française de l’UNETO; mais elle était également la section togolaise de la FEANF (Fédération des étudiants d’Afrique noire en France).

Militer dans ces mouvements n’était pas chose facile sous le pouvoir Eyadéma. Les boursiers risquaient de perdre leur bourse. Certains étudiants partis en vacances au pays se retrouvaient en prison. Ce fut notamment le cas d’Ahianyo (notons en passant que ce dernier a par la suite rallié le pouvoir Eyadema, mais ce n’est pas la question ici) dont l’arrestation, pendant ses vacances, a déclenché un vaste mouvement de protestation dans le monde entier. Mais ce n’est pas le seul cas. C’est ainsi que de nombreux étudiants n’osaient plus retourner au pays une fois terminées leurs études: ils craignaient de subir le même sort que Boukari Kérim, ancien militant de l’UNETO, mort d’épuisement après 7 ans de détention sans jugement. À titre d’exemple, citons le cas d’un Aduayom Adimado (dirigeant de la de la CDPA et maintenant ex ministre de Faure) qui a dû s’exiler pendant plusieurs années au Gabon.

Koffi Yamgnane, pour ce qui le concerne, a tranquillement poursuivi ses études, sans jamais marquer le moindre intérêt pour le mouvement démocratique étudiant. Mais comme il n’a pas été «marqué» politiquement pendant ses études, il ne risquait rien en rentrant au pays une fois les diplômes obtenus, contrairement à d’autres. Mais, lui a choisi de mener sa carrière en France, et il l’a effectivement menée jusqu’à accéder au rang de ministre.

Quand en 1990 le mouvement insurrectionnel a éclaté, de nombreux compatriotes ont choisi de revenir au pays dans l’espoir d’apporter leur contribution. Pas Yamgnane. Certes, il lui arrivait de venir passer les vacances au Togo, mais il ne manquait jamais d’aller rendre visite à Eyadéma. Il a même tenté de justifier ce genre de fréquentation, en prétendant que c’étaient des visites de courtoisie qu’il se devait de rendre en tant que ministre, mais en réalité rien ne l’y obligeait. À supposer même que ce soit le cas, nous pensons que Yamgnane, s’il voulait rendre service à la démocratie, aurait pu justement saisir cette occasion pour marquer sa distance, en refusant ces visites. Mais celui qu’on nous présente comme ayant participé au gouvernement «dans la patrie des droits de l’homme», n’avait rien remarqué des violations flagrantes auxquelles se livrait le pouvoir Eyadema. Il laissait même entendre parfois qu’il était envoyé par Mitterrand auprès du tyran pour lui donner des conseils!

C’est donc seulement après la mort d’Eyadema, que brusquement, Yamgnane «découvre» que notre peuple est victime de l’arbitraire, de la répression et de la corruption, qu’il s’est senti la vocation de remédier à tout cela en se faisant élire président de la République.  Mais pourquoi cet homme, que l’on porte aux nues pour avoir été ministre dans «la patrie des droits d’ l’homme», est-il resté si longtemps aveugle et silencieux sur la situation au Togo? Pourquoi est-ce seulement maintenant, après des années d’indifférence, qu’il se rend compte que notre pays va mal? La réponse à ces questions nous permettra de comprendre sa véritable nature et ce qu’il vise réellement derrière ses professions de foi démocratiques. Pour cela, nous allons nous reporter à ses propres déclarations telles qu’elles ont été reportées dans sa biographie intitulée «Kofi, Histoire d’une intégration» (Éditions Payot) parue en 1991, il a dit beaucoup de choses sur la situation nationale et nous y reviendrons plus en détail à une autre occasion.

Nous nous contenterons pour l’instant de sa position par rapport au coup d’État du 13 janvier 1963. Cela suffira pour à avoir une idée de ses véritables convictions et motivations politiques. Si on se réfère à sa biographie, on constate qu’il fait partie de ceux qui approuvent le coup d’État du 13 janvier 1963. En Effet, il affirme sans ambages qu’il a vu dans ce putsch l’espoir pour les étudiants du Nord de n’être pas privés de bourse d’études, et il apparaît clairement que son opinion n’a pas changé.

Si nous jetons un coup d’œil sur l’histoire de notre pays, nous noterons que sa position rejoint celle de l’UCPN (Union des Chefs et des populations du Nord), le parti régionaliste, anti-patriotique et colonialiste qui a toujours combattu la lutte anticolonialiste au nom des prétendus «intérêts du Nord», et qui a toujours considéré le coup d’État du 13 janvier comme une «délivrance» pour le Nord. C’est surtout une position qui rejoint celle de l’impérialisme français et qui s’en sert pour masquer le véritable motif du putsch de 1963: à savoir empêcher S. Olympio de faire basculer le Togo du côté des «Anlgo-Saxons», c’est-à-dire l’Allemagne et des États-Unis.

Yamgnane, ne se situe donc pas dans la courant anti-colonialiste togolais avec les milliers des Togolais qui ont courageusement combattu le colonialisme français ensemble avec les Togolais du Sud; Yamgnane, ce n’est pas Namoro Karamoko, ce n’est pas Boukari Kerim, ce n’est pas Djobo Boukari, ce ne sont pas les martyrs de Pya; il se situe dans le courant régionaliste et procolonialiste de l’UCPN. C’est d’ailleurs dans cette logique procolonialistes que lui et ses partisans se réfèrent à des personnalités tels que Houphouët-Boigny et Senghor.

Effectivement Houphouët-Boigny et Senghor, avant d’être portés à la tête de leur pays, ont été ministres en France. Seulement on ne nous dit pas quels bénéfices les peuples ivoiriens, sénégalais et africains ont tiré de leur passage dans des gouvernements français. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’ils n’ont pu accéder à ces postes ministériels parce que c’étaient des valets de confiance pour le colonialisme français. Par la suite, ils sont d’ailleurs illustrés comme des piliers de la Françafrique, au service des intérêts de l’impérialisme français en Afrique et dans le monde. Ainsi, nous n’ignorons pas le rôle joué par Houphouët-Boigny dans la guerre du Biafra, suscitée par l’impérialisme français dans le but de faire éclater le Nigeria; nous savons qu’il est également mêlé à l’assassinat de Thomas Sankara, qu’il fut l’un des plus fermes soutiens de l’abominable régime de l’apartheid.  Quant à Senghor, il est peut être un grand manieur de la langue française et il a achevé sa vie comme membre de l’Académie française. Mais qu’est-ce que cela a apporté au peuple sénégalais? Qu’est-ce que cela a apporté aux langues nationales sénégalaises dont l’étude et le développement sont indispensables à l’édification du Sénégal ? Rien !

La jeunesse et les peuples africains reconnaissent spontanément leurs héros: ce sont des hommes tels que Lumumba, Sankara, Ossendé Afana, Ruben Um Nyobé, Amilcar Cabral, Steve Biko… Houphouët-Boigny et Senghor, ce sont des symboles de la soumission à l’impérialisme français, et c’est pour cela que celui-ci cherche à nous les imposer comme références. Le fait même que Yamgnane et ses partisans se permettent publiquement de les prendre pour modèles, montre à quel niveau de régression ils veulent nous entraîner.

Les silences de Yamgnane sur la situation au Togo au temps d’Eyadema ont donc une explication fort logique. Pour lui, comme pour tout le courant UCPN, Eyadema était avant tout un «sauveur». Il ne pouvait pas être question de s’en prendre à lui. S’il se montre maintenant fort critique à l’égard de Faure et de son pouvoir, ce n’est à la suite d’un miracle ou d’une opération du Saint-Esprit qui lui aurait ouvert les yeux sur les réalités de notre pays, comme Edem Kodjo nous le laissait croire à propos de Péré. Il y a bien une explication à ce «réveil», et elle est simple à qui veut faire preuve du minimum de vigilance démocratique.

Cette explication, la seule qui s’impose, est que cet homme est en mission, une mission que lui a confiée la France. Cette mission vise deux objectifs, deux éventualités qui dépendent chacun de l’évolution de la situation:

1) constituer un recours éventuel si jamais Faure ne fait pas l’affaire. Nous savons bien que Faure ne maîtrise pas la situation aussi bien que son feu père (voir l’affaire Kpatcha par exemple). L’impérialisme français en est conscient et veut donc pouvoir faire appel à Yamgnane le cas échéant, pour préserver ainsi ses intérêts;

2) «neutraliser» l’UFC. Mais qu’est-ce à dire? Le fait est que la France se méfie de l’UFC, qui passe pour elle comme trop proche des intérêts «anglo-saxon» (États-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne), à l’instar du CUT dont elle est l’héritière. La présence d’un Yamgnane dans le FRAC aux côtés de l’UFC a donc également pour but de contribuer indirectement à l’orienter dans un autre sens, à renforcer le courant pro français au sein de ce parti, et si besoin est, à le faire éclater.

Pour pouvoir accomplir cette mission, il a besoin de se faire suffisamment connaître sur la scène politique nationale comme un opposant «radical». Il lui faut apparaître comme un grand «opposant», pour pouvoir approcher les autres partis de l’opposition dite démocratique. C’est la véritable raison de son «réveil» tardif et de son agitation actuelle.

Quelques observations nous permettrons de nous faire une idée sur la nature et les objectifs réels du FRAC dont Yamgnane est l’un des animateurs les plus connus.

Si l’on prête attention aux déclarations et aux allusions de Gilchrist Olympio, on constate que le FRAC a été constitué sans son accord formel, en dehors de lui. Dans sa lettre de convocation à la dernière réunion de la direction, il évoque ouvertement des décisions, des initiatives dont il n’est pas au courant. Autre fait notable: interrogé par RFI sur le jets de pierres contre Gilchrist Olympio, Yamgnane répond en affirmant qu’il constate «que l’UFC tend à s’émanciper de Gilchrist Olympio».

Il y a donc une volonté d’«émanciper» politiquement l’UFC de Gilchrist Olympio, c’est-à-dire de casser ce parti. Il ne fait aucun doute que cela va de pair avec la volonté de l’«émanciper» sur le plan économique. Concrètement, nous savons que jusqu’à présent, c’est Gilchrist Olympio qui «tient» financièrement le parti. Nul doute qu’avec d’autres sources de financement, c’est la possibilité offerte à certains de ne plus dépendre de lui, et donc la possibilité de casser le parti. Il n’est pas difficile de deviner d’où peut venir ce financement. Nous pouvons aussi évoquer le cas de Boko, dont le rôle n’est pas négligeable. Sa présence en France n’est pas un hasard. Il n’est donc pas exagéré d’affirmer que le FRAC, derrière ses proclamations et ses initiatives, est d’abord une arme dirigée contre l’UFC, et contre Gilchrist Olympio, et que c’est la France qui la manipule cette arme.

Pour autant, notre analyse ne vise pas du tout à prendre la défense de Olympio et de l’UFC. Ce n’est parce qu’ils sont des cibles de la France qu’il faut les ranger dans le camp de la démocratie. Ils ne sont pas fondamentalement différents des autres faux démocrates. L’UFC participe au pouvoir dictatorial par le biais de ses députés, aux côtés du RPT et du CAR. Nous rappelons pour mémoire que l’UFC a raté de peu, en 2006-à son grand dépit,-le portefeuille de Premier ministre qu’elle convoitait. Par ailleurs, nous savons que l’idée d’un boycott de l’Assemblée par ses députés, pour protester contre la fraude électorale, s’est heurtée à de fortes réserves au sein de ce parti, pour la simple raison que certains n’ont pas l’intention de perdre leurs indemnités! Notre analyse a seulement pour but de montrer la vraie nature du FRAC, afin d’éviter des illusions inutiles.

Bruxelles, le 2 août 2010

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

Site web: www.togoenlutte.org