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Interview de Hamma Hammami : Notre projet n’est pas communiste mais patriotique et s’adresse à tous les Tunisiens

Hamma HammaniAu local du Front Populaire à Tunis, Hamma Hammami nous reçoit dans son bureau, un vendredi 19 septembre, pour nous exposer les grandes lignes de sa vision pour la Tunisie future. Sa candidature, il la présente comme celle du Front Populaire et non celle d’un candidat personnel à la présidence de la République. Ce Front qu’il dirige et dont il n’arrive pas à se détacher, il le définit comme « patriotique et s’adressant à tous les Tunisiens » et «non communiste comme on l’a longtemps catalogué». Interview. 


Les derniers sondages publiés placent le Front populaire en troisième position. Quelles sont les prétentions électorales du Front aux législatives ? 


Notre participation aux élections, législatives ou présidentielle, ne part pas de la volonté d’être troisièmes ou quatrièmes dans les intentions de vote, mais de réussir. Concernant les sondages, plusieurs données ne sont pas encore claires, dont le taux de participation, les réactions après publication des programmes électoraux, la situation politique générale au moment du vote, etc. Par conséquent, plusieurs facteurs joueront un rôle primordial dans les prochaines élections. 
Rappelons que, durant le précédent du scrutin de 2011, il y a eu des surprises qu’on n’imaginait guère. Le FP ne peut donc se prononcer, en ce moment, quant à un pourcentage. Il est évident qu’on travaillera pour être les premiers, ou du moins pour constituer un bloc parlementaire qui ait un poids et qui soit capable de s’imposer au Parlement mais aussi sur la scène politique en général. 


Vous portez encore l’étiquette de communiste. Pouvez-vous nous expliquer les orientations du Front aujourd’hui ?  


Nous ne nous sommes jamais définis comme étant communistes, il s’agit d’une étiquette qu’on nous colle. En vous penchant sur le programme du FP, vous verrez que les différentes parties le composant proposent le programme d’un front nationaliste, démocratique et social qui ne concerne pas seulement une frange de la société, comme les travailleurs, mais est adressé à tous les Tunisiens. Le programme du FP est proposé pour sauver la Tunisie, garantir les libertés, créer des institutions démocratiques, de même que réformer l’institution sécuritaire, l’administration, la justice, la santé, l’enseignement et tous les secteurs vitaux, ou encore, relancer l’économie tunisienne pour que le pays crée de la croissance et lutte contre le chômage. Ce programme s’adresse non seulement aux travailleurs, aux fonctionnaires, aux agriculteurs, etc. mais aussi aux chefs  d’entreprises patriotes. Nous avons un problème avec le capital parasitaire qui se désolidarise des intérêts de la Tunisie, et non avec le capital national qui œuvre à créer de la richesse et générer de l’emploi, celui qui respecte les droits syndicaux des travailleurs. Celui-là est une partie importante et essentielle pour améliorer la situation socio-économique en Tunisie et plusieurs hommes d’affaires interagissent positivement avec le FP puisqu’il propose de défendre leurs intérêts et de les protéger contre la contrebande qui est en train de détruire l’industrie. 

Le Front populaire propose aujourd’hui un grand projet patriotique qui vise 99% des Tunisiens. Ce projet se penche, à la fois, sur l’agriculture qui est en difficulté, l’industrie qui souffre de nombreuses défaillances, le secteur vulnérable des services, l’infrastructure insuffisante, l’échec du système éducatif ainsi que la santé et l’environnement en défaillance…Partant de cette situation, le FP ne se définit même pas en tant que front de gauche, vu que la situation actuelle ne le permet pas en ce moment. Nous sommes un front populaire ouvert aux courants politiques et sociaux qui œuvrent à redresser la situation du pays. Sauvons la Tunisie d’abord et après cela on en reparlera !


Quelles sont les grandes lignes de votre programme électoral en tant que candidat à la présidentielle ? 


Conformément à la Constitution, la protection de l’unité du pays est une des premières prérogatives du président de la République. Cette unité ne sera pas comme celle imposée de force par Ben Ali, ou mise à mal par la Troïka. Aujourd’hui, pour construire une véritable unité nationale, il est nécessaire de consacrer les libertés et droits individuels mais aussi de mettre l’accent sur l’économie, le côté social et culturel. Tout cela pourra renforcer la conscience nationale chez les Tunisiens.

Deuxième point, le président doit garantir l’indépendance du pays, et ce, en instaurant une diplomatie indépendante qui tient tête aux puissances étrangères tentant d’intervenir dans les affaires internes du pays. Mais l’indépendance de la Tunisie ne passe pas seulement par la diplomatie, la politique sécuritaire ou militaire. Elle est également basée sur l’économie, parce qu’un pays qui se trouve dans une dépendance financière, technologique ou commerciale n’a qu’une indépendance formelle. 

La continuité de l’Etat devra également être assurée à travers sa Constitution, ses lois et ses institutions républicaines. La prochaine phase sera primordiale, la Tunisie vit en ce moment une période de schizophrénie législative entre la Constitution et des lois qui remontent à la période des Beys, du protectorat français et de la dictature. La phase de législation devra y remédier. 

Concernant le volet sécuritaire, le Front Populaire propose un nouveau crédo. Nous pensons qu’il est nécessaire que le corps sécuritaire soit au service du peuple, pour garantir la sécurité dans le respect des lois et des libertés, et non pour servir des instructions données par des supérieurs hiérarchiques. Pour ce, il est important que l'agent soit protégé par la loi et ait accès à de meilleurs salaires, afin de limiter les pots de vin, ainsi qu’à des équipements, des formations et d’une aide psychologique. 

Un nouveau crédo militaire devra également être mis en place, afin de prendre compte de la révolution que la Tunisie a connue et des nouvelles donnes sécuritaires auxquelles elle doit faire face : le terrorisme, la violence, les conflits régionaux… L’institution militaire doit être développée pour ne plus subir la marginalisation dont elle a souffert durant une longue période.

 

Sur le plan diplomatique, beaucoup de choses devront être changées. Même en n’étant pas d’accord avec Bourguiba, on pouvait comprendre ses positions diplomatiques. Sous la Troïka, en revanche, la politique étrangère n’avait aucun principe : des différends avec la Syrie, l’Egypte ou l’Algérie qui ont entaché les relations avec ces pays. L’Etat tunisien ne doit pas se comporter comme un parti, il faudrait par conséquent respecter la souveraineté et les affaires internes des autres pays, tout en préservant les intérêts de la Tunisie.  Au cours de la prochaine étape, nous sommes convaincus que la présidence de la République jouera un rôle important pour préserver la continuité de l’Etat, sur une scène politique qui connaîtra d’autres perturbations et d’autres changements. 


Vous n’avez pas de réelle expérience dans des postes de pouvoir, comment comptez-vous pallier à ce manque ?


Cette problématique du « manque d’expérience » ne se pose qu’en Tunisie. Si on continue d’aborder ce sujet de cette manière, il aurait été alors plus logique de maintenir l’ancien régime et son expérience. Il est important de différencier les cadres de l’administration, qui eux justifient une expérience, des personnalités au pouvoir, qui portent un projet. Aux Etats-Unis, pour ne citer que cet exemple, les gouvernements s’enchaînent sans qu’aucune équipe ne soit maintenue au pouvoir pour son expérience ! En Grande-Bretagne, par ailleurs, le chef du gouvernement n’a que 37 ans et toute son équipe est inexpérimentée. Après l’indépendance en Tunisie, le gouvernement était inexpérimenté et ces membres étaient des jeunes, mais ils ont eu l’honneur de construire un Etat. Quand une révolution éclate dans un pays, il est nécessaire qu’il y ait un nouveau pouvoir, l’échec ou la réussite sont tributaires d’un projet concret et de la collaboration avec des personnes expérimentées au sein des institutions de l’Etat.

Le problème du parti Ennahdha, par exemple, n’a pas été le manque d’expérience, mais l’absence de projet. Ce parti n’a aucune notion ou vision de l’Etat et a vidé l’administration tunisienne de ses cadres expérimentés pour placer leurs bases. Avec une vision moyenâgeuse et un programme économique antérieur à celui d’Adam Smith et de Ricardo, les islamistes ont contribué à la prolifération de la contrebande et au délaissement de l’agriculture. Le taux de contrebande, qui était de 30% du temps de Ben Ali, s’est élevé à 50 sous la Troïka et le ministre de l’Agriculture a tenté de brader les 80 hectares de terres saisies, aux Saoudiens et Qataris, au lieu de les exploiter. Notre vision du pouvoir est une parfaite collaboration avec les compétences dont regorge l’administration tunisienne. 


On vous a souvent reproché ce refus d’intégrer le gouvernement. Que répondez-vous à cela ?


Le pouvoir n’est pas un butin qu’on se partage. Ben Ali a essayé de m’enrôler en 1989 mais n’a pas réussi. Si j’ai refusé d’intégrer le gouvernement, post-révolutionnaire, c’est pour une raison toute simple : on discutait de postes mais n’évoquait pas le moindre programme.  Nous serons capables de gouverner en nous basant sur notre expérience au sein de l’opposition mais aussi sur notre projet global et moderniste. Finalement, le Front Populaire gouvernera avec l’aide des compétences tunisiennes et la participation du peuple, parce que c’est cela la démocratie. 

 

Quelles seraient vos premières décisions en tant que président de la République ? 


En réalité, il existe plusieurs domaines qui nécessitent des décisions urgentes. Il est important, en premier lieu, d’œuvrer pour accélérer les nouvelles législations, c’est le rôle de la chambre des députés, mais aussi du président qui pourra pousser à légiférer les libertés, à la concrétisation des articles de la Constitution en des institutions. Aussi, il faut accélérer la réforme de l’institution sécuritaire sur des bases républicaines pour qu’elle soit effective et qu’elle puisse garantir la sécurité des Tunisiens. Enfin, restaurer rapidement les relations diplomatiques avec les différents pays ayant eu des problèmes avec la Tunisie. Ces trois points seront les premières actions pour sortir de la situation dans laquelle on s’est empêtré.   


Quels sont ces pays ?


Notre plus grand problème réside dans nos relations avec les pays arabes, dont la Syrie. Il y a des pays qui sont en guerre entre eux et gardent quand même des relations diplomatiques ! D’un autre coté, il faut aussi restaurer les relations avec l’Egypte et la Libye,  selon les intérêts de la Tunisie. Nous avons également un autre problème plus profond avec les USA, l’UE, nous pensons qu’il est nécessaire que ces relations soient basées sur la réciprocité, nos positions ne doivent pas être conduites par la dépendance et l’alignement. 

En ce qui concerne les pays arabes, il faudrait être prudent, parce qu’aujourd’hui  il y a une lutte en Tunisie, extérieure et intérieure. On veut nous créer deux axes en Tunisie : l’axe Qatar-Turquie, et l’axe Arabie Saoudite-Emirats-Egypte. Autrement dit, il est primordial de réorganiser la diplomatie tunisienne sur de nouvelles bases claires, facilitant ainsi nos relations économiques, culturelles, etc. avec les autres pays.

 

Combien d’adhérents compte le Front populaire ? 


Le statut du FP n’est pas encore défini par la loi. S’il est légalement possible de former une alliance électorale, le statut d’un front n’est pas encore bien défini. Pour avoir une existence légale, le front devra se transformer en parti politique et c’est ce qui a entravé le côté organisationnel. Nous disposons de sections régionales et locales, implantées dans tout le territoire tunisien, mais nous ne pouvons commencer une campagne d’adhésion puisqu’on ne peut ouvrir de compte au nom du front. Nous avons déposé une demande et le sujet est actuellement entre les mains de la Présidence du gouvernement. Pour les élections, le problème ne se pose pas puisque la loi régissant les partis permet la constitution de fronts électoraux. 


Quelles sont les sources de financement de votre campagne ?


Nous avons prévu de compter sur nos efforts : les participations des partis constituants le FP, la subvention qui consiste en des soutiens de personnes, conformément à la loi et des soutiens de privés. Il y a également le financement public. Bien évidemment, nous mettons en place des bons de soutien et nous considérons qu’un seul dinar venant d’un citoyen tunisien est de loin préférable à un soutien étranger d’un milliard où une contrepartie est demandée. Nous nous appuyons également sur les moyens matériels des militants du Front et sur le côté militant de ses membres. Ce que les autres partis font en contrepartie d’un million de dinars, le FP peut en faire autant pour 100 dinars en allant voir les Tunisiens dans leurs lieux de travail, dans les marchés, les banlieues, etc.


Quel score espérez-vous réaliser à l'élection présidentielle? 


Je n’aime pas les devinettes. Ce dont je suis sûr, par contre, c’est que le FP travaillera pour réussir et pour passer au 2ème tour. Cela ne voudrait pas dire forcément qu’on y arrivera mais on œuvrera pour. Il existe plusieurs inconnues et le résultat des élections peut être influencé par un simple petit incident. Mais les élections ne sont pas une fin en soi, pour nous, le pouvoir réside en la réalisation d’un projet et non en l’octroi d’un poste. Si nous gagnons, nous appliquerons au mieux notre programme. Dans le cas contraire, nous continuerons à militer pour y arriver. 

 

Quels sont vos principaux concurrents à la présidentielle ?


Il n’est pas de mes habitudes d’évoquer mes concurrents, chacun son programme. N’oublions pas que les élections sont influencées par des circonstances ponctuelles : des rapports de force politique, économique ou sociale. Le meilleur candidat ne gagne pas toujours, Hitler par exemple a accédé au pouvoir grâce aux urnes. 


Que pensez-vous du nombre important de candidats à la présidentielle ?


Durant la transition démocratique espagnole, après la dictature de Franco,  400 partis se sont constitués. Ce phénomène qui touche les candidatures, les partis ou les associations en Tunisie est donc tout à fait normal en cette période et c’est l’approche la plus naturelle.  Des citoyens veulent exercer leur droit, d’autres veulent se montrer et on retrouve, tout de même aussi, quelques candidatures sérieuses. Il faut laisser les gens s’exprimer. Coluche ne s’était-il pas présenté à l’élection présidentielle en France ? On peut comparer ce paysage politique à celui médiatique, où on trouve de tout aujourd’hui, des intox à la diffamation et aux insultes. 

Il est nécessaire  de ne pas toucher à la liberté d’expression et, avec le temps, tout rentrera dans l’ordre naturellement. En Amérique latine, les fascistes et les militaires ont usé de ce débordement pour mettre fin aux libertés arguant que la démocratie n’apportait que le chaos. En Tunisie, une campagne de dénigrement est menée contre les hommes et les partis politiques. Ce sont des campagnes ciblées dans le but de créer un désarroi et de l’abattement chez les citoyens, et cela pour une seule fin, celle de restreindre la participation des Tunisiens à la vie politique. Par la suite, on nous propose des technocrates sans aucun programme hormis celui d’appliquer les agendas d’institutions financières internationales et de suivre les lobbies financiers tunisiens. 

Je ne nie pas que certaines candidatures sont catastrophiques, telle que celle de Adel Almi qui soutient que la polygamie protégerait la femme du cancer du col de l’utérus. Celui-là devrait enseigner à Harvard cette nouvelle forme de médecine au lieu de candidater ! Bahri Jelassi, qui appelle au mariage des petites filles de 13 ans, serait devant un tribunal s’il était dans un autre pays. Par conséquent, il faudrait agir de sorte à arriver à une véritable démocratie. Ces phénomènes ne doivent pas être un prétexte pour dire que la démocratie ou la liberté sont mauvaises et que ce qu’il nous faut c’est un dictateur ou un militaire. 


On dit que certains élus du CPR vous ont accordé leurs signatures. Que pouvez-vous nous dire là-dessus?


J’ai collecté 11 parrainages parlementaires et il est vrai qu’un député du CPR et un autre dissident du bloc d'Ennahdha, m’ont accordé leurs signatures. J’insiste, toutefois, sur le fait que les députés en question ont parrainé Hamma Hammami, personnellement, et non en tant que membre du Front Populaire. Le parrainage est une opération formelle, cela changera-t-il pour autant mes positions et mes principes ? Nous ne sommes pas habitués à ces pratiques, ceci est la conséquence de la dictature. Si je suis de gauche et que je sympathise avec quelqu’un de droite, on crie tout de suite à une alliance politique, ce n’est pas logique.  L’autre jour, à l’occasion de la fête nationale du Brésil, j’ai eu une discussion amicale avec Ajmi Lourimi d’Ennahdha, avec lequel j’ai gardé de bons rapports compte tenu du fait que nous avons connu la prison ensemble. Imaginez alors ma surprise lorsque, plus tard, je découvre que le journal d’Al Qods Al Arabi a annoncé une alliance entre nos deux partis !


Vous qui êtes si critique, vous êtes l’un des rares à avoir ménagé l’actuel président de la République, Moncef Marzouki. Comment justifiez-vous cela ?


Je n’ai jamais ménagé Moncef Marzouki. Toutefois, en politique, je préfère ne pas participer au dénigrement des personnes mais j’opte, plutôt, pour la critique des positions. J’ai été, d’ailleurs, très critique envers les positions de Marzouki en matière de politique étrangère ou intérieure. Le dénigrement de Moncef Marzouki vient parfois même de personnes qui sont proches de lui et ont milité à ses côtés, des méthodes que je ne cautionne pas. Si j’agis de la sorte, c’est par respect pour moi-même mais aussi pour l’opinion publique. Je refuse aussi d’être entrainé dans cette face obscure et laide de la politique et je préfère militer pour des programmes plutôt que créer des malentendus inutiles. Ces agissements donneront au peuple une mauvaise image de la politique et des politiciens. Je suis dans l’opposition depuis 40 ans. Avez-vous déjà entendu Hamma Hammami insulter la personne de Ben Ali ou sa famille?


En bref, pourquoi voter pour vous ?

Pour une seule chose fondamentale : l’honnêteté, qui est un principe important en politique. En politique, mes positions je les dis haut et fort, sans détour.  Même quand j’ai été en prison, je n’ai jamais changé de position et jamais pratiqué le double discours. J’ai la conscience tranquille. Certains me reprochent de n’avoir pas changé, je leur réponds que je préfère ne pas changer qu’avoir des positions qui changent toutes les 24h. Concernant mes capacités à diriger, ce sera aux gens d’en juger. Je pense que celui qui a peur ou qui a des ambitions personnelles ne doit pas faire de la politique. Celui qui fait de la politique doit tenir à ses principes et oublier sa popularité. J’assume la responsabilité de mes positions, si elles sont correctes, je vais de l’avant et je suis prêt à les réviser si elles s’avèrent fausses. Pour conclure, sur les grandes questions, l’Histoire m’a donné raison à maintes reprises.

 

Interview menée par Synda Tajine, Marouen Achouri et Ikhlas Latif

 

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